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PATRON D'UNE PAROISSE

Division. Chaque fidèle, comme les martyrs, doit rendre témoignage à Jésus- Christ. Or, le témoignage que tout fidèle doit à Jésus-Christ est de trois sortes : I. Un témoignage de souffrance; IL Un témoignage de soumission ; TU. Un témoignage de désir.

1° Un témoignage de souffrance. Ce n'est qu'en soufflant , que nous pouvons rendre témoignage que nous sommes chrétiens : mais les souffrances par lesquelles Dieu veut que nous lui rendions témoignage , ne sont pas seulement ces maux extérieurs que la condition humaine rend inévitables, il s'agit de ces souffrances qui forment propre-

ment la vie chrétienne, de cet esprit de croix et de mortification qui rend témoignage que nous sommes disciples de Jésus-Christ , sectateurs de sa doctrine , associés à ses promesses : il s'agit de ce renoncement intérieur, et de ce martyre invisible et continuel qui fait que nous résistons à nos passions, et que nous prenons sans cesse le parti de la foi et de l'Évangile contre nous-mêmes : il s'agit de cette violence si souvent commandée dans l'Évangile , qui fait que presque dans toutes nos actions, nous devons être en garde contre notre cœur ; de cette vie de la foi qui combat sans cesse au dedans de nous la vie des sens : voilà le témoignage que la foi exige de tout fidèle ; c'est en ce sens que tout chrétien est témoin de Jésus-Christ, parce que par les violences continuelles que l'Évangile l'oblige de faire à son cœur et à ses passions, il rend témoignage que la doctrine de Jésus-Christ est la voie du salut et la doctrine de la vérité, et que ses promesses sont préférables à tous les plaisirs dont elles exigent le sacrifice.

2° Un témoignage de soumission. Il ne s'agit pas seulement des soumissions à la profondeur de ses mystères, et à l'autorité de sa parole , en sacrifiant nos lumières , et en captivant notre raison : cette soumission ne regarde proprement que l'esprit ; mais la force exige encore la soumission du cœur, je veux dire l'acceptation des ordres de Dieu sur nous, et la conformité à sa volonté sainte dans toutes les situations où il nous place , en supportant avec patience et sans murmurer, les croix que sa bonté nous ménage. Voilà le second témoignage que nous devons rendre à la foi, glorifier Dieu dans nos peines, et nous soumettre à sa sagesse qui nous les impose, en reconnaissant l'ordre du souverain qui dispense les événements agréables ou fâcheux , pour accomplir ses desseins de miséricorde sur les hommes.

3° Un témoignage, de désir. Comme nous sommes étrangers sur la terre, que les jours mêmes de notre pèlerinage sont courts et laborieux , et que le ciel est la patrie du fidèle , le premier devoir de la foi est de soupirer après la patrie qui nous est montrée de loin; c'est de regarder tout ce qui nous environne, comme n'étant point à nous, et d'user du monde , et de toutes les choses du monde comme n'en usant pas ; c'est de nous être à charge à nous-mêmes dans un lieu où tout irrite nos passions , et rien ne peut les satisfaire, où tous les pas que nous faisons sont des chutes et des écueils, où tout nous éloigne de Dieu, et où plus nous nous éloignons de lui, plus nous nous devenons insupportables à nous-mêmes ; c'est enfin de désirer que le règne de Dieu vienne s'établir pour toujours dans nos cœurs. Et ce désir n'est pas une simple vertu de perfection , c'est le premier devoir de la foi , et ce qui distingue les enfants du siècle des enfants de Dieu. Et voilà pourquoi Jésus-Christ nous assure que le royaume des cieux est pour les pauvres et pour les affligés, parce qu'il est bien aisé de n'attendre sa consolation que dans le ciel quand on ne la trouve pas sur la terre.

Tels sont les témoignages que la religion exige de nous; c'est ainsi que tout chrétien doit être un martyr de la foi , non pas en répandant son sang pour Jésus-Christ, mais en mortifiant ses passions par un principe de foi, et c'est un

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témoignage de souffrance ; en acceptant ses peines et ses afllictions pour rendre hommage à la foi , et c'est un témoignage de soumission ; en méprisant tout ce qui passe , et ne regardant comme des biens solides que les biens éternels , et c'est un témoignage de désir.

PREMIER SERMON

POUR UNE PROFESSION RELIGIEUSE

Division. Trois consolations de la vie religieuse. I. Vue consolation d'élection. IL Une consolation de préservation. III. Une consolation de consécration.

Fe Partie. Une consolation d'élection. Outre cette élection invisible par laquelle la miséricorde de Dieu nous a marqués du sceau du salut, et nous a séparés de la masse de perdition , il est des élections visibles qu'on peut regarder comme les moyens et les préjugés consolants de la première. Or, telle est la vie religieuse , en effet , dans les âmes que Dieu appelle à cet état.

