A DE JEUNES CENS
SUR LA VOCATION
a l'état ecclésiastique.
Dans le dessein où vous êtes , mes chers enfants, de vous consacrer au saint ministère, vous avez
sans doute examiné devant Dieu, si c'est lui-même qui vous appelle à un état où Jésus-Christ lui-même n'est entré qu'avec la mission de son Père, et où personne n'a droit d'entrer qu'avec celle de Jésus- Christ. Sicut misiltiie Pater, etegomittovos. (Joan. xx, 21.) Je suppose donc que des motifs humains ne sont entrés pour rien dans une vocation, où tout ce qui ne vient pas de l'Esprit de Dieu , la souille et la rend illégitime : je suppose que vos premières mœurs ne vous ont pas annoncé par leur dérèglement, que vous ne deviez jamais prétendre à vous ingérer dans le sanctuaire, dont les portes formidables ne s'ouvraient autrefois qu'à l'innocence, et où elle-même n'entrait qu'en tremblant : je suppose enfin, que les juges éclairés à qui vous avez confié dans le tribunal, tout le détail de votre vie passée, et les dispositions les plus secrètes de votre cœur, ont cru découvrir en vous, autant qu'il est permis aux lumières bornées et toujours incertaines des hommes d'en juger ; ont cru , dis-je , découvrir en vous des marques d'une vocation véritable ; qu'ils ont cru concourir aux desseins éternels de Dieu sur votre destinée, en concourant à votre installation dans le lieu saint; qu'ils ont présumé qu'en vous offrant à l'Église, vous ne lui offriez que ce que le Seigneur lui-même avait choisi; et qu'ils vous ont dit avec une douce confiance, comme autrefois Laban à Éliézer : ingredere, Bénédicte domini; cur foris stas? Entrez, le béni du Seigneur; pourquoi demeurer iez-vous au dehors ?(Gen. xxiv, 31.)
Mais d'un autre côté, mes chers enfants, si ces conditions essentielles manquaient à votre vocation; si, avant de vous présenter ici, vous n'aviez pas examiné longtemps devant Dieu, si le dessein de vous consacrer au saint ministère venait de lui ; si l'ordre de la naissance y a eu plus de part que l'ordre de Dieu, et les saintes impulsions de la grâce; si l'espérance de trouver dans le sanctuaire une situation plus douce, plus honorable, et plus commode qu'au milieu de votre famille , a décidé de votre choix; si votre vocation ne doit sa première origine qu'à la destination et à la cupidité de vos proches ; s'ils ont plus consulté vos intérêts que vos inclinations et les intérêts de votre salut, et que les besoins d'une famille et non ceux de l'Église vous aient fait ministre des autels, votre vocation qui a commencé par la chair finira par la chair. C'est la cupidité qui vous a donné à l'Église; c'est elle qui souillera tout le cours de votre ministère : vous n'y serez plus le ministre de Jésus-Christ qui ne vous connaît point, et ne vous a pas envoyé; vous n'y serez que le ministre de vos passions et de
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celles de vos proches, de qui seuls vous avez reçu \ 1 , 18.) Car si vos mœurs ont désavoué jusqu'ici
votre mission. Quand les parents , selon la chair, de Jésus-Christ, éblouis par des vues toutes charnelles, de ses premiers miracles, et du succès des commencements de son ministère, fondent déjà là-dessus r espérance d'une grande fortune selon le siècle; l'excitent de sortir des bourgades retirées , de se manifester au grand monde, et d'aller se montrer à Jérusalem au jour de la solennité : Si hsec facis , manifesta te ipsum mundo (Joa:n. vu, 4) (car voilà l'objet ordinaire de nos proches selon la chair) : que leur répond Jésus-Christ? qu'ils sont toujours prêts à conseiller à ceux qui leur sont liés par le sang, des démarches et des ministères qui peuvent leur être glorieux et utiles à eux-mêmes; qu'ils ne consultent là-dessus ni les desseins deDieu,niceux qu'il a choisis, ni les temps mêmes qu'il a marqués pour manifester son choix ; que tous les temps sont bons pour eux, et toutes les personnes égales, pourvu qu'elles puissent contribuer à leurs projets terrestres d'ambition et de fortune. Tout est bon en effet à des parents charnels : qu'un enfant soit vicieux, né avec des inclinations tout opposées à la sainteté du ministère , son sacerdoce leur promet pour lui et pour eux des avantages temporels; voilà leur temps et leur vocation; ils n'en connaissent point d'autre : Tempus vestrum semper est parafant, tempus autem meum rnondmn adcenit. (Ibid. 4, 6). Mais le temps de Jésus-Christ est rarement le même que le leur : et malheur à ceux qui ne l'attendent pas ! malheur à ceux qui le préviennent ! malheur à ceux qui prennent la voix de la chair et du sang pour la voix du ciel , et qui confondent le temps de la cupidité avec le temps de la grâce! Tempus vestrum , etc. Première marque de vocation , la pureté des motifs.
