DE LA MODESTIE
mes frères, les organes du saint Esprit ? sont-ce là des bouches consacrées à Jésus-Christ, et destinées à porter son nom et sa loi devant les peuples ? sont-ce là ces voix qui crient dans le désert de ce monde ; ces hérauts du ciel envoyés pour préparer les voies au Seigneur, et rendre droits les sentiers obliques des pécheurs ? est-ce là ce sel de la terre répandu pour la purifier et la préserver de la corruption ? sontce les envoyés de Jésus-Christ, dispersés dans le monde pour y porter la parole de réconciliation ; ou les envoyés de son ennemi , du prince de ce monde , pour lui former des sectateurs et agrandir son malheureux empire? Quel crime , mes frères, pour un prêtre, de profaner sa langue destinée à des ministères si saints et si sublimes ! quel crime de faire de l'instrument vénérable du salut des fidèles l'occasion funeste de leur perte ou de leur scandale ! quel crime de changer le glaive de la parole que Dieu met dans la bouche de ses ministres , pour percer jusque dans le fond des âmes corrompues, enfaire sortir la pourriture et leur assurer la vie; de le changer, dis-je, en un glaive meurtrier et venimeux qui les infecte et leur donne la mort! Et posuit os meum quasi gladium aculum. (Is. xlix, 2.) Et quoi, mes frères, au sortir de ces entretiens bouffons, licencieux, un ministre ira monter à l'autel , et y prononcer les paroles redoutables qu'il n'est pas permis aux anges mêmes de prononcer? et il montera dans la tribune sainte annoncer à son peuple la loi chaste du Seigneur, et les véritésgraves et tristes de l'Évangile ? cette bouche mille fois profanée par l'indécence et la scurrilité des discours osera s'ouvrir à des paroles de salut et de sainteté! Mais quelle grâce aura-t-il à exercer un ministère si sérieux et si divin? que pourra-t-il sortir d'une bouche aussi déshonorée, qui puisse édifier les fidèles? le langage de la piété est pour elle un langage étranger. Hélas! peut-être portera-t-il dans la chaire les indiscrétions de ses discours accoutumés; peut-être déshonorera-t-il la majesté de la parole sainte par des bouffonneries profanes ; peut-être mêlera-t-il la bassesse , l'indécence, la mondanité de ses expressions ordinaires , aux vérités sublimes qu'une bouche seule purifiée comme celle d'Isaïe par le feu du saint Esprit est digne d'annoncer : et nous n'avons que trop souvent gémi de pareil scandale, qui plus d'une fois est venu jusqu'à nous ; et il n'est arrivé que trop souvent que des pasteurs d'une conversation basse, bouffonne, indécente , ont porté le même langage dans la chaire de la doctrine et de la vérité, et y ont paru plutôt comme des histrions et des bateleurs , que comme des ministres respectables de l'Évangile : de sorte que la parole sainte destinée à confondre les pécheurs,
et à consoler et animer les justes, n'est plus dans leur bouche qu'un scandale affligeant pour les uns , et une dérision de mépris et souvent d'impiété pour les autres! Rappelons-nous souvent, mes frères , les avis que l'Apôtre donnait là-dessus aux premiers ministres de l'Évangile. Comme nos fonctions nous mêlent nécessairement avec les personnes du monde; qu'elles ne sortent jamais de nos entretiens sans en rapporter quelque parole d'édification, sans un nouveau respect pour la religion et pour ses ministres , sans quelque nouveau désir d'une vie plus chrétienne .qu'elles apprennent, en conversant avec nous, comment on peut sanctifier les liens de la société; qu'une sainte joie, qu'une circonspection de sagesse et de charité dans les discours, qu'une indulgence aimable pour les défauts du prochain, que les maximes saintes sur le bonheur des gens de bien, sur les malheurs des passions , sur le faux et le vide du monde, rendent les commerces plus doux, les entretiens plus aimables , les sociétés plus désirables que les médisances, les libertés, les indécences, les inutilités des entretiens ordinaires. Ne craignons pas, mes frères , d'éloigner de nous les gens du monde en observant ces règles ; ils les attendent de nous. Ils ne nous chercheront pas pour nous mettre de part à leurs amusements, je l'avoue; et c'est une occasion de chute et de scandale de moins pour nous : mais ils nous chercheront quand ils voudront s'édifier; quand, lassés du monde et des passions, ils formeront la résolution de commencer une vie plus régulière; quand, accablés par des adversités, ils auront besoin de consolation; quand frappés de la main de Dieu par des infirmités dangereuses, ils chercheront notre ministère pour apaiser sa colère, et expier les crimes qui la leur ont attirée : nous ne serons pas de leurs plaisirs, mais nous leur deviendrons plus utiles dans leurs besoins. Telle doit être la modestie des clercs dans leurs discours.