1° On y voit une préférence marquée au milieu d'une infinité d'âmes que Dieu abandonne : Premièrement , préférence de pure bonté. Car, au lieu que les hommes ne nous préfèrent dans la distribution de leurs grâces, que parce qu'ils nous trouvent , ou plus utiles à leurs desseins, ou plus dignes de leurs bienfaits; Dieu, dans ses choix, ne consulte que sa miséricorde , parce que nous en sommes tous également indignes. Ainsi les heureuses inclinations , le premier âge passé dans l'innocence , l'éloignement naturel du monde , sont les suites heureuses , et non les causes de votre élection. Car combien d'autres, avec les mêmes secours , n'ont pas persévéré dans le dessein qu'elles avaient de s'ensevelir avec Jésus-Christ dans ces saintes retraites? Secondement, préférence consolante par sa singularité. Considérez ce qui se passe dans l'univers : comparez, si vous le pouvez, le petit nombre d'âmes justes et fidèles , qui au milieu de nous vivent de la foi , à cette multitude effroyable d'infidèles, d'errants, de pécheurs, de mondains de tous les pays et de toutes les nations, qui suivent les voies de la perdition et de la colère : c'est un atome au milieu d'un espace immense ; et cependant c'est parmi ce petit nombre même que le Seigneur vous a choisie ; il vous a élue même parmi ses élus. Que de grâces renfermées dans une seule grâce ! 11 vous a séparée de tant de peuples qui ne le connaissent pas , on qui le connaissant ne l'adorent pas comme il faut, de tant de fidèles qui en l'adorant, violent sa loi sainte : il vous a privilégiée encore pardessus ce petit nombre d'âmes justes, qui au milieu des périls du monde le servent , mais sont obligées de se partager entre le monde et lui : sentez-vous tout le prix de celte préférence?

2° Nouveau sujet de consolation dans votre élection : les moyens dont Dieu s'est servi pour vous y conduire. Quels prodiges le bras du Seigneur n'a-t-il pas opérés , et quels moyens sa sagesse n'a-l-elle pas employés pour vous retirer du monde! que de secrètes invitations! que de nuages dissipés! que de dégoûts vaincus! que d'obstacles écartés ! que de facilités ménagées ! que d'événements inattendus ! que de révolutions et de changements pour

vous frayer le chemin où il voulait vous conduire ! de sorte que le Seigneur ne vous a jamais perdue de vue, et que vous pouvez lui dire avec le Prophète : C'est vous, Seigneur, qui avez préparé toutes mes voies , et qui dès le sein de ma mère avez mis votre main sur moi. Telles sont les grandes miséricordes du Seigneur sur les siens.

3° Autre sujet de consolation dans votre élection : les secours et la protection que Dieu promet , et qui sont toujours les suites de cette élection. C'est une vérité du salut , que les secours particuliers de la grâce suivent d'ordinaire le choix qu'elle fait de nous. Tel est l'avantage d'une âme qui entre dans une voie que la main même du Seigneur lui a frayée : elle ne doit plus se regarder ellemême , ni s'arrêter à la disproportion qu'elle trouve entre sa faiblesse et les difficultés de la voie où Dieu l'appelle ; c'est Dieu même qui l'y conduit , et c'est assez ; elle peut dire à\ec\ePro$hète:LeSeigneurestmonguide; rien ne me manquera. Au lieu que les âmes mondaines , entrées la plupart dans l'état où elles se trouvent , sans vocation du ciel , sont livrées à leur propre faiblesse, et Dieu ne les soutient point dans des voies que lui-même ne leur a point choisies. De là vient que nous voyons tous les jours tant d'âmes dans le monde , qui remplies d'ailleurs de bons désirs , et nées avec d'heureuses inclinations , se plaignent sans cesse de leur faiblesse ; des âmes pour qui tout est un écueil , et en qui les plus fermes résolutions ne vont jamais plus loin que jusqu'au premier péril : c'est que le Seigneur les laisse errer au gré de leurs passions dans un monde où sa main ne les a pas placées. Pour vous que la main du Seigneur conduit dans le lieu saint, vous pouvez avec confiance vous répondre de sa protection et de ses grâces. Ne craignez donc pas les peines et les difficultés que la vie religieuse semble d'abord offrir à la nature : ses austérités se changeront pour vous en douces consolations ; ses devoirs les plus pénibles soutiendront votre foi , loin de l'abattre ; et vous serez vous-même surprise de votre force et de votre courage. Mais ne comptez pas tellement sur la grâce de votre élection , que vous laissiez affaiblir en vous cette première ferveur de l'esprit : si vous vous relâchez , en vain étiez-vous appelée aux noces de l'Époux, vous serez rejetée , comme les vierges imprudentes , quoique leur vocation fut certaine.

IIe Partie. Consolation de préservation. En effet , vous quittez le monde ; mais qu'est-ce que ce monde misérable duquel la miséricorde de Jésus-Christ va vous séparer à jamais ? Premièrement, c'est une région de ténèbres ; secondement, une voie toute semée d'écueils et de précipices ; troisièmement , c'est le lieu des tourments et des tristes inquiétudes.

f° Une région de ténèbres : la vérité n'y trouve ou que des aveugles qui ne la connaissent pas, ou que des ennemis qui la combattent ; et sans parler de tous les divers genres d'aveuglement si répandus dans le monde , qui attaquent le fondement de la foi et de la doctrine sainte , arrêtons-nous aux erreurs qui en altèrent les règles et les maximes. On annonce tous les jours ces maximes saintes avec autant de force, d'exactitude et de lumière, que dans les premiers âges de l'Église : cependant il n'en est aucune

