PREMIERE PARTIE
L^ monde, dit saint Augustin, est plus dangereux lorsqu'il nous rit , que lorsqu'il nous maltraite; et les faveurs qui nous le rendent Aimable, sont plus à craindre que les rebuts qui nous forcent à le mépriser: Periculosiar est hlandus quàm molesius (£p. i4A). En effet, soit que nous considérions les prospérités temporelles par l'impression qu'elles font sur le cœur pour le corrompre, ou par les fa* cilités qu'elles ménagent aux passions, lorsque le cœur est déjà corrompu ; vous conviendra que le salut est si difficile dans cet état de
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fëlicîté et d'abondance, que l'ame juste doit regarder les prospérL-' tes temporelles f comme des présens que Diea fait d'ordinaire aux Kommes dans sa colère. Je dis , soit que vous les considériez par les impressions qu'elles font sur le cceur pour le corrompre. Car, premièrement 9 une ame chrétienne doit viyre étrangère sur la terre r son origine, ditTertnWien (Jpoiogéi,) ^ sa demeure, son espérance, Èà noblesse, sa couronne, sont dans le ciel : son coeur doit être où est son trésor. Si elle cesse de soupirer un moment vers sa patrie, elle cesse d'appartenir au siècle à venir et à TËglise des premiers-nés : si elle se plaît dans son exil , elle n'est plus digne de Théritage. Son désir fait id-bas toute sa piété : son inquiétude , tout son mérite : sa consolation , elle ne doit la trouver que dans son espérance.
Or , cette disposition si essentielle â la foi , s'efface par la première impression que la prospérité fait sur le cœur, qui est une impression d'attachement à la terre. £t certes, on comprend comment une ame affligée peut vivre étrangère dans ce monde. Hélas ! quelle raison auroit-elle de s'attacher à des créatures qui l'ont abandonnée? Il ne lui en coûte pas beaucoup de retirer ses affections d'un monde qui a retiré d'elle ses faveurs, et de se regarder comme étrangère dans un lien où elle ne possède rien. Au contraire, les vues de la foi, sont alora ses plus douces pensées ; rien ne console plus solidement ses malheurs , que de pouvoir se dire à elle-même , que ce monde n'est pas sa patrie; qu'on ne l'a dépouillée que de ce qu'il ne lui étoit pas permis d'aimer; que les biens véritables du Fidèle sont intérieurs, et ne sauroient lui être ravis malgré lui; quela perte de la grâce est la seule qu'une âme chrétienne puisse faire ; que peu importe de perdre ou de posséder ce qu'on ne peut conserver toujours ; et que nous étant défendu de fixer notre cœur à la terre, la situation qui nous y attache le moins , doit nous paroître la plus souhaitable.
Mais ces sentimens que tout inspire dans l'alHiction, tout les ef* face dans la prospérité. Car, M. F. , qu'il est difficile de se déplaire dans un lieu où tout nous rit ; de regarder comme un exil , une terre de délices ; de n'être pas de ce monde , lorsque le monde ne paroit être que pour nous ; de ne pas fixer son tabernacle où l'on se trouve si bien ; de gémir, comme le Prophète , sur. la durée de son pèlerinage, quandl'on n'en ressent, ni les travaux, ni les amertumes ; et de marcher sans cesse vers, sa patrie, tandis qu'on trouve sur le chemin tant d'attraits propres à nous arrêter l L'insensé de l'Evangile se voyant dans l'abondance pour une longue suite d'années, convioit «on asie à se reposer : Anima , requiesce ( Luc, la ; 19 ) : Mon ame , repo^e^-voas. C'est la première impression que la prospérité fit sur son cœur : elle l'attacha à la terre, et lui fit chercher un injuste repos dansies créatures.