DEUXIÈME RÉFLEXION
Il serait inutile d'ajouter qu'en vain ils édifieraient les fidèles par leur langage , si la mondanité de leur extérieur devenait pour les peuples un nouveau sujet de scandale. On regarde d'ordinaire les règles de l'Église, et les précautions des saints canons sur la modestie des vêtements ordonnée au clercs, comme des minuties et des détails peu importants , plutôt que comme des devoirs sérieux et essentiels ; on se fait une espèce de force d'esprit de les mépriser; on renvoie aux scrupules et à la rigidité des séminaires langoureuse observance de ces règles. Mais, mes frères, les assemblées respectables de tant de conciles qui nous les ont laissées, ont-
DES CLERCS
elles été capables de s'occuper de minuties ? l'Esprit de Dieu, cet Esprit de sagesse et de vérité qui présidait à leurs délibérations, a-t-il pu nous laisser des règles inutiles qu'on puisse sans crime traiter avec indifférence et avec mépris ? ces pasteurs vénérables qui les composaient, dépositaires de la foi et de la discipline de leur siècle , et dont l'Esprit saint s'est servi pour les transmettre jusqu'à nous ; ces pasteurs qui ont enrichi l'Église de leurs ouvrages, qui nous ont laissé tant de précieux monuments de leur science et de leurs talents éminents , étaient-ils donc des esprits simples et bornés, capables de s'attacher à des détails puérils , et de nous en faire des devoirs sérieux etdesrèglescanoniques? Mais , mes frères, Dieu lui-même dans l'ancienne loi n'avait-il pas réglé la forme, la figure et tout l'appareil extérieur des vêtements du pontife, des prêtres du commun et des lévites? était-il digne de la majesté suprême d'entrer dans ce détail? que pouvait importer à sa gloire une telle ou une autre forme de vêtement? le culte qu'on lui doit n'est-il pas trop élevéettrop sublime pour dépendre d'un objet aussi mince et aussi arbitraire? Cependant cet objet si mince faisait un point essentiel de son culte ; et un ministre qui aurait paru au pied de l'autel , ou en public , sans être revêtu des ornements prescrits , aurait été regardé comme un profanateur, et peutêtre lapidé comme un sacrilège. D'où vient cela, mes frères? c'est que tout ce qui donne atteinte à la décence de ses ministres insulte le culte et la religion elle-même ; c'est qu'un prêtre doit paraître partout ce qu'il est , et qu'il ne peut déposer l'extérieur du sacerdoce sans un mépris criminel , et sans en déposer l'esprit et la dignité; c'est que l'habit clérical apprend aux peuples à respecter le ministre, et au ministre, à respecter son caractère; c'est qu'il est comme un moniteur toujours présent, qui le retient et le ferait rougir de se permettre des indécences peu convenables à la gravité que ces vêtements annoncent; c'est enfin , que l'habit clérical est, pour ainsi dire, l'uniforme de la milice sainte, le signal sacré et commun qui nous unit et qui nous honore; qu'en rougir et le déposer , c'est être un déserteur, un transfuge; et se déclarer indigne de le porter. Hélas ! mes frères , tous les autres états se font un honneur de porter les marques extérieures de leur profession : les princes , les grands , l'homme de guerre, le magistrat , tous sont jaloux d'étaler aux yeux du public les marques qui les distinguent des autres hommes. Les cénobites regardent comme un devoir essentiel de ne jamais dépouiller l'habit que leurs fondateurs leur ont prescrit; et ils s'en font une gloire : ils en respectent jusques aux plus
MASSIM.ON. — TOME II
légères ressemblances; et celui d'entre eux qui s« montrerait en public sôus un vêtement étranger, serait regardé comme un apostat, et puni comme l'opprobre de ses frères. Ce sont à la vérité, ces pieux fondateurs , des hommes d'une piété rare qui leur ont prescrit cette forme de vêtement; mais enfin ce sont des hommes particuliers, dont les lois ne semblent tenir leur force que de l'acceptation libre de ceux qui ont bien voulu s'y soumettre et en vouer l'observance. Et pour nous, mes frères, c'est l'Église encore qui nous impose la forme de l'habit clérical; ce sont les règles et les canons de l'Église : ce ne sont pas ici des pratiques de piété particulières à une congrégation ; ce sont des lois que l'Église