Mais quand vous n'auriez rien à vous reprocher sur la pureté des motifs , quand un goût né avec vous en aurait seul décidé; vous devez de plus vous demander à vous-même, si vos mœurs jusqu'ici vous ont comme annoncé que ce goût est une inspiration de la grâce, plutôt qu'une impression seule de la nature; seconde marque de vocation, l'innocence des mœurs. Vous devez examiner, si une vie innocente vous a préparé à cette sainte démarche ; si ceux qui ont vécu avec vous , témoins de la candeur, de la sagesse, et de la pureté de vos premières mœurs, vous ont comme d'eux-mêmes destiné à l'autel , s'ils ont comme prédit qu'une vie de bonne heure si sage, si innocente, montrait de loin en vous un bon prêtre, comme saint Paul nous assure qu'on l'avait prédit, dès son enfance, à son disciple Timothée : Secundùm praccedentes in te prophetias. (i Tim.
l'état saint que vous embrassez; si vous ne portez pour toute marque de vocation aux fonctions divines du ministère, que les desordres d'une première jeunesse; si votre conduite passée, par ses excès et son dérangement , a bien paru plutôt vous destiner à la milice licencieuse du siècle, qu'à celle de l'Église; si loin d'avoir pour vous l'approbation et les suffrages du public, comme l'Église l'exige pour l'ordination de ses ministres, vous avez donné lieu à ceux qui vous ont connu, de prédire de vous que vous seriez même un laïque déréglé , loin que vous puissiez jamais devenir un bon prêtre; n'approchez point du lieu saint : ne venez point présenter à l'autel d'où les victimes marquées de la plus légère tache étaient rejetées, un corps souillé de mille abominations : n'ayez pas l'affreuse témérité de venir porter dans le tabernacle saint, non-seulement un feu et un encens étranger, mais un feu criminel, la fumée impure de vos débordements : ne venez pas dans le temple de Dieu faire une union sacrilège de Jésus-Christ avec Bélial; du Saint des saints avec l'idole honteuse de la volupté. Un feu vengeur ne sortira pas comme autrefois du sanctuaire pour vous dévorer, et punir l'attentat de votre profanation : mais la main invisible de Dieu vous repoussera comme un intrus et un profanateur; mais un feu secret et impur s'allumera avec encore plus de violence dans votre âme, la souillera, la rendra encore plus hideuse, y régnera jusqu'à la lin, y consumera peu à peu ces restes de foi et de crainte de Dieu que vos désordres avaient épargnés ; et vous serez jusqu'à la Cn marqué d'un caractère de réprobation, et un anathème caché au milieu d'Israël.
