FÉVRIER
Jamais , mes très-chers frères , les grâces de l'Église ne nous furent plus nécessaires, que dans ce temps d'affliction et de calamité.
Les fléaux dont fa colère de Dieu frappe encore quelques-unes de nos provinces1; ceux dont nous avons été menacés en particulier, n'ont pu jusques ici nous faire rentrer en nous-mêmes; le péril plus proche a réveillé notre crainte, sans exciter notre componction. Nous n'avons rien oublié pour nous mettre à couvert du châtiment; nous n'avons rien fait pour apaiser celui qui châtie.
L'Église nous ouvre aujourd'hui une autre voie de conversion. Si les punitions n'ont pu réussir à nous corriger, il faut du moins que les grâces nous touchent. Le souverain pontife qui en est le premier dispensateur, tremblant sous le poids du ministère universel, qui vient de lui être si heureusement confié, ouvre les trésors de l'Église à tous les fidèles : c'est ici comme un signe de paix et de réconciliation, qui semble nous annoncer la fin de la colère du ciel, et nous promettre des jours plus heureux et plus tranquilles. Le Seigneur s'est montré depuis longtemps comme un Dieu terrible et vengeur; il se montre aujourd'hui comme un Dieu bienfaisant et miséricordieux : il ne nous effraye plus par ses menaces ; il veut nous attirer par ses bienfaits. Quel malheur pour nous, mes très-chers frères, si tant de moyens de salut nous devenaient inutiles!
Cependant ( nous vous le disons ici avec douleur) les uns regarderont ce temps de grâce et de propitiation comme un devoir onéreux, et ne sentiront de la grandeur de ce bienfait, que la peine de se disposer à s'en rendre dignes : les autres se croiront quittes de tout envers Dieu, dès qu'ils auront participé aux grâces de l'Église, et les rechercheront plus pour autoriser leur impénitence, que pour renouveler leur reconnaissance et leur ferveur.
Souvenez- vous , mes chers frères, que la sainteté de vos dispositions décidera de la mesure des grâces que vous recevrez en ces jours de salut. Plus vous aimerez , plus il vous sera remis; plus le repentir de vos fautes sera vif, plus les peines dont elles devaient être expiées, deviendront légères; c'était une piété plus fervente, et des larmes plus abondantes, qui obtenaient autrefois aux pénitents publics, larelaxa-
' La pcbte était à la Canourguc, qui confine l'Auvergne.
tion des peines canoniques. L'Église, touchée de l'excès de leur componction , a abrégé les jours de leur? travaux et de leur pénitence : l'esprit qui la conduit , est toujours le même ; ses grâces ne sont encore destinées qu'aux véritables pénitents; elle ouvre ses entrailles et ses trésors à leur douleur.
Offrons donc aux miséricordes du Seigneur, mes chers frères, des cœurs véritablement brisés et humiliés. Détestons les désordres qui ontjusqu'ici ferme le ciel sur nous , ou qui ne l'ont ouvert que pour attirer sur nos villes et sur nos campagnes des calamités publiques.
Rapprochons-nous de Dieu , qui semble nous promettre de cesser ses vengeances, puisqu'il nous offre même ses grâces; et si nous n'avons pas fait tout l'usage que nous devions de ses châtiments , n'abusons pas du moins de ses bienfaits.
MANDEMENT
Pour faire chanter le TeDeum en actions de grâces du sacre et du couronnement du roi.