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sur laquelle le monde ne répande encore des adoucissements , de fausses couleurs qui les défigurent , ou des nuages qui les cachent : et ce ne sont pas là les erreurs de quelques particuliers, ce sont les erreurs de presque tous les hommes, c'est la doctrine du monde entier, contre laquelle il n'est plus temps de vouloir s'élever. C'est ainsi que tous les hommes presque marchent , sans le savoir, dans les ténèbres : et c'«st ainsi que vous auriez vécu , si la miséricorde de Jésus-Christ ne vous avait retirée de cette région de ténèbres, pour vous faire passer à un royaume de lumière : vous auriez regardé comme des vérités , les erreurs reçues de la multitude , vous auriez suivi les voies que tout le monde regarde comme sûres. Les miséricordes du Seigneur sur vous sont donc dignes d'une reconnaissance qui ne doit plus finir qu'avec votre vie. Voyez , tandis que des ténèbres épaisses couvrent toute la terre, comme la lumière du Seigneur s'est levée sur vous seule , comme il vous a conduite dans un lieu où tout vous montrera la vérité. Rien en effet n'est plus consolant pour une âme que la miséricorde du Seigneur a séparée du monde , que ce premier coup d'œil qui lui en découvre les erreurs et les fausses maximes.

2° Le monde est une voie toute semée d'écueils et de précipices. Tout est danger dans le monde : danger dans la naissance , dans l'élévation , dans les soins publics , dans l'usage des grands biens , dans les entretiens , dans les amitiés, dans le mariage, dans l'étal de liberté, etc.; voilà le monde : si vous échappez d'un péril, vous venez bientôt échouer à un autre ; et ne croyez pas que tous ces dangers eussent été moindres pour vous que pour un autre. Quand môme des exemples domestiques de vertu auraient quelque temps défendu votre innocence ; ah ! que les exemples touchent peu dans cette première saison de la vie qu'on destine à l'oubli de Dieu ! Vous auriez peut-être envié le bonheur des âmes qui servent Dieu , et qui sont à lui sans réserve ; mais rentraînée à l'instant par le torrent fatal des exemples, la vertu n'aurait jamais eu que vos faibles désirs , et le monde toujours votre cœur et vos af fections véritables. Ce n'est pas qu'en convenant des périls innombrables du monde, et de la difficulté d'y faire son salut, je veuille justifier les vaines excuses des mondains. Il est difficile , disent-ils , de vivre chrétiennement dans le monde : cela est vrai. Mais combien d'âmes fidèles la grâce y forme et y conserve-t-elle tous les jours à vos yeux! Le plus sur, dites-vous, serait de tout quitter, et de s'aller cacher au fond d'une retraite. Ali ! je l'avoue avee vous; mais il ne faut pas que les désirs d'un état devenu impossible, vous calment sur les dangers de votre état présent : c'est une illusion de ne pas faire ce qu'on doit, parce qu'on voudrait faire ce qu'on ne peut pas.

3° Le monde est le lieu des tourments et des tristes inquiétudes. On croirait d'abord que la joie et les plaisirs sont le partage de ce monde réprouvé ; mais il s'en faut bien. Hélas ! si l'on pouvait y être heureux du moins en oubliant Dieu , et en ne refusant rien aux passions insensées; si on n'évitait pas les supplices éternels destinés aux pécheurs, du moins on jouirait du présent ; mais ce présent môme, cet instant rapide est refusé au pécheur.

Dieu qui nous a faits pour lui , ne veut pas que nous puissions être un instant môme heureux sans lui : il se sert de nos passions pour nous punir de nos passions mômes. En vain nous formons-nous un plan de félicité dans le crime , notre cœur dément bientôt cette espérance ; et il ne nous reste rien de plus réel de cette vaine idée de bonheur, que le chagrin de nous l'être en vain formée. Jésus-Christ n'a pas laissé sa paix au monde, il ne l'a laissée qu'à ses disciples : ainsi en le lui sacrifiant aujourd'hui, vous ne lui sacrifiez rien de trop aimable; et ce qui fait le prix et le mérite de votre sacrifice , est bien plutôt le plaisir saint avec lequel vous le consommez que les plaisirs frivoles auxquels vous renoncez. Oui, si vous connaissiez le fond et l'intérieur de ce monde misérable, vous n'y verriez que des malheureux. Voilà le monde avec toutes ses erreurs, ses périls et ses inquiétudes. Réjouissez-vous donc de ce que Dieu vous a délivrée de la tyrannie de ce monde , pour faire sa demeure au milieu de votre cœur, et y établir une paix et une sérénité éternelle -

SECOND SERMON

POUR UNE PROFESSION RELIGIEUSE

Division. / Les tentations. II. Les consolations de la vie religieuse.

lre Partie. Les tentations de la vie religieuse. 11 y a trois tentations à craindre dans cet état : premièrement, la tentation du temps; secondement, la tentation du dégoût; troisièmement, la tentation des exemples.