Je ne vous dis pas que si vous avez eu le malheur jusqu'ici de perdre votre innocence, et qu'un repentir prompt et sincère vous ait rappelé à une vie plus fidèle, vous deviez absolument renoncer au dessein de vous consacrer à l'Église. C'était autrefois la règle rigoureuse qu'elle observait : ceux qui étaient tombés, c'est-à-dire, qui avaient commis de ces fautes même secrètes qui tuent l'âme, et pour lesquelles les canons exigeaient des exercices publics de pénitence; ces fidèles tombés, elle les excluait pour toujours du saint ministère : c'était une flétrissure que les larmes avaient pu expier devant Dieu, mais qu'elles n'avaient pas couverte aux yeux de l'Église. Elle ne voulait pas que les pénitents même les plus fervents , qui avaient eu besoin de ses remèdes publics d'expiation, eussent jamais le droit de les appliquer aux autres : l'innocence seule était i admise dans l'assemblée vénérable des ministres de
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ses autels. Les besoins de l'Eglise et la dépravation générale des mœurs, l'ont depuis obligée de se relâcher un peu et à regret de cette première rigueur : sa discipline a changé; mais son esprit et la sainteté qu'exige son ministère est encore le même. 11 est donc toujours terrible pour nous d'avoir besoin làdessus de son indulgence : il est terrible pour nous que la dépravation générale soit le seul titre qui nous ouvre les portes du sanctuaire; que le changement et la perversité des temps soit notre seul privilège: et que nous soyons comme les enfants de la douleur et des gémissements de l'Église, et les ministres, non des beaux jours de sa liberté, mais de sa nécessité et de sa contrainte. II faut que la réparation que vous avez faite de ces chutes passagères, et le repentir vif et sincère qui les a suivies, vous tienne comme lieu aux yeux de l'Église d'une seconde innocence : il faut qu'un sentiment vif et profond de votre indignité, qu'une sainte frayeur, en vous présentant pour être associé aux ministres de l'Église; un zèle sincère et ardent pour la sanctification des peuples qui vous seront confiés, un amour tendre pour l'Église, la dédommage des défauts de votre installation, remplace ce qu'elle exigeait autrefois de ceux qu'elle croyait seuls dignes d'être choisis, et console en quelque manière sa douleur et la triste nécessité de son indulgence, par l'espérance que les suites de votre repentir de ces chutes passagères, lui seront plus utiles que l'innocence qu'elle demandait autrefois. N'augmentez pas ses regrets sur l'affaiblissement de sa discipline; et soyez d'autant plus exact à faire observer .ses règles dans la conduite des âmes, qu'elle a paru s'en relâcher, en vous en établissant le dispensateur. Mais, je le répète, si vos désordres n'ont été jusqu'ici qu'une dépravation continuelle depuis le premier âge; si vous n'avez compté vos jours que par vos crimes , et que le dérèglement ait été , pour ainsi dire, l'état fixe et permanent de toute votre jeunesse; vous portez gravée dans la corruption de votre cœur, en caractères ineffaçables , la sentence formidable qui vous éloigne à jamais du saint ministère. Dieu vous aurait-il préparé à ces fonctions divines, qu'il n'a pas même confiées aux anges, par une vie tout impure? aurait-il choisi lui-même un vase d'ignominie pour le placer sur son autel saint? conduirait-il lui-même comme par la main un corps couvert de souillures, dans l'intérieur du sanctuaire terrible , pour y immoler l'Agneau sans tache en présence des esprits célestes qui entourent alors l'autel ? pourriez-vous vous le persuader à vous-même, à moins que la justice de Dieu ne veuille punir vos désordres , par un aveuglementqui en serait laconsom-
mation et le dernier trait de sa vengeance? Mai3 vous vous promettez de pleurer vos dérèglements , et de mener nne vie toute nouvelle. Cherchez donc un asile parmi des solitaires et des pénitents; et ne choisissez pas pour l'expiation de vos crimes un ministère desainteté etd'autorité,quisupposedes vertus acquises, et non des crimes à expier. Vous êtes le fumier et la balayure de la terre, et vous voulez en devenir le sel ? vous êtes, comme un autre Lazare, un cadavre pourri et infect, et vous voulez être le ministre de la résurrection et de la vie? vous avez été lié jusqu'ici par des chaînes honteuses, et vous osez vous présenter pour en aller délier vos frères? Mais faut-il désespérer de la miséricorde du Seigneur? A Dieu ne plaise! repentez-vous sincèrement de vos fautes, faites-en pénitence, et Dieu