Or, si vous me demandes en quoi consiste le crime de cette disposition ( car à la Cour, encore plus qu'ailleurs, où l'on ne connoit de la religion que la surface, ces grandes vérités ne paraissent que des spéculations de nulusage); si vous me le demandez, dis je, le voici :
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c'est-à-dire , que dès-lors , dit saint Aiigttstûi , si vos déailfs règloiétit Totre destinée, to|is vous immortaliseriez sur la terre, voua^eeep*' feriez, comme une grac^, Iç privilège de pouvoir vivr« étertiellenenC éloigné de Dieu dans Tusage des biens.et desplaisim sensibleA : c'està-dire , que si le monde pouvoit étrQ votre Dieu » votre récompense^ votre demeure. étemelle , vous ne vous aviseriez jaX}ftais d'çn deman« d^r d'autre : c'estrà-dire , que si l'on vous permettoit d'opter de la terre ou du ciel; du siècle à venir, ou dtk présent; de Dieu oa de U créature, le choix seroit bientôt fait, et ce qoi est visible, préféré à ce que la foi sefile vous découvre : c'eftt-à-dire^ en un mot, que voua n'êtes plus Chrétien ; oa« un Chrétien est un enùatt des promesses , un homme du siècle à venir y un citoyen du ciel, une pcurUon du Christ , qui attend sans cesse sa réunion avec ce corps mystique qui lie forme et s'achève chaque jour, et n^aura sa perfection et sa plénif udé que dans réèernité ; et non-seulement vos désirs ne sont que sur ïâ terre ; mais l'atCente même des Justes, le règne de S. C. youspai^oit la plus triste et la plus affreuse de toutes les pensées.
Je sais que cette ifijttsté diépOéiti6h e^C Itiîrditée au foild d«f Tame, <»t qu'on ne â'eft aperçoit pas sdi-méMe^ Cependant c'esi èrlle qui forme, tous vôâ désirii , qui règle toutes Vos déii^arches, i^ui: décida àë tous vo^ pencbanà t c'é$t )è ressort J^riueîi^dl qui donti^ le raou* dément à tout le corp» de Vos œuvres éïtérïéùre^ ; elle établit an mi* lieu de votre èo&ur , iin étilt de pét^é ; et de ces ^éàhés , qui n'étant marqués par aucun âcf e sensible et partiéiiliér , et ne cotnlstaiit que dans un dérèglement habtttiei dé votre ffmour, ne sotlt jamais connue, jaitiaié expiés, par conséquent jamaiàr^mîs; dé tes péchés, qiii A'éf ant , pour ainsi dire , qiie le fend de votre vôlolité , sont la source àé tou^ les autte^ , et ne parôissent jamais eu^-ménlei ; de teh péchéi enfin, «compatible» âVëc là pi*obité, là régularité 'des mœufs, la pratique de certains devoirs de religion avec une tendresse, même de conscience; en un mot, avec tout ce qui peut nous faire absoudre par le.monde, dans le temps que nous sommes.condamnés aux yeux de Dieu.
Et ne nous dites pas que ce sont là des ral!6iMeni«ns', et qùt l'amour dn bien-être étant né av^o nous, s'ily a duoriiite c'est d'eitabuser et mm pas de Taimeré Mais est-ce un raffinement, que de venir vont annoncer que vous êtes nés pour le ciel ^ que la terre est pour vous une 4iera<ure étvaiigère , un lieu àé jnalédiclio'kt , d'oh: les enfans de Dieu doivent sans cessé sbdhailer de^tortir; et que q«tîboi»què ne sent pas la tristesise de viwe éloigné de<$^ patÂe, perd le droit et le privilège de citoyen: des Saints ? £st-^ce un- raffinement die vous dire: que faire de ce monde. une cité permanente, c'est vivre ccnann^ le» faienaqui n'ont tpdint d'espérance 9 qttê de n'étr è occupé -que d'une fortune périssable, c*est avoir renoncé à la foi ; et que faice du salut Bt de l'éternité l'àffaiiie la moins aéritusé de totet-es celles qui vous «occupent, c'e»t être déjà jii|[é? Si cesont-làdesraffinémens, l 'Evangile, cette philoaoplite«i sage, si simple > siadàiirée mémedes Païens, n'est dl>nc plus qu'un vain système d^un esprit oiseux ^ et c'est au
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monde réprouvé à nous fournir hq laag»ge pins serisë et des instmc^ tîflDs^plds solides^ po«r annoncée lea ^dtes dû salut.
