SUR LUTILITÉ DU VERS LATIN
funèbre, fût-ce même en vers latins. Mais c'est précisément là une raison de plus pour le garder en vie. Ce qui est trop facile ne profite guère ; c'est en luttant avec la difficulté que l'esprit s'aiguise, s'affine, acquiert de la pointe et du mordant. Le vers latin oblige à mesurer et à peser chaque expression, à tenir compte de la quantité et de la qualité ; il a sur la prose cet avantage de donner à la pensée un contour mieux arrêté ; il la burine avec plus d'énergie, il la moule avec plus de netteté. C'est par de tels efforts qu'on se rend maître de la langue, qu'on se familiarise avec toutes les nuances et toutes les délicatesses du style. Les écoliers paresseux réclameront : soit, ils sont dans leur rôle ; mais, quel que puisse être leur nombre, ils n'ont pas voix au chapitre.
Je le sais. Messieurs et Chers Élèves, et je vous en félicite: ici, à Mongazon, le vers latin est demeuré en honneur, et à travers toutes ses vicissitudes, vous lui êtes restés fidèles dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. Exilé d'ailleurs, il n'avait cessé de trouver parmi vous une terre hospitalière, et maintenant qu'il a retrouvé son droit de cité partout, vous ne sau-