‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 18 sur 235 · LA RÉSURRECTION DE NOTRE-SEIGNEUR · texte numérisé non relu

LA RÉSURRECTION DE NOTRE-SEIGNEUR

suvrectïon de Jésus-Christ. Souffrez donc, mes trères,queje finisse ce discours, cette carrière sainte, et l'ouvrage de mon ministère, en vous adressant les mêmes paroles que l'Apôtre adressait autrefois aux fidèles nouvellement convertis à la foi. Mes frères, leur disait- il, demeurez donc fermes, et ne vous rengagez plus sous le joug de la dure servitude dont la grâce de Jésus-Christ vient de vous délivrer : State, etnolite iterùm jugo servitutis conlineri. (Galat. v, 1.) Tout ce que vous venez de souffrir pour purifier votre conscience, pour en éclaircir les abîmes au tribunal sacré; ces larmes , cette honte, ces aveux qui ont tant coûté à votre faiblesse, ces déchirements du cœur; tout cela , l'auriez-vous souffert en vain ? Tanta passi estis sine causa? (Ibid. m, 4.) N'allez donc plus reprendre des chaînes , dont vous n'avez pu vousmême soutenir la pesanteur : ne faites plus renaître au milieu de votre cœur ce ver dévorant , que vous n'avez jamais pu calmer : ne rentrez plus dans ces voies amèresde l'iniquité, que vous avez trouvées vous-même si tristes et si difficiles : State, et nolite iterùm jugo servitutis contineri. Comparez l'état où la grâce des sacrements vient de vous établir, à celui où vous étiez avant que d'en approcher. Ne sentez-vous pas une joie secrète au fond de la conscience; une douceur, une paix, que le monde et les passions ne vous avaient jamais donnée: vos troubles ne sont-ils pas calmés , vos remords apaisés ? Ne revoyez-vous pas avec plus de plaisirs ce temple, cesautels, tous ces spectacles pompeux que l'Église étale aujourd'hui à vos yeux? n'entendezvous pas ces chants d'allégresse, et son innocente harmonie, comme un prélude du cantique éternel de la céleste Sion? N'écoutez-vous pas la parole du salut qu'on vous annonce, avec une consolation sensible, au lieu qu'elle était auparavant pour vous un glaive perçant, qui portait l'effroi et la douleur jusqu'au fond de votre âme? Rappelez vos jours de dissolution et de ténèbres : ont-ils rien de comparable à ce que vous sentez aujourd'hui? N'est-ce pas ici véritablement pour vous, ce jour, ce grand jour que le Seigneur a fait? et en avez-vous jamais vu dans la religion de la mort, dont vous venez de sortir, de si serein, de si heureux et de si auguste? Demeurez donc fermes dans les voies du Seigneur, où vous venez d'entrer; et ne vous lassez jamais d'un joug, qui fait tout le bonheur et toute la consolation de ceux qui le portent : State, et nolite iterùm jugo servitutis contineri. Vous êtes devenus des enfants de lumière; soutenez cet heureux titre : vous venez d'être faits héritiers du ciel; méprisez avec une sainte fierté tout ce qui est au-dessous

d'une si magnifique espérance : vous voilà devenus la victoire de Jésus-Christ, le fruit de sa mort, et le trophée de sa résurrection; ne diminuez pas la gloire de son triomphe, en vous engageant encore sous la servitude dure et honteuse de son ennemi : State, etnolite iterùm jugo servitutis contineri. Quedirai-je de plus, mes frères? Les anges qui environnent le trône de l'Agneau dans le ciel, et vos frères, qui vous ont précédés avec le signe de la foi, les saints protecteurs de cette monarchie, qui ont annoncé Jésus-Christ à nos pères, vous regardent avec joie du haut de la demeure céleste: ils célèbrent dans le séjour de l'immortalité votre délivrance, votre heureux retour à la grâce, et votre réunion avec eux et avec toute l'Église du ciel : ils chantent au pied du trône le cantique de louange et d'action de grâce. Voudriez-vous fermer encore les cieux sur vous , vous séparer encore de la charité des citoyens de la Jérusalem céleste, et rompre des liens si heureux et si désirables pour vous? Demeurez donc fermes; et ne passez plusdelasainteliberté des enfants de Dieu , à l'esclavage affreux du démon et du péché : State, etnolite iterùm jugo servitutis contineri. Que puis-je vous dire enfin? Vous avez même réjoui les anges de la terre, les ministres de l'Église, qui ont été les témoins de vos larmes, de vos soupirs, de la douleur de votre confession, de la sincérité de votre pénitence : ils vous ont appliqué avec joie le sang de l'Agneau, et le remède de vos souillures : ils vous ont réconcilié avec l'autel , et avec le Dieu qu'on y adore : ils vous ont donné le baiser de paix : ils vous regardent comme leur ouvrage en Jésus-Christ, comme des enfants de la foi qu'ils viennent d'enfanter et de former pour le ciel, parleurs prières, par leurs gémissements, et par les douleurs les plus vives du zèle sacerdotal. Voudriez-vous remplir leur cœur d'amertune, par une indigne apostasie; les obliger de gémir encore entre le vestibule et l'autel, de demander à Dieu contre vous la vengeance de son sang profané ; et au lieu que vous êtes leur couronne, leur joie, et leur consolation, devenir la plaie la plus douloureuse de leur cœur? Ne rendez donc pas, mes frères, les soins de leur zèle, et les travaux de votre pénitence inutiles : State, etnolite iterùm jugo servitutis contineri. Conservez le trésor que vous venez de recevoir, jusqu'au jour du Seigneur, afin que vous puissiez le lui présenter à la résurrection générale, comme le gage et le prix delà bienheureuse immortalité.

Ainsi soit-il.

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SUR LES CARACTÈRES, etc.

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