Première iiriprèssioh que là J)rospéiité fait sur le cœur, ùiié impression d'àtfacherfieht à là. terre. Là seconde, c'est l'àniour excessif de notis-mémes. La foi noué apprend qûè noiis somrties haïssables : taf' il n'est rien d*aiinat)ié que iWdre, et nous en sommes sortis; il n>st rien d'airoablè que là vérité et la justice, et non & en sommes âécllûs ; il n'es^ rien d^âihîâble que Touvrâge de Dieu, et nous sommes l'ouvrage du péché. Nous devons donc nous haïr nous-niémès : AÛtrëiMëm nous' derdiis iojn»te« ; nous eoliti*edif'dflS iftérbe )e& plus %ifs éentimen& de nôtre eonscieiiee. CJai* âdfond, nous «tons b^ftd lidUft éblotiir parles hommages qtr'oii notid rend , nous fténtOns bien que «tous n« sommes point dignes d'être ditnés^ Hétas ! il e^l! tatit de nidiBètlft où'nons nous ëofutties à eharjore à fiotts-iiiétnes : où toiit ttôai #léplàit;eA Yiduir; où toiit cëqnè nous ponvdti» fâli-e , est de noiii sonf^ ftitf ôii i\tm& a^OAS'besoki de diversions et d'Èntonserhens qui nonë. dérérùrAeht de la* Vue ifttéH^Ufé et hnttiiliatitë dé nos pi<opre» défanti, et nétis empêchent d« retoifibei* ^ti^ fiouft-mémes! le thoHdé appelle éetétftf èuiiai^ MUaiâ éet enntjii) c'est Thorfetne lûàntréit lnu taèiHé-^ et qui riè peut soutenit UA instant- la Vue de sa ptopte Wih* §èté t>tîïàtq\xé itifâiffible (qftie ttofis sOMtnes hM'^sablé», tt qtieo'èèf un désordre de s'aimer; j'^teAds de é'Iiliiie^ péehéu'r, et dans I1I corruption de la Ba^iyi?» ' •
' Of-, toute votre yîe, vous que ce dîséout!} riegàrde, eit une i'efcîtcN' che éternelle de tonà-ftiê^nàéT : et delà, tout ce cjiii plaît, to'Ut cfeqtif flatté, tout ce qui ntiurHt lAvie des séfts,'deVitrit un besoin doht Vôtri'he pouvez jyWs Hrdn^ pâssei* : delà; les pltli sfainles loià dé TEglisè'àé sôrtt pTûS tofti^téèi |)ortr ficft , Aèà qfti'î! fàttdroit prertdi'é tànt'éblt ptû sur iài fiùût^éi ôbsetve* : delâ'/VOû* tous ëtabli^^cz e6rtthïéTecéiiti'ë:dé^ drékttlt^eàqni Vous' ertvii'rtiifnent : oft dîi-ôit <^!le tdiit est fait pichlfvbtiir<lûe tout Vit pdut- Votii^; que tout ititoi^té l^dtit' Vtfu^ ; qiié <ont lé Veàké ïi*è>t rien ({Uë par rapport â totl»; ^uë le Wôîftdé 'efttièr doit se bôhléf ef ^er , oti pour VôttS litétiagèr ûd plalîrfîV;'\^ri \)du4* VOUS S^faVét» ïà'plui U^èté p'éihé f delà , tout fcé qui yôùi Ipptà'thé ri'est' atfënfrf (jil*à ià*aédomniodei*â Vbs désiré, sufvte Vb< cdpi^ibés , eiitrér*dàfti lè-pïtftt de torrë àrtib^'t-p)capte : on étudie ibs gcjilti^ on deViilé •^i)>i >ê'nVhdii* ; où ité »*ih^ftitié**rftïi tdttfe WénVeit-' fetiéé,''qti*à la fàVèVi^ d^ Voà'foîbfcâ^esr tlêh ti^vôtts gèhé; Hetf Hè t'o'ui ëomffeÛit:; Vdâr îiïelïtMi'oni.»dédderit fdti]citirs de tout té qui Votrà fe^^tkeyVafiféiftëA^ A^itte Vos'&ôfùliWti.'ïe tte sai^ si votii nous accuserez encore ici de raffiner; mais je sa^s qtie è'it y a ericbfé une Diritiité 'pocuJ ^e«k « loene pieul étaer qae vims-'méme. Car ,• je nrtir.' demande : QdkNift!'fiipt de'pkut lésr grands. Saints pour Dietf ,. qik&Qe-qQevob$;6rit«»poiir«^6usoiliéBié? li-s été le Molobj^ elle seul jSwint:de vim; Ae toiilt€a.ieuri.aotiona'^ i|e«i'^ècc8-voù5 pas Vi^tfr'^ mâme des vàtres^Mir n^pnt ?ôgu que ^oiir iiii ^ pour qui viyei&'V0ti9 que pov» vouf-^mtotod: UalB^om oQidpté pour rien toot ce qui ta êç