vous les pardonnera : mais il ne vous pardonnera pas la témérité de votre intrusion dans le saint ministère; mais votre repentir ne sera pas sincère, si malgré la connaissance des règles de l'Église qui vous rejette, vous la forcez de vous admettre au nombre de ses ministres. Remettez-vous-en là-dessus ici au juge de votre conscience : confiez-lui avec sincérité l'état de votre âme, et toute la suite jusqu'ici de votre vie; découvrez-lui sans feinte ce trésor ancien et nouveau d'iniquité. Ne vous contentez pas de lui exposer les dernières circonstances de votre vie, et de laisser tout le passé dans un silence et dans un oubli affecté : vous l'avez choisi pour être devant Dieu le juge de votre vocation ; faites-vous connaître tout entier, pour le mettre en état déjuger; montrez-vous à lui tel que vous êtes , et tel que Dieiv vous connaît. Écoutez tout ce qu'il vous annoncera de sa part : ne l'obligez pas de vous donner extérieurement un consentement qu'il vous a refusé en secret, et que sa piété, ses lumières, et les lois de l'Église vous refusent : ne le forcez pas à une condescendance que le secret de son ministère exige et n'obtenez pasde lui qu'il laisse admettre un ministre que Dieu rejette et vomit de sa bouche. Si malgré ses avis secrets et salutaires, vous avez l'affreuse témérité de passer outre; si comme Saiil, persuadé que Dieu l'avait réprouvé, vous exigez d'un autre Samuel obligé au secret, qu'il vous honore devant les hommes , et qu'il vous laisse usurper un honneur qui ne vous appartient pas , et que Dieu vous refuse : Honora me coràm senior ibus populi (i Reo. xv, 30) : je n'ai plus rien à vous dire : votre réprobation va être écrite sur votre front avec le caractère sacré dont vous serez marqué; et tout ce que peut faire le juge de votre conscience qui connaît votre indignité, et l'arrêt du Seigneur qui vous a rejeté, c'est de pleurer le reste de ses jours le malheur irré-
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vocable de votre destinée éternelle : Et lugebat Samuel Saulem omnibus diebus vitx sux. (i Reg. xv, 35. ) C'est donc l'innocence des mœurs , qui est la seconde marque de vocation.
Je ne parle pas de la troisième marque, qui sont les talents. Le père de famille n'appelle à sa vigne que des ouvriers : quand il n'aurait confié qu'un talent à ses serviteurs, il veut qu'on le fasse valoir; le serviteur inutile est jeté dans les ténèbres extérieures : Jésus-Christ ne nous a établis et ne nous a envoyés que pour faire du fruit : Posuit vos uteatis, etfruclum afferatis. ( Joan. xv, 16. ) Dans le monde, on ne destine pas à l'épée , à la robe , aux affaires , des personnes nées sans aucun talent pour ces différents états. Que viendrez-vous faire dans l'Église , si vous ne trouvez en vous aucun talent pour les différents emplois qu'elle doit vous confier? Être un ouvrier inutile et hors d'état de travailler à sa vigne, c'est un titre irrévocable d'exclusion; c'est n'avoir ni droit, ni vocation pour y entrer. Un bénéfice possédé depuis longtemps par vos proches, et qui doit tomber sur vous, vous y appelle : mais ce bénéfice est le dernier que le père de famille, c'est-à-dire l'Église, ne prétend donner qu'à ceux qui sont en état de défricher son champ : ce dernier est la récompense du travail; ce n'est pas le prix de la mollesse et de l'oisiveté : vous n'y avez droit qu'autant que vous travaillez, et que vous lui êtes utile. Si vous en jouissez sans être d'aucun usage à l'Église , vous jouissez d'un bien qui ne vous appartient pas ; vous frustrez l'intention de ces anciens fidèles , de ces pieux fondateurs , qui autrefois ne l'ont donné à l'Église que pour fournir à l'entretien des ministres occupés aux fonctions saintes. Ils n'ont pas prétendu fournir au luxe et à la mollesse de ceux qui seraient revêtus de leurs largesses. Hélas ! ces pieux fidèles se disputaient à eux-mêmes toutes les profusions du luxe et de la sensualité; ils se retranchaient les commodités et toutes les superfluités de la vie , pour enrichir l'Église de leurs retranchements : comment auraientils voulu ménager par là à des ministres d'un Dieu crucifié , les aises et les superfluités dont ils n'avaient pas cru pouvoir jouir eux-mêmes? Vous occupez la place et le revenu d'un ministre qui aurait servi utilement l'Église: vous la privez d'un ouvrier fidèle qui l'aurait consolée par des fruits du salut, qui l'aurait aidée et honorée par ses talents ; au lieu que n'en ayant pas vous-même, vous ne pouvez que la déshonorer et lui être à charge.
