SUR I/UTILITE DU VERS LATIX
Après les novat(nir?î, viennent les ulililaires, c'esl-ci-dire ceux (|iii oui le goùl rt la })assion de rutilili' iiiinuMliate. Le vers lalin, disent-ils, ne conduit pas directenaent à la fortune. Cela est vrai. Le vers lalin ne produit pas d'intérêt ; et il n'est pas, je l'avoue, colé à la Bourse. Mais pour èlre utile, faut-il donc que tout exercice scolaire procure immédiatement quelque bonne place ? N'est-ce rien que d'exercer le goût, de donner des ailes à l'imagination, de fortifier et d'entretenir le sentiment littéraire ? La versification latine est précisément, de toutes les compositions du collège, celle qui laisse le jeu le plus libre à toutes les facultés de l'élève, celle qui lui permet davantage de prendre son essor et de monter aussi haut que le souffle de l'inspiration est capable de le porter. Sur un sujet donné, il s'agit pour lui d'aligner vingt à trentre vers, c'est-à-dire de conduire la pensée, avec nombre et mesure, à travers les développements qu'elle comporte. Est-il rien de plus profitable à lintelligence qu'un pareil travail, qui demande également de l'ampleur et de la précision, où Toreille s'accoutume et se forme au charme de l'harmonie, en même temps que la main se plie
à toutes les souplesses du style, où rimagination s'abandonne et se règle tout à la fois, contenue qu'elle est au milieu de ses hardiesses par la loi inflexible du mètre ? Je n'irai pas jusqu'à dire avec un grand philologue, Wolf. que « les vers servent plus que tout le reste à l'éducation » ; je me contenterai d'affirmer qu'ils lui sont d'un grand secours ; et quand je parcourais récemment le recueil où l'université d'Oxford conserve les vers latins de ses meilleurs élèves, je ne m'étonnais pas d'y trouver les noms des Gladstone, des Derby, des Newmann, esprits positifs pourtant et pratiques entre tous ; car c'est par de telles passes d'armes que se forment et se préparent les lutteurs de la parole.
Le vers latin se recommande, en effet, par un grand mérite, celui de la difficulté vaincue. Voilà pourquoi il a contre lui une troisième classe d'adversaires, je veux dire les écoliers paresseux. Ce sont ceux-là qui, plus redoutables encore que les novateurs et les utilitaires, battraient des mains à l'enterrement du vers latin : avec quelle joie ils le conduiraient à sa demeure dernière, quitte à couvrir son cercueil de fleurs et à prononcer sur sa tombe une oraison