‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 157 sur 235 · DES DIVINES ÉCRITURES · texte numérisé non relu

DES DIVINES ÉCRITURES

Dans les histoires que les hommes nous ont laissées, on n'y voit agir que les hommes. Ce sont les hommes qui remportent des victoires, qui prennent des villes, qui subjuguent des empires, qui détrônent les souverains, qui s'élèvent eux-mêmes à la suprême puissance : Dieu n'y paraît nulle part; les hommes en sont les seuls acteurs. Mais dans l'histoire des livres saints, c'est Dieu seul qui fait tout ; Dieu seul qui fait régner les rois , qui les place sur le trône, ou qui les en dégrade; Dieu seul qui combat les ennemis , qui renverse les villes, qui dispose des États et des empires, qui donne la paix et qui suscite les guerres. Dieu seul paraît dans cette histoire divine : il en est, si je l'ose ainsi dire , le seul héros ; les rois et les conquérants n'y paraissent que comme les ministres de ses volontés. Enfin, ces livres divins tirent le voile de la Providence. Dieu, qui se cache dans les autres événements rapportés dans nos histoires , paraît à découvert dans ceux-ci; et c'est dans ce livre seul que nous devons apprendre à lire les histoires que les hommes nous ont laissées.

Les livres saints, qui ont conservé la religion jusqu'à nous, renferment les premiers monuments de l'origine des choses. Ils sont eux-mêmes plus aneiens que toutes les productions fabuleuses de l'esprit humain, qui amusèrent si tristement depuis la crédulité des siècles suivants; et, comme l'erreur naît toujours de la vérité, et n'en est qu'une vicieuse imitation, c'est dans les principaux traits de cette histoire divine que les fables du paganisme trouvèrent leur fondement : de sorte que l'on peut dire qu'il n'est pas jusqu'à l'erreur, qui ne rende par là hommage à l'ancienneté et à l'autorité de nos saintes Ecritures.

La bonne foi de Moïse paraît dans la naïveté de son histoire. Il ne prend point de précautions pour être cru , parce qu'il suppose que ceux pour qui il écrit, n'en ont pas besoin pour croire; et qu'il ne raconte que des faits publics parmi eux , plutôt pour en conserver la mémoire à leurs descendants, que pour les en instruire eux-mêmes.

On ne cachait point mystérieusement au peuple

les livres saints, de peur qu'il n'en découvrît la fausseté, comme ces vains oracles des Sybilles resserrés avec soin dans le Capitole, fabriqués pour soutenir l'orgueil des Romains, exposés aux yeux des seuls pontifes, et produits de temps en temps par morceaux pour autoriser dans l'esprit du peuple, ou une entreprise périlleuse, ou une guerre injuste. Ici, les livres prophétiques étaient la bcture journalière de tout un peuple; les jeunes et les vieillards , les femmes et les enfants, les prêtres et les hommes du commun , les rois et les sujets devaient les avoir sans cesse entre les mains : chacun avait droit d'y étudier ses devoirs et d'y découvrir ses espérances. Loin de flatter leur orgueil , ils ne leur parlaient que de l'ingratitude de leurs pères; ils leur annonçaient à chaque page des malheurs, comme le juste châtiment de leurs crimes ; ils reprochaient aux rois leurs dissolutions; aux pontifes, leurs injustices; aux grands, leurs profusions; au peuple, son inconstance et son incrédulité : et cependant ces livres saints lui étaient chers ; et, par les oracles qu'ils y voyaient s'accomplir tous les jours, ils attendaient avec confiance l'accomplissement de ceux donttout l'univers est aujourd'hui témoin. {Carême, sermon du jeudi après les Cendres.)

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