‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 87 sur 235 · RETRAITE · texte numérisé non relu

RETRAITE

ardentes et toujours luisantes : nos fautes deviennent comme des éclipses qui renversent Tordre de la grâce sur les fidèles , et laissent dans les ténèbres cette portion de l'Église que nous étions chargés d'éclairer.

Or, c'est ici, mes frères, où ces infidélités, qui avaient comme disparu au milieu du tumulte de nos fonctions, reparaissent à nos yeux. C'est dans ce saint loisir, que repassant dans la lumière de, la foi, sur tout le cours de notre ministère, nous découvrons les lieux , les occasions , les circonstances , où notre fidélité s'est démentie; nous sentons que, malgré, l'opinion des hommes et les fausses louanges qu'ils donnent à quelque extérieur de régularité qu'ils voient en nous, il s'en faut bien que nous soyons de ces ministres saints et fidèles, dignes de dispenser les mystères de Dieu. L'éloignement que nous trouvons de ce que nous sommes à ce que nous devrions être ; de la sainteté sublime de notre état , aux faiblesses , aux misères , à la pesanteur de toute notre vie , nous frappe , nous humilie , nous effraie. Nous gémissons sur nos infidélités passées ; nous formons mille saintes résolutions, mille projets d'une vie plus sérieuse,-plus occupée, plus sacerdotale : nous entrons dans les détails qui regardent toute notre conduite extérieure; nous examinons les lieux, les temps, les occasions où notre fragilité s'est laissé surprendre : nous rentrons en nous-mêmes pour aller jusqu'à la source du mal, et découvrir quels sont en nous les penchants qui ont aidé aux occasions et facilité nos chutes ; nous préparons de loin les remèdes et les précautions nécessaires pour ne pas être de nouveau surpris : ainsi, nous rentrons dans nos fonctions, dans cette sainte milice, munis de nouvelles armes; nous y rentrons avec moins de cette confiance qui précède toujours les chutes, mais aussi avec plus de sûreté. Un pilote échappé du naufrage est moins téméraire; mais instruit par ses propres malheurs, des écueils où il s'est brisé, il prend des mesures plus solides, et plus sûres pour les éviter. Et ce qui doit encore plus vous consoler, mes frères , dans ce saint exercice , et vous faire mieux sentir la prédilection de miséricorde de Dieu sur vous , c'est que les infidélités sont communes parmi ceux qui sont appelés au saint ministère, et que ces regrets et ces changements que forme en nous une piété tendre et touchée sont fort rares. La plupart vivent jusques à la fin de leur course comme ils avaient vécu en la commençant; s'ils y changent quelque chose , c'est en empirant ; c'est qu'ayant commencé avec quelque apparence de régularité et de zèle, ils continuent bientôt en découvrant toutes les inclinations vicieuses que ces

commencements spécieux avaient cachées et qui, lassées pour ainsi dire de se contraindre, s'échappent ensuite avec moins de retenue et plus de scandale. Nous voyons tous les jours dans le monde de simples fidèles, qui touchés de Dieu, changent de vie, et de grands pécheurs qu'ils étaient deviennent l'exemple et l'édification d'une ville : mais nous ne voyons point de ces changements parmi les prêtres ; ce qu'ils sont une fois, ils le sont toujours : il semble qu'élevés au-dessus des anges par nos fonctions , nos premières chutes capitales, comme les leurs, sont sans retour. D'où vient, mes frères? c'est que l'abus des choses saintes étant presque toujours une suite infaillible de nos égarements, nous attire cet anathème de la part de Dieu, et cette malédiction secrète qui forme dans un prêtre l'endurcissement et l'impénitence; c'est une triste expérience, qui nous a fait gémir plus d'une fois : les peines, les corrections deviennent inutiles à ces ministres infidèles; et nous les voyons avec douleur, sortir de ces retraites forcées que nous leur prescrivons , sans aucun sentiment de piété et de repentir, et plus déterminés que jamais à continuer leurs égarements et leurs scandales. Aussi quand nous leur imposons cette peine publique, c'est plus pour les couvrir de honte, que pour espérer un changement : pour réparer l'honneur de l'Église par une improbation publique et éclatante de leurs scandales publics , nous voulons les punir, nous n'espérons pas de les corriger.

DEUXIÈME RÉFLEXION

Mais, mes frères, quand nous aurions été assez heureux pour vivre dans les fonctions du ministère , exempts de ces infidélités journalières inséparables de la faiblesse humaine et de la dissipation même attachée à nos fonctions ; quand nous n'aurions pas besoin de venir nous recueillir ici pour en gémir devant Dieu, et prendre des mesures pour lui être désormais plus fidèles : n'éprouvons-nous pas tous les jours que notre première ferveur se relâche; que ce goût tendre de piété s'use et se ralentit par l'usage même des choses saintes; que la sainteté de nos devoirs fait sur nous chaque jour des impressions moins vives; que ce qui nous avait paru d'abord des obligations indispensables, ne nous parait plus qu'un état de perfection , où il n'est pas donné à chacun d'atteindre ; et qu'enfin nous ne marchons plus que languissamment dans les voies où nous avions couru d'abord avec un zèle et une célérité si édifiante? Or, c'est ici, mes frères, où nous avons puisé les prémices de l'esprit sacerdotal; c'est ici où nous devons venir les renouveler, les ranimer, quand elles

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