1° La tentation du temps. Les commencements sont d'ordinaire fervents et fidèles : mais ces premières années passées dans la ferveur, on croit être en droit de se reposer; première tentation. Or, pour vous armer contre un écueil où la grâce de la vocation vient souvent échouer, souvenez-vous que l'esprit de la vie religieuse que vous embrassez, est le même pour tous les âges; que les règles saintes de cet institut sont les mêmes pour tous les temps ; et qu'ainsi clans un âge plus avancé, comme dans une première jeunesse , puisque la sainteté de votre état sera toujours égale, votre fidélité doit toujours être la même. Ce ne serait pas môme assez : plus vous avancerez dans la profession religieuse , plus vous devez croître dans la grâce de votre état. Qui n'avance pas dans les voies de Dieu , recule. Mais s'il était un temps où il fût permis de servir Dieu avec une sorte de tiédeur, il semble que ce devrait être dans le commencement de la carrière , où la grâce est encore faible : au lieu que dans la suite, la grâce ayant dû croître en nous, et l'esprit de notre vocation se fortifier, la tiédeur devient un crime. Car il n'en est pas de la milice de Jésus-Christ, comme de celle des princes de la terre : dans celle-ci , après un certain temps de travail et de service , on acquiert le droit de chercher dans le repos le délassement et comme la récompense de ses fatigues passées ; mais dans la milice de Jésus-Christ , c'est en être déserteur, que de cesser un moment de combattre ; et se relâcher après quelques années de ferveur, c'est perdre tout le fruit de sa fidélité passée.

ANALYSES DES SERMONS

2° La tentation du dégoût. Les commencements surtout de la vie chrétienne et religieuse sont toujours accompagnés d'un certain attendrissement de cœur qui nous en adoucit d'abord tous les exercices. Alors tout s'aplanit, tout devient aisé : mais ce premier goût s'use d'ordinaire; alors nos penchants d'abord si dociles se soulèvent contre le joug : de là vient qu'on se décourage , et qu'on ne fait plus que se traîner dans la voie sainte. Pour prévenir une tentation si ordinaire dans ces retraites religieuses, écoutez les avis suivants : le premier est que la source de nos dégoûts dans les voies de Dieu , est d'ordinaire dans nos infidélités : ce n'est que lorsque nous commençons à mêler les adoucissements aux devoirs , que les devoirs commencent à devenir tristes et pénibles. Ainsi si vous éprouvez jamais ces dégoûts dans la voie sainte où vous entrez , examinez-vous d'abord vous-même ; et voyez s'il n'y a pas dans votre cœur quelque principe secret. d'infidélité, qui infecte tout le détail de vos exercices , et qui éloigne Dieu de vous. Un second avis , c'est que les dégoûts peuvent se trouver quelquefois dans la vie la plus fervente et la plus fidèle ; et en vous consacrant aujourd'hui à Jésus-Christ , vous devez vous attendre à des amertumes dans son service. Au commencement de la carrière, il nous soutient par des consolations sensibles, c'est un lait dont il nourrit notre faiblesse : mais à mesure que nous avançons , il nous traite comme des hommes forts; il ne nous nourrit plus que du pain de la vérité, qui est la nourriture des parfaits -f et un pain souvent de tribulation et d'amertume. Mais ce qui doit alors vous consoler, c'est que le Seigneur ne demande pas de nous le goût , mais la fidélité ; c'est que la vie religieuse est une vie de mort et de sacrifice ; et que cet état de peine et de tristesse paraît l'état le plus naturel d'une âme qui a pris la croix de Jésus-Christ pour son partage.

3° La tentation des exemples. C'est encore un des plus dangereux écueils de la vie religieuse. Oui, quoique la maison où vous entrez conserve encore le premier esprit de zèle, de charité et de fidélité, qu'elle reçut des mains de son bienheureux fondateur, néanmoins parmi tant de vierges fidèles et ferventes , il est difficile qu'il ne s'en trouve quelqu'une en qui la foi paraisse plus faible, la piété plus languissante, en un mot toute la conduite plus humaine : or, rien n'est plus à craindre que la tentation de cet exemple. Si c'étaient des exemples d'un dérèglement ouvert et déclaré, ils ne trouveraient en vous que l'indignation et l'horreur qu'ils méritent ; mais ce sont des exemples qui s'offrent à nous sous une couleur spécieuse d'innocence, qui ne nous présentent que des adoucissements légers et presque nécessaires à la faiblesse humaine. Le remède contre une contagion si à craindre même dans le lieu saint, c'est premièrement, de se dire à soi-même, que Dieu permet les exemples de relâchement dans les maisons les plus ferventes , pour éprouver les âmes qui lui sont fidèles : secondement , c'est de rappeler souvent l'exemple de ces pieuses fondatrices qui vous ont frayé les premières voies de ce fervent institut : troisièmement, sans chercher des exemples dans les temps qui nous ont précédés, c'est de vous proposer sans cesse celui des vierges ferventes , qui marchent ici à vos yeux avec tant de

MASSILLO:;. — TOME H.

fidélité dans la voie du Seigneur; c'est d'étudier leur conduite, aimer leur société, rechercher leur confiance.

IIe Partie. Les consolations delavic religieuse. Elles consistent dans trois avantages : Premièrement , les tentations y sont moindres ; secondement , les secours y sont plus grands ; troisièmement, les consolations y sont plus pures et plus abondantes.