impose à tous les clercs : quoi de plus sérieux et dont l'observance doive être plus religieuse et plus sévère? Cependant, mes frères , tandis que tous les autres états se font un honneur de porter les marques extérieures qui les distinguent des autres hommes ; tandis qu'un pieux cénobite regarderait comme un sacrilège et une apostasie de dépouiller le vêtement que sa règle lui prescrit , nous regardons comme un vain scrupule l'obligation qu'on veut nous imposer de ne pas dépouiller le vêtement clérical que toutes les lois anciennes et nouvelles de l'Église nous prescrivent : nous nous distinguons de tous les autres états par le mépris des marques extérieures qui annoncent le notre, le plus grand, le plus sublime, le plus honorable de tous.
Il semble que l'honneur que l'Église nous a fait, de nous associer au nombre de ses ministres , nous est à charge : nous retranchons l'appareil le plus respectable; et nous avons meilleure opinion de nous, quand nous paraissons revêtus d'un extérieur qui nous attire moins le respect et la vénération des fidèles. Oui , mes frères, on voit des prêtres ne conserver presque plus aucun vestige sur leur personne de l'habit ecclésiastique, ni dans la forme, ni dans la couleur; se montrer en public, dans les compagnies et dans les villes, comme des séculiers, et en prendre avec l'habit toutes les manières : on les voit se glorifier de cette insulte publique qu'ils font à leur état et aux règles de l'Église, et regarder comme des esprits simples et grossiers ceux qui n'osent imiter leur scandaleuse indécence : on en voit d'autres, lesquels, en conservant la forme de l'habit clérical , y ajoutent une affectation de luxe , de mondanité de recherche, aussi opposée à la modestie sacerdotale , que l'extérieur tout séculier des premiers : enfin il s'en trouve qui , donnant dans un excès opposé, déshonorent le sacerdoce par une malpropreté, un extérieur si vil, si crasseux, si peu décent, qu'à peine les distingue-t-on des nécessiteux qui
DE LA MODESTIE DES CLERCS
ne se montrent que pour solliciter les largesses de ceux qu'ils abordent. Nos campagnes ne voient que trop souvent de ces spectacles honteux à la dignité du caractère, des prêtres qu'une avarice sordide ou une bassesse d'éducation laisse couverts de haillons , exposant ainsi leur personne et leur dignité au mépris et à la risée publique. Les règles de l'Église, mes frères, gardent un juste milieu: elles bannissent également et cette affectation mondaine, et cette sordidité méprisable; elles nous prescrivent une décence modeste, une noble simplicité, une gravité respectable; un extérieur où rien ne se fasse remarquer, où l'on oublie le vêtement pour ne s'occuper que de la personne , où rien ne frappe dans l'habillement que la sainteté de celui qui le porte. Ce qu'il y a ici d'incontestable, c'est qu'un prêtre qui dépouille sans scrupule l'extérieur de son état en a dépouillé depuis longtemps l'esprit intérieur et la piété ; c'est que cette décence de vêtements ne l'embarrasse et ne lui est à charge, que parce qu'elle lui serait incommode et dans les occupations peu ecclésiatiques où il vaque , et dans les sociétés qu'il fréquente; c'est que, vivant avec le monde, et comme le monde , et voulant être de tous ses plaisirs , un extérieur grave et décent annoncerait trop qu'il n'est pas où il devrait être ; c'est qu'un ministre qui ne veut se permettre que des occupations conformes à son état n'est jamais incommodé d'en porter les marques. Si nos mœurs, mes frères, étaient aussi sérieuses et aussi sacerdotales qu'elles doivent l'être; si nos fonctions faisaient notre occupation de tous les jours ; si le soin de nos peuples nous était cher, et qu'attendris sur leurs besoins , nous ne nous permissions qu'à regret de les perdre de vue; si, après leur avoir donné quelques moments rapides , nous n'allions pas chercher à nous délasser ailleurs de l'ennui de la résidence; si nous aimions à vivre au milieu du troupeau que l'Église nous a confié, le garder, le conduire, le soulager, le servir, l'habit et l'extérieur de pasteur ne nous seraient point à charge : n'en quittant jamais les fonctions , nous ne nous aviserions pas d'en déposer les marques.
