POUK LA FETE DE L INCARNATION
Loquimur Dei sapientiam in mysterio, quœ abscondita est, quam nemo principum hujus sœculi coynovit.
Nous annonçons la sagesse de Die.u cachée dans son mystère , que nul des princes de ce monde n'a connue.
(i Cor. h, 7, 8.)
Si les voies de Dieu sont d'ordinaire éloignées de celles de l'homme, et si, dans ses desseins, la sagesse éternellese plaît toujours à confondre les vains préjugés de la sagesse humaine, c'est principalement dans le mystère que l'Église honore en ce jour. Oui, mes frères, un Dieu qui descend de sa gloire pour nous y élever, qui se charge de nos infirmités et de nos souffrances, pour nous en soulager; qui s'unit à l'homme, pour réconcilier l'homme à Dieu; a été dans tous les temps un scandale, ou une folie, à la prudence de la chair; et encore aujourd'hui , la sagesse de Dieu dans ce mystère , est tout à fait inconnue au siècle : Loquimur Dei sapientiam in mysterio , quœ absconditaest, quam nemo principum hujus sœculi cognovit.
En effet le monde ne connaît de véritable grandeur que celle qui frappe les sens : le monde ne compte de vrai bonheur que celui de vivre dans les plaisirs et dans l'abondance : le monde croit avoir seul la raison en partage, et rappelle toujours au jugement de ses propres lumières , les œuvres du Seigneur.
C'est sur ces trois erreurs que roulait toute la sagesse des hommes, avant qu'il plût au Très-Haut de les visiter dans sa miséricorde. Les Juifs ne soupiraient qu'après la gloire et la grandeur temporelle d'un Messie charnel, qui devait subjuguer tous les empires, et rendre toutes les nations tributaires de Jérusalem : les philosophes n'attendaient le remède de leurs maux, que des vains efforts d'une raison malade : les princes, les puissants et le peuple, cherchaient dans les plaisirs des sens, ce que l'auteur de la nature n'y a point mis, et la félicité la plus indigne de l'homme. Et tel est encore, après
l'accomplissement du grand mystère de piété, l'état déplorable du monde.
Mon dessein donc aujourd'hui, est de montrer comment la sagesse de Dieu, cachée dans ce mystère, confond ces trois erreurs principales, qui forment proprement toute la sagesse humaine. Premièrement, le Verbe s'y anéantit; et cet anéantissement nous apprend que l'homme ne peut plus aimer l'élévation sans injustice. Secondement, le Verbe s'y charge de nos douleurs et de nos souffrances; et ce mystère nous découvre que l'homme ne peut plus aimer les plaisirs sans crime. Enfin, le Verbe s'y unit à notre chair ; et en nous proposant cette union incompréhensible, comme l'objet de notre culte et la seule ressource de nos maux, il nous laisse comprendre que l'homme ne peut plus compter sur sa raison sans témérité. Un Dieu anéanti, rend les humiliations honorables : un Dieu chargé de nos douleurs, rend les souffrances aimables : un Dieu uni à l'homme fait taire la raison, et rend la foi même raisonnable. Développons ces trois vérités; elles renferment toute la doctrine du grand mystère de piété.
Avec, Maria.