‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 182 sur 235 · DE LA DISSIMULATION · texte numérisé non relu

DE LA DISSIMULATION

Rien ne coûterait plus à l'homme , que de se montrer tel qu'il est. Comme l'orgueil est le premier de nos penchants , et que d'ailleurs le sentiment secret de nos défauts ne nous permet pas d'ignorer que , si nous nous montrions tels que nous sommes, nous serions d ignés du dernier mépris, nous naissons tous avec un fond de dissimulation sur ce qui se passe au dedans de nous-mêmes. Toute notre vie n'est presque qu'un déguisement continuel ; nous jouons dans presque toutes nos actions le personnage d'un autre : et ce qui paraît de nous-mêmes n'est jamais nous. Telle est la condition de l'homme ; né orgueilleux et misérable, il ne peut paraître grand qu'en ne se montrant pas tel qu'il est; et le déguisement est la seule ressource de sa vanité. {Carême, sermon du vendredi de la première semaine.)

Nous entendons quelquefois ceux qui occupent de grandes places , se plaindre des agitations infinies inséparables de leurs emplois , soupirer après le repos, envier la destinée d'un état tranquille et privé; et redire sans cesse qu'il serait temps enfin de vivre pour soi, après avoir vécu si longtemps pour les autres. Mais ce ne sont là que des discours Ils paraissent gémir sous le poids des affaires , mais ils porteraient avec bien plus de douleurs et d'accablement le poids du loisir et d'une condition privée. Us ont employé une partie de leur vie à briguer le tumulte des places et des emplois, ils en emploient l'autre à se plaindre du malheur de les avoir obtenus. C'est un langage de vanité. Ils voudraient paraître supérieurs à la fortune, et ils ne le sont pas au moindre revers et au plus léger refroidissement qui les menace. (Carême , sermon du lundi de la semaine de la Passion.)

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