‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 90 sur 131 · II'' DIMANCHE DU CAREME · texte numérisé non relu

II'' DIMANCHE DU CAREME

temporelles sont en elles-mêmes ronvrage du Créateur; et, dans Tordre dc'ya'^agesse, elles doivent être des moyens de salut, et non pas des intlrtniiens de perdition et de vid^.

C^pendantja corruption les a tirées de leur usage naturel ; elle a fait servir les dons de Dieu à TiAjustice ; çt , comme le serpent laisse un venin dangereux sur les fruits dont il a goûté , le premier pécheur, en usant , contre Tordre de Dieu, des biens de la terre, les infecla, et en fit, pour ainsi dire, un poison mortel à toute sa postérité. Les dangers de Tabondance ne sont donc pas une suite de Tinslitution de la nature, maïs du desordre du péché.. L'homme étôit né pour être heurecTx ; la terre n'avoit reçu la fécondité que pour fournir à ses innocentes délices; mais l'homme abusa des bienfaits de Dieu; dèslors tout plaisir lui fut ici-bas comme interdit , parce qat la joie ne convient qu'à Tinnocence, et que d'ailleurs il est plus facile à la eu« pidité de s'en abstenir, que d'en user sans excès; et, comme tout est pur à ceux qui sont purs , tout devient souillé à celui qui Tétoit déjà par sa transgression. Voilà le fondement des maximes efiirayantes de J. C. contre lés heureux du siècle : mais que puis -je me proposer, en vous exposant^ le danger de cet état ? Ce devroit être sans doute de consoler ceux que la Providence laisse ici*bas dans l'indigence et dans la misère; mais cette instruction seroit ici déplacée,, et ces so|t«9 de malheureux n'habitent guère les Cours des rois : c'est donc de faire aentir à ceux qu'on éloigne des grâces , qui se regard^^ comme malheureux , qui se plaignent sans cesse de Tinjustice de leurs maîtres, et qui voient, avec une douleur amère, leurs concurrens élevés et comblés , sorte de mécontens dont les Cours ne manquent jamais^ de leur faire, dis- je, sentir qu'ils ne connoissent pas le don de Dieu, et les marques signalées de miséricorde que sa bonté leur donne ; et d'apprendre à ceux à qui tout réussit, et qui semblent n'avoir plus rien à désirer sur la terre , que si leur état paroit digne d'envie, selon le monde, il est terrible aux yeux de la foi : premièrement, parce que les chutes y sont presque inévitables; secondement, parce que la pénitence y est|presque impossible. Tout y aide les passions ; tout y éloigne les grâces : et la foi n'y découvre que des occasions de péché et des obstacles de conversion. Développons ces deux vérités impor« tantes. Implorons, etc. Ave, Maria^

Page 1