DE L'AMOUR-PROPRE
Comme nous nous aimons beaucoup nous-mêmes, et que nous ne mettons point de bornes à nos désirs, nous ne sommes jamais contents de notre état , de notre élévation , de nos places ; nous trouvons toujours qu'il manque quelque chose à l'avidité de notre amour-propre. Si nous n'avons pas tout ce que nous désirons, nous ne comptons pour rien ce que nous avons : nous nous épuisons en vues, en prétentions, en projets, en mesures : nous ne saurions jouir tranquillement de ce que la Providence nous offre : ce qui nous manque nous inquiète plus que ce que nous possédons ne réussit à nous satisfaire. Tant que nous voyons devant nous quelque chemin à faire, nous ne saurions nous en tenir à ce qui est déjà fait. Semblables à un pilote qui marche en haute mer; quand nous sommes arrivés tout le plus loin que nos yeux et nos espérances pouvaient s'étendre, nous découvrons, de ce nouveau point de vue, de nouveaux pays et des espaces immenses qui raniment nos prétentions. Plus nous nous élevons, plus nos vues s'étendent; plus nous nous avançons, plus nous voyons de chemin à faire. Le terme de nos désirs , quand nous y sommes arrivés, n'est plus que la voie qui nous conduit à d'autres; et notre état présent n'est jamais celui qui nous plaît. La destinée que Dieu nous fait, n'est jamais celle que nous nous faisons à nous-mêmes. Nous sommes ingénieux à nous rendre malheureux, nous conjurons sans cesse contre notre propre repos ; et pour nous dégoûter d'un bien que nous avons longtemps désiré, il suffit que la Providence nous l'accorde. {Mystères, sermon de la Purification.)
Si nous sommes dans l'affliction, nos peines nous paraissent toujours excessives , par l'excès de l'amour que nous nous portons à nous-mêmes, et