‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 24 sur 235 · LA FÊTE DE LA VISITATION · texte numérisé non relu

LA FÊTE DE LA VISITATION

DE LA. SAINTE VIERGE

Exsurgens autem Maria in diebus Mis, abiil in montana cumfestinatione , in civitatem Juda.

Un peu après , Marie partit avec promptitude , et s'en alla dans les montagnes de Judée, en une ville de la tribu de Juda.

(Luc , 1 , 3!).)

Quel est ce nouveau prodige, mes frères? une fille timide, faible, jusque-là élevée, dit un Père *, dans le calme et dans la pudeur de la retraite, elle, qui naguère ne pouvait soutenir, sans trouble et sans embarras , la présence même d'un ange , se montre aujourd'hui en public, s'expose à la vue des hommes, et ne compte même pour rien , les alarmes et les périls d'un long et pénible voyage.

Incrédule, veut-elle avoir pour garant de sa maternité, le miracle de la fécondité d'Elisabeth?

' Saint Ambroise.

Incertaine, vient-elle lui confier le secret de l'ambassade de Gabriel , pour savoir ce qu'elle en doit croire? Fière de sa nouvelle dignité , se hâta-t-elle par un de ces secrets empressements qu'inspire une vaine joie, d'en aller annoncer la nouvelle à sa cousine?

Ah! s'écrie saint Ambroise, tout publie ici la foi et l'humilité de Marie. Convaincue que le Tout- Puissant se plaît à faire de grandes choses, elle sait qu'il ne lui est pas plus difficile d'allier la fécondité avec la virginité, qu'avec une honteuse stérilité. Elle commence à découvrir que l'histoire des Sara et des Anne , n'avait été qu'un prélude de ce qui se passe à ses yeux ; et rentrant dans son néant , à mesure que Dieu s'approche d'elle pour l'élever, Mère du Libérateur de Sion , que tant de siècles avaient promis, que tant de justes avaient annoncé, que tant de rois et de prophètes avaient souhaité , elle va rendre à Elisabeth les mêmes devoirs, que son fils doit un jour rendre à Jean-Baptiste; et comme lui elle se croit obligée d'accomplir toute justice : Sic enim decet nos implere omnemjustitiam. (Matth. ni, 15.)

Ni la bienséance, continue ce Père, sur laquelle son sexe est si délicat, et qui si souvent lui tient lieu de vertu; ni la difficulté des chemins, ni la longueur du voyage n'alarment pas sa délicatesse : peu attentive à tous les obstacles que l'amour-propre grossit et multiplie toujours avec tant d'art et de succès , elle se livre au divin penchant qui l'entraîne, et suit sans balancer les impressions du Dieu qu'elle porte dans son sein : Non àpublico virginitatis puclor, non à studio asperitas montium : non ad offtcio prolixitas itineris retardavit. ( S. Amb. )

Souffrez , mes frères , que je m'arrête à ces trois réflexions. Si je n'approfondis pas le mystère, c'est que nous avons encore plus besoin d'être touchés que d'être instruits. Ces faits miraculeux sur quoi la religion est fondée, consolent à la vérité la raison, et la mettent presque d'intelligence avec la foi; mais d'ordinaire ils laissent au cœur toute sa tranquillité : ce sont des lueurs qui nous réjouissent pour un moment, selon l'expression de l'Évangile; mais qui ne nous embrasent presque jamais. Ramenons donc à l'édification de nos mœurs toutes les circonstances de ce mystère.

Quels sont les obstacles que notre amour-propre oppose presque toujours à la grâce! c'est premièrement, une fausse bienséance qui nous fait ménager le siècle, et nous empêche denousdéclarer tout haut pour Jésus-Christ; c'est en second lieu, la difficulté de la vertu qui nous alarme; enfin, c'est la durée du chemin qui ralentit notre zèle, et nous persuade

LA VISITATION

qu'on peut user d'adoucissements , et chercher des sentiers détournés et commodes, pour aider notre faiblesse. Or, Marie entreprenant ce voyage toute seule, nous confond sur ces raisons infinies de bienséance, qui ne nous permettent pas de suivre l'attrait du ciel : c'est ma première réflexion. Marie, malgré la délicatesse de son âge et de son sexe, allant joindre Elisabeth à travers les montagnes et les chemins les plus difficiles, condamne notre lâcheté, que la difficulté de la vertu effraie et retient dans le vice : c'est ma seconde réflexion. Enfin, Marie se hâtant toujours malgré la longueur du voyage, nous apprend à ne pas user de détours, ni adoucir par nos lenteurs et nos ménagements , les rigueurs de la voie évangélique : c'est ma dernière réflexion. Voilà tout le dessein de ce discours. Demandons au Saint-Esprit ses lumières par l'entremise de cette Vierge sainte.

Ave, Maria.

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