1° Les tentations y sont moindres : parce que les trois grands écueils de l'innocence des hommes , n'exercent ici qu'à demi leur malignité et leur empire. La première tentation de la vie humaine , ce sont les richesses : or le dépouillement religieux y met à couvert de cette tentation ; c'est-à-dire de l'attachement aux richesses , de l'usage injuste qu'on en fait, et des soucis inséparables , soit de l'acquisition, soit de la conservation des richesses. Le sacrifice que vous allez faire à Jésus-Christ de votre corps , en le consacrant à une continence perpétuelle , vous rend supérieure à la tentation de la chair, qui est la seconde tentation de la vie humaine : car au lieu que le monde entier semble s'empresser et se glorifier de faire naufrage contre cet écueil , dans ces asiles saints tout inspire la pudeur, tout soutient l'innocence. Le troisième écueil de la vie humaine , c'est l'usage capricieux de notre liberté ; or, le sacrifice de votre esprit et de votre volonté que vous allez faire à Jésus-Christ, vous met à couvert de cette tentation , et des chutes et des embarras qu'elle entraîne. Car au lieu que dans le monde cette liberté que les hommes font tant valoir comme leur souveraine félicité , est pourtant la source de cet ennui qui empoisonne tous les plaisirs, et la cause du peu d'ordre qui se trouve dans leur vie; au contraire dans la vie religieuse tout est réglé, chaque moment a son emploi marqué : la tentation de l'en • nui, de l'inutilité où l'on vit dans le monde, n'y est point à craindre : on n'y vit point au hasard et sous la conduite si incertaine et toujours dangereuse de soi-même; on y vit sous la main des règles, pour ainsi dire, toujours sûres et toujours égales.

2° Les secours y sont plus grands. Premièrement, le secours delà retraite qui vous met à couvert des périls dont le monde est plein. Secondement , le secours des exercices religieux qui mortifient les passions, qui règlent les sens, qui nourrissent Ja ferveur, qui anéantissent peu à peu l'amour-propre, qui perfectionnent toutes les vertus. Troisièmement, le secours des exemples ; quel bonheur de vivre parmi des vierges fidèles, qui nous inspirent l'amour du devoir, et nous soutiennent dans nos découragements ! Quatrièmement, le secours de la charité, des attentions et des prévenances de nos sœurs; quelle douceur d'avoir à passer sa vie au milieu de personnes qui nous aiment , qui ne veulent que notre salut, qui sont touchées de nos malheurs; sensibles à nos afflictions, attentives à nos besoins, secourables à nos faiblesses! etc. Cinquièmement, le secours des avis et des sages conseils, qui nous redressent, sans nous aigrir, qui préviennent nos fautes, ou en sont aussitôt le remède. Sixièmement, le secours des prières et des gémissements de nos sœurs , qui s'intéressent pour nous auprès de Dieu , et attirent sur nous ses miséricordes. Septièmement, les grâces intérieures que le

ÏOG

ANALYSES DES SERMONS

Seigneur verse ici avec abondance, et qui non-seulement adoucissent son joug , mais nous le rendent aimable.

3° Les consolations plus pures et plus abondantes. On y goûte cette paix du cour que le monde ne connaît pas , et qu'il ne saurait donner ; cette joie qui sort du fond d'une conscience pure ; ce calme lieureux dont jouit une âme morte à tout ce qui agite les enfants d'Adam , ne goûtant que Dieu seul, ne désirant que Dieu seul, et ne s'étant réservé que Dieu seul.

TROISIÈME SERMON

POUR UNE PROFESSION RELIGIEUSE

Division. Trois réflexions sur les trois vœux de l'état religieux, dans lesquelles on examine ce que ces vœux ont de commun avec la vie chrétienne, et oe qu'ils y ajoutent déplus.

Irréflexion. Sur levœu de virginité perpétuelle. Ce vœu vous engage à deux devoirs : le premier, c'est l'entière soumission de la chair à l'esprit ; devoir qui vous est commun avec tous les fidèles : le second , les moyens pour parvenir à cette soumission, dont le principal vous est particulier et propre de votre état, et les autres regardent également tous les chrétiens.

Premier devoir ; l'entière soumission de la chair à l'esprit : devoir qui vous est commun avec tous les fidèles. Car la pureté que la sainteté de la vocation chrétienne exige de tous les fidèles, ne se borne pas à leur interdire certains désordres grossiers et honteux ; elle va bien plus loin. Comme tout chrétien a renoncé à la chair dans son baptême, et que par là il est devenu saint , spirituel , membre de Jésus-Christ, temple du Saint-Esprit, il faut donc remplir cette haute obligation , qu'il se regarde comme un homme céleste, consacré par l'onction de la divinité qui réside en lui. Dès lors pour un chrétien , non-seulement tout ce qui souille la chair est un sacrilège, mais tous les plaisirs même légitimes , où il ne cherche que la satisfaction des sens, souillent et profanent sa consécration. Or, pour parvenir à cette parfaite soumission de la chair à l'esprit, les saints fondateurs vous ont prescrit deux moyens. Le premier, qui est le propre de l'état religieux, est l'entière consécration de votre corps à Jésus-Christ , laquelle ne consiste pas seulement dans le renoncement à la société sainte du mariage : tout doit être pur et chaste dans une vierge consacrée à la chasteté religieuse : tout ce qui n'est pas saint, éternel, céleste, la souille, la dégrade, l'avilit : telle est l'excellence de la sainte virginité qui va vous consacrer à Jésus-Christ. Pour faciliter la pratique de ce premier moyen , les premiers instituteurs y en ont joint un second ; savoir, les jeûnes , les veilles , les macérations , la prière, parce qu'ils ont compris qu'il était impossible de conserverie corps pur au Seigneur, si la mortification n'en réprimait les révoltes, et si la prière n'en purifiait les désirs. Or, voilà les avantages que vous avez dans votre état sur les personnes engagées dans le monde; comme vous, elles sont obligées de conserver leur corps pur au Seigneur, et de s'interdire tous les désirs qui pourraient souiller l'âme : mais pour en venir là, ils sont obligés comme

