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tendre. On accoutume de loin notre esprit naissant à ces images suggérées; le choix d'un état, n'est plus qu'une impression portée de l'enfance. Ainsi avant que nos penchants soient développés , et que nous sachions ce que nous sommes , nous nous formons des engagements éternels , et arrêtons ce que nous devons être pour toujours. {Carême, sermon du mercredi de la deuxième semaine.)
Si l'on démêle dans un enfant les premières espérances de ces talents qui font réussir dans le monde; s'il paraît plus propre que les autres à soutenir la gloire de son nom, on le sépare pour la terre, on le regarde comme destiné et consacré au siècle par sa naissance. En vain mille désirs de séparation et de retraite laissent comprendre les desseins de Dieu sur lui ; on les regarde comme des légèretés de l'enfance : on ne le croit pas encore capable de se choisir une voie, et on lui offre celle du siècle. On ne veut pas le détourner ouvertement d'un dessein louable; mais on exige qu'il connaisse le monde auparavant, et on attend qu'il l'ait aimé : on veut laisser mûrir la raison, et on laisse flétrir l'innocence et fortifier les passions : on se persuade qu'il faut l'engager dans des plaisirs qui éprouvent sa résolution, et on le met dans des occasions qui corrompent son âme. Mais lorsqu'on trouve les mêmes désirs de retraite dans ceux qui , par l'ordre de leur naissance, ou par la médiocrité de leurs talents , se trouvent moins propres au monde et à seconder la vanité de nos projets, est-on si difficile et si circonspect? prend-on tant de mesures pour éprouver si c'est le bon esprit qui les pousse? Ah loin de nous défier de leur âge et de leur enfance, nous en abusons : loin de leur représenter les inconvénients d'un choix téméraire , on le leur inspire ; loin de leur faire connaître les plaisirs du monde, pour éprouver leur résolution , la grande attention est de les en éloigner et de leur enfaire des peintures affreuses : au lieu de leur représenter avec neutralité le siècle et la retraite, on^es place dans des situations où tout leur fait entendre ce qu'on n'ose leur dire; on fait de leur éducation une voie qui les conduit à nos fins. Sous prétexte de les éloigner des dangers, on dérobe de bonne heure le monde à des yeux devant lesquels on craint qu'il ne paraisse trop aimable. On ne les traîne pas comme des victimes infortunées à l'autel ; mais peut-être on leur rend la retraite souhaitable, par les sévérités et les traitements injustes qu'ils ont à essuyer auprès de nous. {Mystères, deuxième sermon de la Purification.)
Y regarde-t-on de si près, quand il s'agit d'un établissement qui va assurer un grand rang et une
fortune immense? les mœurs, la religion, la piété décident-elles de nos choix dans le sacrement de mariage? l'intérêt ou la passion ne forment-ils pas toujours les nœuds de ce lien sacré? les biens et les titres sont comptés dans l'écrit fatal qui va nous lier ; les vertus y sont-elles comptées ? On met tout en œuvre pour assortir les fortunes, on ne se met point en peine d'assortirles cœurs; pourvu que toutlereste convienne , on ne compte pour rien que les humeurs ne conviennent pas. Une société sainte et indissoluble n'a souvent pour tout lien qu'une opposition secrète de caractères qui va bientôt la troubler, et peut-être la rompre : la même cupidité qui nous lie, nous a bientôt désunis. L'ouvrage des passions ne saurait être durable; on unit souvent, et on unit en vain, ce que Dieu avait séparé. Tant de divorces scandaleux sont de faibles leçons, et ne rendent pas des mariages plus saints et plus prudents; et l'on voit tous les jours les plus grandes maisons périr et s'éteindre, par les sacrements même destinés à les soutenir et à les perpétuer. {Panégyrique de sainte Agnès.)
La honte de nos familles devient souvent le partage du Seigneur. Les vases de rebut que nous n'avons pas trouvés dignes d'être placés dans notre maison, nous les choisissons pour être les vases d'honneur du temple du Dieu vivant. Ainsi, ces pierres inutiles que nous rejetons comme incapables d'entrer dans l'édifice profane de notre fortune , nous les réservons pour être les pierres de l'angle, et les colonnes de la maison du Seigneur...
Hé quoi ! l'art des arts, le gouvernement des âmes, demande-t-il moins de talents que les occupations frivoles et les inutilités de la terre? l'interprétation des mystères de la foi, la défense de la vérité et de la doctrine, l'instruction des peuples, la dispensation des grâces de l'Église; des devoirs si sublimes, ne doivent-ils donc être abandonnés qu'à des talents inutiles et à des esprits vulgaires et médiocres? La force pour résister à l'erreur, la lumière et l'élévation pour la découvrir et la confondre, le zèle pour combattre le monde avec ses abus et ses maximes , la sainteté pour le corriger, la plénitude de l'esprit de Dieu pour le toucher, l'éloquence sainte pour le convaincre, l'intrépidité pour ne pas le ménager, la grandeur d'âme pour être au-dessus de ses menaces et de ses promesses, sont-ce là des ministères vulgaires et rampants? et faut-il, pour des fonctions si élevées, être né moins heureusement que pour les amusements du monde et les agitations puériles qui en font les plus sérieuses occupations? {Mystères, deuxième sermon de la Purification.)