TROISIÈME RÉFLEXION
Et c'est ici une dernière réflexion sur la modestie sacerdotale : nos délassements même doivent avoir je ne sais quoi de décent , de réservé , de sérieux, qui n'y donne aucune atteinte. Je sais que l'esprit et le corps ont besoin de relâche ; mais ces moments que nous donnons à la nature ne deviennent utiles et permis que lorsqu'ils nous disposent à hos devoirs et nous en facilitent la pratique. Le
repos n'est établi qu'afin de nous donner une nouvelle force pour continuer la carrière : tous les délassements qui nous en éloignent, qui nous reculent, qui nous découragent, qui nous inspirent du dégoût pour nos fonctions , l'Église nous les interdit comme des indécences ou des crimes : la chasse , le jeu habituel, les sociétés delà table, les compagnies, ou dangereuses, ou suspectes; voilà ce que les règles de l'Église sur la modestie cléricale nous ont rigoureusement interdit; ce ne sont pas là des délassements accordés autravail, ce sont des occupations indécen» tes qui le déshonorent et le rendent inutile. Car, mes frères , outre l'immodestie inséparable d'une occupation aussi indécente pour un prêtre que la chasse , est-ce là un exercice convenable à la douceur et à la gravité de notre caractère! un prêtre les armes à la main , ne respirant que le sang et le carnage , représente-t-il le divin pasteur occupé à conduire paisiblement son troupeau, ou le loup préparé à le dévorer et à le détruire ?Les armes de notre milice, dit saint Paul , sont des armes spirituelles , destinées à combattrel'orgueil, l'avarice, la volupté, ettoute hauteur qui s'élève contre la science de Dieu ; la foi est notre bouclier : le zèle du salut des âmes, notre glaive : voilà les armes que l'Église nous met en main en nous associant au sacerdoce. Or quelle indécence à un prêtre et à un pasteur de déposer ces armes saintes, et de se revêtir des armes de la milice du siècle! Il néglige son troupeau, il ne daigne pas d'aller au secours de celles de ses brebis qui périssent; et il court comme un insensé après des animaux : il s'attache à une proie vile; et il méprise la proie sainte d'une âme qu'il pourrait gagner à Jésus-Christ, et l'enlever à la puissance du démon! Mais, au sortir d'un exercicesi tumultueux et sanguinaire, est-il plus en état de s'aller recueillir au pied des autels, d'aller immoler la victime de paix et de propitiation , d'offrir le sang mystique de l'Agneau , et de lever au ciel des mains pures, des mains qu'il vient de souiller tant de fois, d'un sang profane? le recueillement, la gravité, le respect, la ferveur sainte nécessaires aux fonctions , ne souffrent-ils pas de la dissipation bruyante qui les a précédées ? ne portet-il pas jusqu'à l'autel saint Jusqu'au calme respectable du sanctuaire, cet air militaire et guerrier dont il vient de déposer les marques? Quelle vénération peuvent avoir les peuples pour un pasteur qu'on voit tenir en ses mains le signe et le gage de notre salut , le pain de vie , le sacrement de la paix et de la réconciliation , des mystères que les anges ne regardent qu'en tremblant, et que la piété la plus recueillie ne saurait toucher avec assez de révérence ; après avoir vu , il n'y a qu'un moment , ces mains
DE LA MANIÈRE DE CONVERSER, etc.
destinées à des usages si divins employées à manier des armes meurtrières , et dressées à porter la mort et la terreur à de vils animaux ?
