‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 21 sur 235 · SUR LES CONSOLATIONS ET LA GLOIRE · texte numérisé non relu

SUR LES CONSOLATIONS ET LA GLOIRE

DE LA. SAINTE VIEUGE

Indien mihi, quem diligit anima mea, ubipascas, ubi cubes in meridie.

O vous qui êtes le bien-aimé de mon âme , montrez-moi où est le lieu de votre repos et de vos pâturages éternels.

(Cant. i, 6.)

Tel est le langage de l'âme fidèle sur la terre. Eloignée de son époux, que les nuages de la mortalité lui dérobent encore; ne trouvant rien ici-bas qui puisse consoler son amour de cet éloignement, que l'espérance de le voir bientôt finir; soupirant sans cesse après cet heureux moment qui doit lui ouvrir les cieux, et lui montrer l'Époux immorttl qu'elle aime; et faisant de la durée et des amertumes de son exil, l'exercice de son amour, et tout le mérite de sa foi et de sa patience : O vous, s'écrie-t-elle sans cesse, qui êtes le bien-aimé de mon cœur, montre-moi où est le lieu de votre repos et de vos pâturages éternels.

Mais comme les illusions des sens mêlent toujours à la foi des âmes les plus pures mille attachements inévitables, qui partagent ici-bas leur amour; qui ralentissent en elles le désir des biens éternels ; et qui font, selon l'Apôtre, qu'elles voudraient bien à la vérité être revêtues de l'immortalité, mais sans

DE LA SAINTE VIERGE

être dépouillées delà mortalité quelles aiment encore : Nolumus exspoliari, sed supervestiri (iiCor. v, 4) : on peut dire que cette disposition de détachement universel de la vie et de toutes les créatures; cette tristesse sur la longueur de cet exil ; cette joie et ce tressaillement à la vue de la mort, et de l'heureuse délivrance, n'a été parfaite que dans Marie; et qu'elle seule, en ce jour consacré par l'Église à sa sortie de la terre, à son exaltation dans le ciel, a droit, comme la véritable épouse, et de tenir ce langage d'amour : O vous qui êtes le bien-aimé de mon cœur, montrez-moi où est le lieu de votre repos et de vos pâturages éternels.

En effet, les amertumes et les abaissements de sa vie mortelle trouvent aujourd'hui dans sa mort, et dans son heureuse assomption, leur consolation et leur gloire. A l'exemple de son cher Fils, la terre avait été pour elle un lieu d'opprobres et de souffrances. Fille de douleur; dégradée de tous ses titres; inconnue dans tous ses dons; confondue avec les autres mères de Juda, il était juste enfin que la gloire de son Fils fut réparée en sa personne ; et que toujours semblable à lui , les merveilles de sa mort corrigeassent l'obscurité de sa vie.

Ce sont donc les consolations et la gloire de la mort de Marie, que nous allons développer aujourd'hui, et qui renferment tout le mystère que l'Église propose à la piété des fidèles. Les consolations de sa mort, qui compensent les amertumes intérieures dont son âme sainte avait toujours été affligée durant sa vie; la gloire de sa mort, qui répare les humiliations qui l'avaient toujours accompagnée sur la terre : voilà tout le sujet de ce discours. Nous avons besoin de son entremise pour obtenir les lumières de l'Esprit saint.

Ace, Maria.

Page 1