DU CHOIX D'UN ÉTAT
On n'a garde de donner à des enfants des instructions dont on serait fâché qu'ils fissent usage : on les éloigne même des personnes et des lieux où ils pourraient les recevoir. On leur exagère, tous les jours, les inconvénients d'un état où les intérêts d'une maison ne les demandent pas : on leur enfle les avantages et les agréments de celui auquel on les destine; et l'on ne se sert que de leurs passions, pour leur inspirer un choix qui doit les conduire à les combattre. C'est l'ordre de la nature tout seul qui d'ordinaire en décide; on n'attend point d'autres marques de vocation que le rang de la naissance ou la situation de la fortune. On se persuade qu'être né le premier dans une famille, c'est être choisi du ciel pour succéder aux titres et aux dignités de nos ancêtres; que n'avoir que le second rang dans la maison de son père, c'est un droit qui nous ouvre la porte de la maison du Seigneur ; qu'un grand nom et une fortune médiocre est un engagement inévitable à choisir Jésus-Christ pour époux. {Carême, sermon du mercredi de la deuxième semaine.)
Nous exigeons de ceux qui sont engagés dans les saints ministères tant de qualités rares et sublimes : nous voulons que leurs mœurs soient irrépréhensibles; qu'ils brillent par la sainteté de leur vie, comme des astres au milieu des ténèbres et de la corruption générale du monde; nous voulons qu'ils éclaircissent nos doutes, qu'ils redressent nos égarements, qu'ils soutiennent notre faiblesse, qu'ils consolent nos afflictions; nous voulons qu'ils soient les dépositaires de la doctrine et de la vérité, les oracles de la terre, toujours prêts à rendre raison de notre foi et à humilier toute hauteur qui s'élève contre la science de Dieu : mais c'est nous-mêmes qui les ayons donnés à l'Église; c'est de nos mains que le Seigneur les a reçus ; et si nous ne présentons au temple que ce que nous avons de pire et de plus défectueux , comment y trouverons-nous ce qu'il y a de plus rare et de plus excellent sur la terre? Nous faisons après cela nous-mêmes, de leurs dérèglements et de leur ignorance, le sujet le plus ordinaire et le plus agréable de nos dérisions et de nos censures. Mais n'est-ce pas l'ouvrage de notre orgueil et de notre intérêt , que nous trouvons si digne de risée? n'est-ce pas notre cupidité qui a placé sur l'autel ces idoles méprisables que nous insultons? Si le Seigneur se choisissait lui-même ses victimes, seraient-elles si indignes de lui? et les asiles saints cacheraient-ils tant de dégoûts , de faiblesses et de murmures? {Mystères, deuxième sermon de la Purification.)
Le respect humain préside fort souvent à la dé-
cision de nos destinées , et nous force à des choix que tous nos penchants désavouent. Tel prend le parti des armes, et suit une route d'où mille raisons de tempérament, de goût, d'intérêt même l'éloignent, parce que, né avec un nom, il n'oserait se borner aux soins domestiques, et que le monde regarderait ce repos comme une indigne lâcheté. Tel préfère uncélibatdangereux, à un établissement qui le dégraderait dans le inonde ; et aime mieux s'exposer à toutes les suites de la fragilité, que déshonorer son nom par une alliance inégale. Tel, sans aucun attrait pour la retraite , s'y consacre par pure fierté, parce que, n'ayant pas de quoi soutenir son nom et s'établir convenablement dans le monde, un asile saint lui paraît plus honorable aux yeux des hommes qu'une fortune obscure et rampante. Personne presque ne prend dans son propre cœur la décision de sa destinée. Si l'on est maître de son sort, c'est la crainte du monde et de ses jugements qui en décide : en un âge tendre, on regarde comme une loi la volonté de ceux dont on tient la vie; on n'ose produire les désirs qui contrediraient leurs desseins : on étouffe des répugnances qui deviendraient bientôt des crimes. Des parents barbares et inhumains , pour élever un seul de leurs enfants plus haut que ses ancêtres , et en faire l'idole de leur vanité, ne comptent pour rien de sacrifier tous les autres, et de les précipiter dans l'abîme. Ils arrachent du monde des enfants à qui l'autorité seule tient lieu d'attrait pour la retraite, ils conduisent à l'autel des victimes infortunées qui vont s'immoler à la cupidité de leurs pères plutôt qu'à la grandeur du Dieu qu'on y adore. Pourvu que ce qui paraît d'une famille éclate, brille, et fasse honneur dans le monde, on ne se met point en peine que des ténèbres sacrées cachent les chagrins , les dégoûts , les larmes de ce qui ne paraît qu'aux yeux de Dieu.
Dieu a-t-il assujetti ses desseins à la bizarrerie des arrangements humains? les talents propres d'un état, sont-ils toujours attachés à un certain rang dans les familles ? le goût qui nous inspire le choix , vient-il avec l'ordre delà naissance; et la nature a-t-elle formé le cœur d'un puîné plus pur, plus disposé à remplir les devoirs saints et sublimes du sacerdoce , que celui de ses frères ?
Si l'on attend un âge avancé pour se choisir un état, c'est le hasard ou l'occasion qui en décident d'ordinaire. Une dignité sacrée à laquelle on ne s'attendait point, nous dépouille à l'instant de l'ignominie du siècle, et nous place dans le lieu saint. La mort d'un aîné change nos vues , nous rengage dans le monde d'où nous venions de sortir, et notre vocation à l'autel expire à mesure que nous voyons