POUR LE JOUR DE SAINTE AGNÈS
vertueux que le monde canonise ; ces femmes régu- J lières que la multitude approuve ; ces élus du siècle, comme parle saint Augustin , dont la conduite au dehors est irréprochable : et voyez si vous trouverez dans leurs moeurs des vestiges même de la première sainteté des chrétiens ; voyez si vous y retrouverez un seul de ces traits de la vie évangélique , qui tous ensemble font seuls le caractère des enfants de Dieu voyez si leur vie soutiendra un seul des engagements de leur baptême, si vous y reconnaîtrez des disciples de Jésus-Christ, des enfants de la foi, des citoyens du ciel, des ennemis du monde, des hommes crucifiés, des étrangers sur la terre; et si de tout ce petit nombre d'hommes même ensemble , que le inonde approuve le plus , vous en pourriez former un seul chrétien.
Ainsi nos devoirs sont encore les mêmes qu'autrefois ; et les mœurs seules ont changé : ainsi la religion subsiste encore pour nous juger; et la foi, qui devait nous sauver, s'est éteinte : l'Évangile a passé de nos pères à nous, et ne nous sert plus que de condamnation, après leur avoir servi de règle : ainsi le corps du christianisme se soutient, et l'esprit qui vivifie est éteint dans nos cœurs; et tout l'avantage que nous avons sur les infidèles, c'est que, sortis d'une racine sainte, nous sommes devenus des rameaux sauvages qui ont dégénéré, et que nous avons enté sur l'olivier franc le germe de l'infidélité, et les mœurs corrompus du païen et de l'idolâtre.
Ne regardez donc pas , mes frères , les mœurs publiques comme un titre qui vous rassure; c'est le fruit de cette instruction. Rappelez-vous sans cesse aux règles et aux devoirs : ne vous croyez pas en sûreté, parce que vous êtes la multitude ; comme si votre conformité avec le monde, qui fait le caractère des réprouvés, pouvait devenir le titre de votre innocence.
Et pour vous , mes frères qui , revenus des passions insensées, êtes entrés depuis longtemps dans les voies de la componction et du salut , rapprochez les faibles efforts de votre pénitence, du zèle et de la sainte austérité de ces premiers pénitents : loin de vous enorgueillir de vos justices défectueuses , qui dans un siècle aussi corrompu, paraissent des singularités et des prodiges de vertu, parce qu'elles mettent entre vos mœurs et les mœurs du reste des hommes , tous pervers et corrompus , une différence infinie, humiliez- vous par ce qui vous reste de chemin à faire ,'pour approcher de la pénitence et de la ferveur des premiers temps ! et pensez qu'il y a encore plus loin de vous à ces premiers fidèles , qu'il n'y a aujourd'hui du reste des hommes à vous.
Ainsi, que les pécheurs tremblent, et que lesjustes se raniment; que les uns sortent de leur léthargie, que les autres renouvellent sans cesse leur ferveur; que les premiers aient horreur d'eux-mêmes, que les seconds ne se regardent pas avec complaisance; en un mot, que les uns soient frappés de leurs crimes , que les autres ne se rassurent pas sur leurs vertus; afin que tous ensemble ils puissent un jour être réunis dans l'Église du ciel , et y jouir de la bienheureuse immortalité.
Ainsi soit-il.
PANEGYRIQUES.