‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 86 sur 235 · RETRAITE POUR DES CURÉS · texte numérisé non relu

RETRAITE POUR DES CURÉS

Noli negligere gratiam guœ est in te, qum data est libi cum impositione manuum presbylerii.

Ne négligez point, ne laissez pas affaiblir la grâce sacerdotale, que vous avez reçue par l'imposition des mains.

(iTim. IV, 14.)

C'est l'avis que l'Apôtre rappelle plus d'une fois à son disciple Timothée; et rien ne me paraît plus propre à prévenir cette négligence et cet affaiblissement dont parle l'Apôtre, que de consacrer comme vous faites, mes frères, un certain temps de l'année, au recueillement et à la retraite. Les fautes sont inévitables dans les fonctions; c'est ici où vous venez vous en rendre compte à vous-mêmes, en gémir devant Dieu, et prendre des mesures pour les éviter à l'avenir; première réflexion. La ferveur se relâche, les forces spirituelles s'usent, l'homme prend peu à peu le dessus sur le ministre ; c'est ici où vous venez ranimer ce qui commençait à languir, et vous renouveler dans le premier esprit de votre ministère; seconde réflexion. Enfin, le clergé de ce grand diocèse a besoin d'exemples ; vous le leur donnez, en leur montrant, par votre exactitude édifiante à venir vous recueillir dans cette maison sainte, les précautions qu'ils doivent prendre pour remplir dignement leur ministère; dernière réflexion.

Voilà, mes frères, quels sont les avantages inséparables de la retraite dans cette maison sainte, où je vous vois avec tant de consolation assemblés.

PREMIÈRE RÉFLEXION

Nos fonctions sont si saintes , mes frères , vous le savez ; elles demandent des dispositions si pures ,

MASSILLOM. — TOME. H-

si dignes des mystères que nous traitons! il est difficile aux ministres les plus fidèles de s'y présenter toujours avec cette foi , ce zèle , cette pureté d'âme, sans quoi Dieu nous vomit , et ne nous souffre qu'avec dégoût au pied, des autels, sous les yeux de sa majesté sainte et terrible. Ce sont là de ces fautes qui ne réveillent pas la conscience : elles nous ôtent une certaine bienveillance tendre de Dieu , et nous laissent pourtant toute notre tranquillité ; elles nous dépouillent peu à peu de ces dons parfaits qui font les saints ministres , et nous rendent pourtant insensibles à nos pertes. Je ne parle pas de la patience, de la douceur, de la charité que nos fonctions mettent souvent à l'épreuve, etoù il est difficile d'être toujours en garde contre soi-même. Que de moments où l'humeur, la rudesse, l'impatience prennent la place du zèle et de la charité ! que d'occasions , où le dégoût, la paresse, peut-être des antipathies secrètes, que sais-je? quelques mécontentements personnels , nous font refuser ou rendre de mauvaise grâce, et comme malgré nous, des services à nos peuples, que leurs besoins et nos fonctions exigent de nous ! combien d'autres , où la mauvaise honte , la crainte de passer pour ridicules et pour être de mauvaise compagnie, nous font approuver, imiter peut-être des abus que nous condamnons, et oublier jusqu'à un certain point la décence et la sainte gravité de notre ministère.

Cependant les occupations extérieures et continuelles de nos fonctions, nous cachent à nousmêmes cet état d'infidélité, ou ne nous laissent pas le loisir d'en approfondir la difformité, et l'obstacle qu'elles mettent aux bontés de Dieu pour nous, et au succès de notre ministère. Nous amassons peu à peu un trésor de colère que nous ne connaissons pas , un fonds opposé aux desseins de Dieu sur nous, qui n'offrant rien de marqué par des crimes, ne trouble pas notre fausse paix ; et comme les ténèbres sont toujours la juste peine de nos infidélités, plus nous les multiplions, plus nous nous calmons ; parce que plus les lumières qui devraient nous avertir et nous ouvrir les yeux, s'éteignent. Voilà, mes frères, la source la plus commune du dérèglement et de la défection entière de ceux que Dieu appelle au saint ministère : il n'est presque point pour nous de faute légère; plus Dieu demande et attend de nous, plus il se refroidit et s'irrite quand nous lui manquons; plus nous lui sommes consacrés, plus la moindre tache nous souille , et nous rend difformes à ses yeux. Nous sommes la lumière des peuples : le plus léger nuage obscurcit cet éclat, et nous rend comme ténébreux aux yeux de celui qui nous avait établis comme des lampes

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