Et quand je parle des talents, je sais que la mesure en est différente; que l'Esprit saint ne répand pas ses dons également; que tous ne sont pas apôtres ou prophètes; que l'un se rend utile d'une ma-
nière, et l'autre de l'autre : Alius quicîem sic, alius verà sic; qu'une étoile diffère en clarté d'une autre étoile; et que comme il y a différents ministères dans l'Église , il doit s'y trouver aussi différents talents pour les remplir : mais je dis qu'il faut du moins être propre à quelqu'un. Si vous n'avez pas ces lumières rares, et cette science qui enfle, avezvous du moins cette piété qui édifie , et assez de connaissance des vérités de la religion pour en instruire vos frères? Si vous n'avez pas assez de supériorité d'esprit et de capacité pour confondre les incrédules, et les esprits rebelles à l'Église; en avez-vous assez du moins pour affermir dans la foi et dans la piété les simples et les ignorants? Si vous ne vous sentez pas assez de talent pour venir annoncer l'Évangile aux grands et aux puissants du siècle qui habitent les villes; en avez-vous assez du moins pour l'annoncer aux pauvres et aux petits qui habitent les campagnes? hélas! votre talent aura moins d'éclat, mais aussi moins de danger et plus de fruit; il sera plus sûr pour vous et plus utile pour vos frères : la parole sainte tombe d'ordinaire au milieu des grands et des riches, comme au milieu des ronces et des épines; ce n'est que sur les cœurs des pauvres et des simples, qu'elle trouve une terre toute préparée qui rapporte au centuple. Si vous n'avez pas le don de gouvernement pour conduire en chef une grande église, pouvez-vous du moins y travailler en second sous les yeux d'un chef saint et éclairé, ou vous charger tout seul d'un petit troupeau, moins difficile à conduire? Enfin, si la nature vous a refusé tous les talents extérieurs pour l'instruction, quoique les lèvres de tout prêtre soient les dépositaires de la vérité et de la doctrine; pouvez-vous du moins la confier à l'oreille dans le tribunal, et remplacer par la prudence, la connaissance des règles, le discernement des maladies de l'âme, le zèle et la piété éclairée et solide qu'exige ce ministère, les talents extérieurs qui vous manquent? car la piété est l'âme de tous les talents; elle seule en assure le fruit; les plus médiocres, relevés par une grande piété, deviennent souvent les plus chers à l'Église; et sans elle , les plus brillants ressemblent à ces éclairs qui éblouissent et qui étonnent, mais qui sont toujours suivis de près de la chute et de la puanteur du tonnerre; je veux dire, de chutes publiques et honteuses qui répandent une odeur de mort dans l'Église, et qui font le sujet de sa douleur et de ses larmes.
C'est donc à chacun de vous en particulier qui n'êtes ici assemblés que pour examiner votre vocation au saint ministère, à vous demander devant Dieu si vous trouvez en vous ces trois marques es-
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sentieiles à une vocation légitime : la pureté des motifs qui vous engagent, l'innocence des mœurs qui ont précédé, et les talents utiles à l'Église. Si quelqu'une de ces trois marques manque à votre vocation, la règle commune est qu'elle est fausse, et que vous embrassez un état où Dieu ne vous appelle point.
Or, mes chers enfants, comprenez-vous bien ce que c'est que d'entrer dans un état, quel qu'il puisse être, auquel Dieu ne nous avait pas destinés? C'est sortir de l'ordre de sa providence , qui , dans les conseil éternels, a marqué à chacun de nous, la voie par où nous devions fournir la carrière de notre pèlerinage, et par conséquent la seule par laquelle nous pouvions arriver au salut. Nous sortons donc de cette voie où sa bonté nous avait préparé des moyens infaillibles de salut : nous entrons témérairement dans une voie étrangère, où sa main, qui ne nous y a pas conduits, ne nous soutient point; où nous marchons tout seuls; où tous les pas que nous faisons nous égarent de plus en plus, et deviennent de fausses démarches ; où nous ressemblons à un infortuné qui s'est égaré durant la nuit, qui trouve à chaque pas des précipices qu'il prend pour des chemins unis, exposé seul au milieu des ténèbres, à mille autres périls qu'il ne peut ni prévoir ni éviter; et comme cette nuit ne doit pas Unir pour lui, sûr presque qu'il périra, ou du moins qu'il n'arrivera jamais au terme heureux vers lequel il marche, sans un de ces hasards et de ces miracles que la prudence ne permet pas de se promettre. Tel est celui qui entre témérairement dans un état et dans une voie que Dieu ne lui avait pas destinée : il y marche seul, accompagné de ses seules faiblesses; il est dans un état où tout devient danger pour lui, où il est privé deces lumières, de cette protection spéciale, c'est-à-dire, de ces grâces singulières propres à cet état, avec lesquelles il en aurait évité tous les dangers , et que Dieu n'a préparées qu'à ceux auxquels il avait lui-même préparé et destiné cet état.