vous, et encore plus que vous, de se mortifier sans cesse, de veiller, de ne point cesser de prier et de gémir pour appeler le Seigneur au secours de leur faiblesse. Mais ces devoirs si essentiels à cette vertu, qui vous conserve pures et sans tache, deviennent comme impraticables au milieu du monde : la prière n'y est même pour les plus réguliers, qu'un moment de bienséance et d'ennui, accordé le matin et le soir à ce saint exercice : la mortification n'y est pas moins inconnue et impraticable que la prière; en effet, comment se mortifier au milieu d'un monde où l'on donne tout aux sens ? Mais dans ces asiles saints, la prière et la mortification deviennent comme le fonds et l'occupation nécessaire de votre état, et il en coûterait plus de s'y refuser, que de s'y livrer avec une constante fidélité : tout y facilite la prière, parce que tout y inspire le recueillement, tout y conduit à la mortification; les saints usages établis, les exercices religieux, l'austérité de la vie commune , etc. Ainsi le seul privilège que les personnes du monde ont ici par-dessus vous, c'est qu'ayant au fond les mêmes obligations que vous, elles n'ont pas les mêmes facilités pour les remplir.

IIe Réflexion. Sur le vœu de pauvreté. Comme nous ne saurions presque plus jouir des bienfaits de l'Auteur de la nature sans en abuser, les saints fondateurs ont cru qu'il était plus sûr et plus facile de s'en dépouiller tout à fait , que de se contenir dans les bornes d'un usage saint et légitime. Or, cet engagement de pauvreté religieuse renferme trois devoirs essentiels : premièrement, un détachement de cœur de toutes les choses de la terre ; secondement, une privation actuelle de toutes les superfluités; troisièmement , une soumission et une dépendance entière des supérieurs dans l'usage même des choses les plus nécessaires.

Le premier devoir, qui consiste dans le détachement de cœur de toutes les choses de la terre , est une obligation qui vous est commune avec tous les fidèles, puisque c'est une suite du second vœu de votre baptême, par lequel vous avez renoncé au monde et à ses pompes. Tout chrétien doit vivre détaché de tout ce qui l'environne ici-bas ; parce que tout chrétien doit se regarder comme étranger sur la terre : mais rien de plus rare que ce détachement de cœur dans le monde, où l'on ne vit que comme si nous n'étions faits que pour ce que nous voyons , et que la terre dût être notre patrie éternelle. Or, c'est en quoi l'opprobre de Jésus-Christ , que vous embrassez , doit vous paraître préférable à toutes les couronnes de la terre : ce détachement si indispensable pour le salut , et si difficile dans le monde, devient comme naturel dans la religion ; parce qu'il est aisé de se détacher de tout , quand on s'est dépouillé de tout ; de ne tenir rien sur la terre , quand on n'y possède rien; et d'être pauvre de cœur quand on est pauvre réellement et en effet.

Le second devoir de la pauvreté religieuse, c'est le re- Iranchement actuel de toutes les superfluités; c'est-à-dire, de tout ce qu'on appelle dans le monde, les aises et les commodités de la vie : devoir indispensable à tout fidèle, puisqu'il est encore une suite des engagements du baptême. Les créatures ne sont pas faites pour fournir de vains

ANALYSES DES SERMONS

pJaisirs au chrétien, puisque l'Évangile les lui interdit tous, et qu'il y a renoncé lui-môme dans son baptême. Bien plus, comme pécheurs, nous avons perdu le droit d'user des créatures, et de les faire servir à nos besoins, et ce n'est que par la grâce que Dieu nous en accorde l'usage. Selon ces règles capitales de la foi , on doit vivre pauvre au milieu de l'opulence , et se retrancher tout ce qui ne tend qu'à flatter les sens , tout ce qui sert d'aiguillon aux passions. L'avantage que les personnes du monde ont donc ici au-dessus de vous , c'est que sans renoncer à leurs grands biens, elles ne peuvent pourtant les faire servir à leurs plaisirs : c'est qu'à portée de se ménager toutes les superfluités , elles sont obligées de se les interdire ; c'est en un mot , qu'elles ont plus d'embarras que vous , et n'en ont pas pour cela plus de privilèges. Une épouse de Jésus- Christ , à la vérité , qui a joint à cette obligation commune , une promesse particulière de vivre dans le dépouillement religieux, doit se disputer avec plus de rigueur les plus légères superfluités ; et non-seulement éviter les profusions de la vanité, mais y joindre les privations d'une humble pauvreté. Mais vous voyez que ce que votre engagement exige de plus de vous , que des personnes du monde, est plutôt une facilité pour remplir le vœu de votre baptême , qu'une nouvelle rigueur que vous y ajoutez.