Ce que je viens de dire de la chasse, on doit le dire de même d'un jeu habituel. Un prêtre joueur de profession est une espèce d'opprobre dans l'Église : il y perd un temps destiné au salut et à la sanctification de son peuple ; il y perd un argent saint qui n'est pas à lui , et qui appartient aux pauvres dès qu'il ne lui est pas nécessaire; il y perd le goût de tout ce qu'il y a de saint et de sérieux dans son état; il y perd son âme par les passions inséparables des événements du jeu, il y perd le respect et la confiance de ses peuples; il y perd le calme et la tranquillité de l'esprit : que dirai-je encore? et que n'y perd-il pas, puisqu'il y perd l'esprit de sa vocation, et tout le fruit de son ministère ! voilà des pertes qui ne peuvent plus se réparer, et mille fois plus importantes que celles de son argent.
Pour vous, mes frères, souffrez que je finisse cet entretien avec ces paroles de l'Apôtre; pour vous , dis-je, qui êtes notre gloire et notre consolation, ce n'est pas ainsi que vous déshonorez votre ministère : ce n'est pas ainsi que vous tournez en scandale pour les peuples le caractère sacré que vous avez reçu de Jésus-Christ pour les sauver ; ce ne sont pas les maximes saintes qu'il a gravées dans votre cœur et dont vous avez été nourris dans ces maisons de retraite : Vos autem , non ita didicistis Christian. (Ephes. iv, 20.) Continuez donc , mes frères, à vous conduire devant vos peuples d'une manière digne de la sainteté et de la gravité de votre vocation : Fidete itaque,fratres, quomodo caute ambuletis , non quasi insipientes, sed ut sapientes.... quoniam dies mali sunt. (Ibid. v, 15, 16.) La réserve, la circonspection dans toute votre conduite ne sauraient être excessives : tout ce qui peut vous être permis , n'est pas toujours expédient : regardez les peuples qui vous envi ronnent , comme autant de censeurs, qui, les yeux toujours attachés sur vous , ne vous pardonnent rien , et sont bien plus portés à vous faire un crime de la plus légère dissipation, qu'à l'excuser comme un délassement nécessaire. Nous sommes dans des temps où la foi presque éteinte parmi les fidèles , où les scandales que donnent si souvent au public les ministres infidèles, où la licence des mœurs publiques, ne nous laissent plus pour éviter la malignité des soupçons et le mépris des peuples, qu'une vie sérieuse, sacerdotale; qu'une piété, une gravité, une modestie respectables, soutenues dans tout le détail de nos mœurs : Fidèle quomodo caute ambule-
tis..., quoniam dies mali s-unt. L'irréligion est montée à un point, que le monde est charmé de trouver un prêtre coupable : il semble que c'est un gain et une victoire pour lui , quand il peut se persuader que nous foulons aux pieds les devoirs de notre état : Fidèle quomodo caute ambuletis... quoniam dies mali sunt : il ne voit pas que le dérèglement des ministres consacrés à la religion, quand il est vrai, est le plus terrible fléau dont Dieu punisse les crimes des peuples : ce sont des ressources qu'il leur rend inutiles; ce sont des voix qu'il rend muettes , et qui devraient crier pour les rappeler à la pénitence; ce sont des médiateurs devenus inutiles, qui auraient pu les réconcilier avec Dieu, et apaiser sa justice qu'ils irritent eux-mêmes. N'augmentons pas, mes frères, l'aveuglement du monde en le confirmant dans ses erreurs par nos exemples : Fidèle quomodo caute ambuletis..., quoniam dies mali sunt : ne devenons pas des pierres d'achoppement à des peuples dont nous devons être les guides dans les voies du salut, et ne soyons pas la plaie la plus douloureuse qui afflige l'Église; nous qu'elle avait honorés de son cboix, de son autorité et de sa confiance, pour être les dispensateurs de ses trésors et les dépositaires de ses secrets et de ses mystères.
DISCOURS