Or, mes chers enfants, si cette vérité si terrible, est pourtant incontestable en général pour le choix téméraire d'un état auquel Dieu ne nous appelle point; si ce choix attire toujours l'indignation de Dieu sur nous , s'il nous rend indignes pendant tout le reste de notre vie de sa bienveillance; que sera-ce de ceux qui se sont appelés eux-mêmes à un ministère de gloire et de sainteté , dont il n'a pas voulu même honorer les esprits célestes ? que sera-ce de ceux qui se sont intrus dans le sanctuaire, le seul lieu sur la terre qu'il semblait s'être réservé, la demeure de sa gloire, l'asile sacré et inviolable de ses lois et de sa doctrine , le dépositaire de son culte , des
hommages qu'il exige des hommes , et tous les signes précieux de son amour pour eux ? de quel œil pourra-t-il regarder un témérairequi vient s'y asseoir au milieu de l'assemblée vénérable de ses ministres, qui vient le forcer de l'établir son envoyé, et à la place de Jésus-Christ sur la terre ; de lui confier malgré lui le sang de son Fils, les fonctions divines de sa médiation , de sa rédemption , de son sacerdoce, et de tout ce que sa miséricorde n'avait cessé de préparer dès le commencement des siècles , de plus grand et de plus digne de sa toute-puissance pour le salut des hommes ? Quel trésor de colère, et quels charbons de feu cet infortuné n'amasse-t-il pas sur sa tête? quel caractère de réprobation n'imprimet-il pas dans son âme avec l'onction sainte dont il est oint? Les mains que le pontife et tout le presbytère impose sur sa tête, que font-elles que le dévouer comme une victime infortunée, rejetée de Dieu, et comme destinée à un anathème éternel?
Aussi, mes chers enfants, un prêtre vicieux, et qui contre l'ordre de Dieu s'est ingéré lui-même dans le saint ministère, ne se convertit presque jamais. Plus il vieillit , plus il accumule sur sa tête ses profanations et ses sacrilèges : les remèdes divins eux-mêmes dont il est dispensateur, l'endurcissent : chaque fonction est pour lui un nouveau crime, et ajoute un nouveau degré à sa réprobation ; et il meurt impénitent, comme il avait vécu chargé de l'usurpation sacrilège de son sacerdoce, et de toutes les profanations qu'il en a faites : c'est l'expérience de tous les jours. Les pécheurs dans les autres états se repentent et se convertissent; nous en voyons tous les jours des exemples consolants : un prêtre désordonné, et que le Seigneur n'avait pas appelé , meurt endurci , et les exemples des conversions des mauvais prêtres, n'ont pas encore consolé l'Église de la fin déplorable et de l'impénitence de tous les autres.
Ainsi, mes chers enfants, ne négligez rien dans l'examen que vous faites ici devant Dieu de votre vocation : les précautions ne sauraient être excessives où la faute est irréparable. Ne vous lassez pas de vous demander, dans ce lieu d'épreuve et de retraite, destiné à consulter la volonté de Dieu sur vous, si l'état saint auquel vous aspirez, convient à vos mœurs passées , à la pureté des motifs qui doivent vous y engager, et aux talents que l'Église exige de vous : si l'une de ces conditions vous manque, c'est comme si vous manquiez de toutes. Priez sans cesse , et que votre prière la plus ordinaire soit celle du Prophète : Seigneur, montrez-moi vousmême la voie par où je dois marcher; et apprenezmoi quels sont les sentiers que vous m'avez prépa-