SUR LA SOUMISSION A LA VOLONTÉ DE DIEU
Postquàm implcti sunt (lies purgalionis Mariœ sccundhm legem Moysi, tulerunt Jesum in Jérusalem, ut sisterent eum Domino.
Le temps de la purification de Marie étant accompli selon la loi de Moïse , ils portèrent l'Enfant à Jérusalem , pour le présenter au Seigneur. (Luc , u , 22.)
La soumission à la volonté de Dieu est la grande vertu dont Marie nous donne aujourd'hui l'exemple , dans le mystère que l'Église propose à la piété des fidèles. Quoique toute la vie de cette Vierge sainte ait été une conformité continuelle aux ordres du ciel , un acquiescement universel aux vues et aux desseins de Dieu sur elle , il semble cependant que c'est cette disposition qui domine le plus dans l'oblation qu'elle fait aujourd'hui de son Fils au temple; et que c'est dans ce mystère que le sacrifice
MASSILLON. — TOME II
qu'elle fait à la volonté de Dieu de ses lumières est plus entier et plus héroïque : et c'est cette vertu principale que nous allons vous proposer pour modèle.
En effet, sans elle la vertu n'est plus qu'une humeur, ou une recherche continuelle de nous-mêmes : sans elle, les illusions de notre esprit deviennent notre seule loi ; les inconstances de notre cœur, notre seule règle; la bizarrerie de nos désirs, notre seul frein , et l'unique ressort de notre conduite ; nous devenons, en un mot, notre divinité nousmêmes.
C'est la conformité à la volonté de Dieu , qui fait tout le prix de nos sacrifices ; qui donne du mérite à nos souffrances ; qui sanctifie nos joies ; qui ôte à nos affections leur amertume , à nos prospérités leur venin ; qui fixe nos irrésolutions ; qui calme nos craintes; qui soutient nos découragements; qui règle nos espérances ; qui fait la sûreté de notre zèle , la consolation de nos dégoûts; en un mot , qui assure toutes nos vertus, et qui nous rend utiles nos imperfections mêmes.
C'est elle qui inspire les bons conseils ; qui nous répond du succès de nos entreprises ; qui nous rend maîtres des événements ; qui sanctifie tous les états ; qui règle tous les devoirs; qui maintient la subordination des peuples, l'autorité des empires, la majesté des souverains , la fidélité des sujets , l'inégalité des conditions, toute l'harmonie du corps politique, et qui fait que chacun à sa place , ne regarde pas avec envie la destinée d'autrui , et ne pense qu'à remplir et sanctifier les devoirs de son état propre.
C'est elle, Sire *, qui fait régner les rois avec piété et avec justice; et qui corrige en eux, et l'orgueil des prospérités, et l'amertume des disgrâces , en leur faisant adorer dans la volonté du souverain dispensateur des événements, la source commune d'où ils partent.
1 Louis XIV
LA PURIFICATION DE LA VIERGE
D'où vient donc, mes frères, que cette soumission si nécessaire et si consolante , est si rare parmi les iidèles ? d'où vient qu'au milieu de la vicissitude des choses humaines, nous vivons presque tous comme s'il n'y avait point d'Être souverain au-dessus de nous , qui en fût le modérateur ; comme si le hasard était le seul Dieu de l'univers , ou que nous fussions nous-mêmes les artisans du bonheur ou du malheur de nos destinées?
Souffrez donc qu'en vous proposant aujourd'hui l'exemple de la soumission de Marie, je vous entretienne sur une matière si importante. Comme par les suites de votre rang, de vos places, et de votre naissance , vous tenez la plupart aux plus grands événements qui se passent ici-bas, souffrez que je vous apprenne à les ramener à leur source, et à reconnaître un Dieu dans l'univers, seul dispensateur des bons et des mauvais succès.
Premièrement , quelles sont les sources secrètes de notre révolte contre la volonté de Dieu? secondement , quels sont les avantages qui accompagnent la soumission à sa volonté sainte?
C'est-à-dire, d'où vient que nous ne voulons jamais ce que Dieu veut ? d'où vient cependant qu'il y a tant de douceur et de consolation à ne vouloir que ce que Dieu veut? Implorons, etc.
Ave, Maria.