Le troisième devoir de ce dépouillement religieux , est la soumission et la dépendance entière des supérieurs dans l'usage môme des choses les plus nécessaires ; c'est-à-dire , regarder tout ce qu'on nous laisse comme n'étant point à nous, n'en user que selon l'ordre et la volonté de ceux qui nous gouvernent, et n'avoir à soi que le saint plaisir d'être libre et dépouillé de tout. Ne vous figurez pas cependant qu'en ceci même votre condition soit plus dure que celle des personnes du monde. A la vérité la foi n'exige pas d'eux qu'ils dépendent des hommes dans l'usage de leurs biens : mais ils dépendent toujours des maximes de la foi qui doivent régler cet usage : ils dépendent sans cesse de Dieu qui peut leur enlever ces biens à chaque instant : ils doivent donc se regarder toujours comme des esclaves à qui le maître peut redemander les biens qu'il leur a confiés, sans qu'ils puissent y trouver à redire ; en user conune pouvant en être dépouillés l'instant qui suit ; ne les posséder que comme ne les possédant point ; songer en un mot , que tout ce qui leur appartient , c'est le droit de faire valoir leurs biens au profit et pour la gloire du Maître souverain qui leur en a confié l'administration. La pauvreté religieuse ne diminue donc pas vos droits sur les biens et sur les plaisirs de la terre , puisque le chrétien n'y a point de droit : elle diminue seulement vos embarras et vos inquiétudes , et loin de vous imposer un nouveau joug, elle vous met dans une liberté parfaite.

III' Réflexion. Sur le vœu d'obéissance. Le monde qui ne connaît pas la vertu de la loi et l'esprit de la vie chrétienne, regarde cet engagement comme un joug affreux et insupportable à la raison ; il est vrai qu'il paraît d'abord fort triste et fort dur à la- nature, d'être forcé de sacrifier sans cesse ses propres lumières, aux lumières et souvent aux caprices de ceux qui nous gouvernent : cette situation paraît révolter d'abord tous les penchants les plus raison-

nables de la nature ; et ôter aux hommes la seule consolation que les maux leur laissent, qui est l'indépendance et la liberté de disposer de leurs actions et d'eux-mêmes. Mais ce n'est là qu'un langage dont le monde se fait honneur ; car trouver dans le monde un état d'indépendance entière , cela n'est pas possible. La vie du monde n'est qu'une servitude éternelle; mais ce qu'il y a de triste pour les personnes du monde, c'est que leurs assujettissements , qui font tous leurs malheurs, font souvent aussi tous leurs crimes : leur complaisance est pénible , et elle est criminelle ; au lieu que dans ces asiles saints, elle coûte moins au cœur, parce qu'on est sûr qu'on ne sacrifie sa volonté , qu'à la volonté de Dieu , dont les supérieurs ne sont que les interprètes , et elle a toujours un nouveau mérite.

D'ailleurs , quand vous auriez pu vous flatter de trouver dans le monde une situation d'indépendance et de liberté entière, il ne vous aurait pas été permis pour cela de suivre aveuglément vos goûts et vos caprices. ïouf chrétien a une règle éternelle et supérieure , qu'il doit consulter sans cesse sur chaque action; par conséquent dans tout ce qu'il fait, il ne lui est pas permis de ne chercher qu'à se satisfaire lui-même; autrement il se mettrait luimême à la place de Dieu , auteur de l'ordre qu'il doit suivre. Que fait donc l'obéissance religieuse? elle nous manifeste par l'organe de nos supérieurs, cette règle éternelle que nous aurions été obligés de consulter sans cesse dans nos démarches; en un mot, elle nous décharge de nousmêmes , pour ainsi dire , pour nous mettre entre les mains et sous la conduite de Dieu. Ainsi les personnes du monde ne se croient plus libres, que parce qu'elles ne connaissent pas le fonds de la religion , et les devoirs de la vie chrétienne : elles ne font tant valoir leur liberté et leur indépendance, que parce qu'elles ignorent qu'il n'est pas plus permis à l'homme du monde d'user de sa liberté, selon son humeur et son caprice, qu'au solitaire qui s'en est dépouillé entre les mains de ses supérieurs.

QUATRIÈME SERMON

POUR UNE PROFESSION RELIGIEUSE

Proposition. Les caractères de l'alliance qu'une vierge chrétienne contracte avec Jésus -Christ, en embrassant l'état religieux, prouvent que de tous les préjugés de salut, il n'en est pas de plus certain et de plus consolant pour elle.

Ire Réflexion. Premier caractère de cette alliance; une alliance de justice : Sponsabo te in justitia; c'est-à-dire qu'il était juste que vous donnassiez à Dieu cette marque de votre amour, et que votre reconnaissance envers lui ne pouvait s'acquitter à moins : car la mesure de ce que nous devons à Dieu, est ce que nous avons reçu de lui; plus il se communique à nous, plus il veut que nous soyons à lui. Or, rappelez en ce moment toutes les grâces dont il vousajusquesici comblée : des sentiments de salut inspirés dans une première jeunesse; tant de périls éloignés; tant d'obstacles qui semblaient rendre la démarche que vous faites aujourd'hui , impossible , surmontés : rappelez en un mot toute la suite des miséricordes du Seigneur sur vous,

