‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 31 sur 235 · SUR LA FERVEUR · texte numérisé non relu

SUR LA FERVEUR

tant de pénitents austères ; tant de vierges pures , tant de pasteurs fidèles , tant de ministres irrépréhensibles : Rememoramini , etc.

Rappelez ces siècles d'or, où l'Église encore animée des prémices de l'Esprit qui venait de la former, paraissait sans tache et sans ride; sous des dehors tristes et obscurs , brillait d'un éclat céleste et divin ; empruntait toute sa majesté de ses opprobres et de ses souffrances ; et foulée aux pieds de ses persécuteurs, devenait pourtant un spectacle digne des anges et des hommes : Rememoramini , etc.

Souvenez-vous de ces jours glorieux , où le christianisme ne comptait que des saints au nombre de ses enfants; où ses vases les plus fragiles étaient plus forts que toute la force d'un siècle profane; et où la foi formait parmi les simples et les ignorants, ces sages et ces héros que la philosophie n'avait fait jusque-là , ou qu'imaginer, ou que promettre : Rememoramini autem pristinos dies.

Rappelez cette ferveur primitive, où l'innocence des moeurs était, j'ose le dire, le crime auquel on reconnaissait les chrétiens ; où ils ne devenaient suspects.aux tyrans , qu'en paraissant peu conformes au monde corrompu; et où la fuite des plaisirs publics était le seul indice dont on se servait pour dénoncer les fidèles : Rememoramini autem pristinos dies.

Rappelez cette rigueur de discipline , où les chutes publiques ne s'expiaient que par des châtiments publics; où le spectacle de la pénitence effaçait le scandale du crime ; où la longueur et 1 a sévérité des expiations , paraissaient encore une indulgence dans la rémission des fautes ; où les pécheurs regardaient la pénitence la plus rigoureuse, comme une grâce; où ils sollicitaient eux-mêmes le droit de punir leurs crimes, et de les pleurer; et où, prosternés aux portes de nos temples, couverts de ceindre et de cilices, séparés de l'autel saint, après avoir longtemps gémi dans cet étatd'humiliation et de peine, ils recevaient le bienfait de la paix et de la réconciliation , non pas comme le prix de leurs longs travaux, mais comme le fruit de la charité et de la clémence de l'Église : Rememoramini autem pristinos dies.

Au souvenir de ces jours heureux ; à la vue de ces faibles vestiges que la cérémonie d'aujourd'hui nous en retrace ; à l'immense disproportion que nous trouvons entre nos pères et nous ; entre leur ferveur et notre léthargie ; leur innocence et nos dérèglements ; leurs austérités et nos mœurs sensuelles; les larmes et les expiations de leur pénitence , et les démarches languissantes de la nôtre : dans quelles dispositions de terreur et de confusion ne devons-nous pas entrer? c'est la réflexion la plus naturelle que nous

fournit cette cérémonie , et la seule à laquelle je m'arrête.

L'Église n'exige plus , il est vrai , ces épreuves longues et publiques par où il fallait passer pour obtenir le pardon de ses fautes. Nous ne voyons plus ces différents degrés de pénitents séparés du reste des fidèles, et admis successivement et publiquement à la paix et à la réconciliation , selon la mesure de leur ferveur, ou la durée de leur pénitence. La discipline extérieure a changé; le nombre des pécheurs croissant avec celui des fidèles , il n'a plus été possible de les séparer tous, et de les soumettre aux peines canoniques. Hélas! mes frères, que resterait-il dans l'assemblée sainte , si Ton en séparait encore aujourd'hui, comme autrefois, les immondes, les fornicateurs, les adultères, les ravisseurs, et tous les pécheurs soumis alors à la pénitence publique?

Mais, mes frères', les changements arrivés à la police de l'Église n'ont rien changé à son esprit. La ferveur des fidèles a pu se relâcher; la multitude des coupables a pu rendre impossible la durée et la publicité des peines ; la nécessité des temps a pu suspendre des lois que la nécessité avait d'abord établies; en un mot, la prudencea pu changer audehors, ce que le premier zèle avait d'abord ordonné : mais ilyauneloi supérieure fixe et invisible, qui ne change point; une obligation de pénitence inséparable de l'Évangile , qui est comme lui , de tous les temps et de tous les lieux , et que le relâchement des mœurs , loin d'affaiblir, rend encore plus indispensable.

Tout chrétien doit crucifier sa chair avec ses désirs ; tout pécheur doit être puni : soit que vous regardiez ce que vous devez à la sainteté delà foi par votre baptême, ou à la justice de Dieu par vos crimes , la pénitence est pour vous l'unique voie du salut. Si vous ne vous renoncez pas sans cesse vousmême, vous n'êtes pas disciple de Jésus-Christ ; si vous ne lavez pas dans le sang de la pénitence le vêtement de justice que vous avez souillé, vous n'entrerez pas dans le royaume de Dieu : deux vérités immuables. En un mot , sans la pénitence vous périrez tous ; c'est un arrêt qui n'excepte personne , et dont il n'est permis à personne d'appeler. Or quelle est cette pénitence?

Si vous la mesurez par l'Évangile , renoncez-vous sans cesse vous-même; portez votre croix chaque jour ; appelez heureux ceux qui pleurent et qui sont affligés; ne cherchez point votre consolation en ce monde ; perdez votre âme pour la sauver; arrachez l'œil qui vous scandalise ; ne comptez pour rien votre, corps; n'attendez le royaume de Dieu que de la violence; regardez votre chair comme l'ennemi le plus dangereux de votre salut; aimez ceux qui vous haïs-

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