ANALYSES DES SERMONS

dans ces jours qui ont précédé ce jour heureux , lorsque lassée, ce semble, de vous soutenir toute seule contre toutes les attaquesque le monde, que la nature, que votre propre cœur vous livrait, vous paraissiez sur le point de succomber et de vous y rendre; que se passait-il alors dans votre âme ? quelle était la voix secrète qui vous parlait alors au fond du cœur? n'était-ce pas l'époux céleste qui vous parlait tout bas , pour vous faire entendre que vous auriez grand tort de prêter l'oreille aux discours du monde et à ses sollicitations ; qu'il est plein de malheureux , et que s'il s'y trouve quelque consolation, elle n'est que pour les âmes qui sont fidèles à leur Dieu ? et alors ne senliez-vous pas votre foi se raffermir, votre langueur se ranimer, vos irrésolutions se fixer, vos ténèbres se dissiper et la sérénité succéder à l'orage ? Voilà l'histoire des miséricordes du Seigneur sur votre àme. Voyez s'il en use de même envers tant d'autres que le torrent entraîne : il ne daigne pas disputer leur cœur au monde qui le possède tout entier. Qu'avez-vous l'ait qui ail pu vous attirer ces regards et ces préférences? où en seriez-vous, s'il eût borné toutes les opérations de la grâce à votre égard , à ces demi-volontés dont le monde est plein , et à ces réflexions stériles sur les abus des plaisirs , de la fortune , et de toutes les choses présentes qui ne convertissent personne? 11 le pouvait; et vous n'avez rien à ses yeux de plus que tant d'autres qu'il traite de la sorte : mais il vous a prévenue de ses bénédictions; plus le monde a fait d'efforts pour vous séduire, plus il a été attentif à vous protéger. En vous donnant aujourd'hui à lui, vous ne faites donc que lui offrir son propre ouvrage; et la sainte alliance que vous faites aujourd'hui avec lui, est une alliance de reconnaissance et de justice: Sponsabo le in justifia.

Il* Réflexion. Second caractère de cette alliance ; une alliance de jugement et de sagesse : Sponsabo te in judicio. Pesez en effet sur quoi roule ce que vous allez sacrifier, et de quel prix est ce que Jésus-Christ vous prépare. D'un côté, une fumée dont un instant décide; des plaisirs qui durent peu, et qui doivent être punis éternellement; en un mot le monde avec ses dégoûts, ses remords, ses périls, etc.; et enfin une mort accompagnée souvent d'un repentir inutile , souvent d'un calme funeste ; toujours terrible pour le salut. Mais de l'autre côté, que vous prépare Jésus-Christ pour remplacer ce sacrifice? l'innocence et la paix du cœnr, que le monde ne connaît pas; la joie d'une bonne conscience où nous trouvons des ressources à toutes nos peines, des précautions contre toutes nos faiblesses, des appuis dans tous nos découragements, des attraits pour tous nos devoirs, une vie tranquille pleine de bonnes œuvres; et enfin une mort semblable à celle des justes et pleine de consolation. Or, sur le point de vous déclarer au pied de l'autel , ne sentez-vous pas plus que jamais

la sagesse de votre choix? Examinez pour la dernière fois; et voyez si le monde avec tout ce qu'il pouvait vous promettre de plus pompeux , peut être comparé à l'innocence et à la sûreté de l'asile saint, où Jésus-Christ vous appelle , quoiqu'il faille vous attendre à des amertumes et à des croix à son service. L'alliance que vous contractez avec ce divin époux est donc une alliance de jugement et de sagesse : Sponsabo te in judicio.

IIIe Réflexion. Troisième caractère de cette alliance; une alliance de miséricorde : Sponsabo te in misekicokdia; c'est-à-dire que Jésus-Christ ne regarde pas au peu que vous lui offrez , et qu'il vous donne plus qu'il ne reçoit de vous. Car enfin , je veux que vous lui donniez beaucoup; mais quand vous mettriez aux pieds de Jésus-Christ non-seulement votre nom , vos talents , vos espérances , mais des sceptres et des couronnes , ne seriez-vous pas trop récompensée de pouvoir être en échange, la dernière dans sa maison ? Ainsi plus vous lui sacrifiez, plus vous lui devez; plus le monde semblait vous offrir d'attraits, plus vous paraissiez née avec tout ce qu'il faut pour vous y perdre, et plus il a fallu de grâces pour vous dégoûter du monde, et vous établir solidement dans la vérité. C'est donc ici une alliance toute de miséricorde pour vous. Dieu prévoyait qu'avec la mesure de grâces qu'il vous destinait, vous vous perdriez dans le monde ; et comme il vous a aimée d'un amour éternel, il vous a attirée à lui, avant même que vous eussiez erré quelque temps au gré de vos passions , par une abondance de miséricorde.

IVe Réflexion. Quatrième caractère de cette alliance; une fidélité inviolable à répondre à toutes les miséricordes de V Époux céleste : Sponsabo te in fide. En effet, vous ne serez heureuse dans le parti que vous prenez qu'autant que vous serez fidèle : il ne faut plus vous promettre d'autre consolation que dans la pratique exacte de vos devoirs : le monde désormais vous fera lui-même une loi de le haïr; il insulte à l'inconstance de celles qui après l'avoir abandonné , jettent encore sur lui des regards de complaisance. D'ailleurs, quelles sont les amertumes d'une vierge infidèle que le monde a séduite, et qui voit ses penchants mondains renfermés pour toujours dans le lieu saint? Hélas ! elle traîne partout ses dégoûts et son inquiétude ; et il n'est pas d'état sur la terre plus malheureux que le sien. Mais d'un autre côté rien ne peut être comparé aux consolations que Jésus-Christ prépare à votre fidélité Si vous jetez encore quelques regards sur le monde, ce seront des regards de compassion et de douleur; et renouvelant mille fois au pied de l'autel votre sacrifice, vous y remercierez, avec des transports d'amour et de joie, Jésus-Christ de vous avoir conduite au port, et retirée d'un heu , où les apparences sont si trompeuses, les chagrins si réels, les plaisirs si tiistes,et la perte du salut cependant si inévitable.

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