ET COMMENT ELLES SE RELEVENT
monlrer vers le nièiiie temps, par suite de quels efforts et à l'aide de quels principes une nation est capable de se relever. Et si, pour Tinstruction de la jeunesse qui m'écoule, je cite ce deuxième exemple, non moins frapi)ant que le premier, c'est que je me rappelle le proverbe Fas et ab hoste doceri. Après la bataille d'Iéna, la Prusse semblait anéantie. Refoulée derrière l'Elbe par le traité de Tilsitt, réduite désormais à la moitié de son territoire et de sa population, sans ressources, sans forteresses et sans armée, elle paraissait irrémédiablement déchue de son rang de grande puissance, et n'avait pas réussi à sauver du désastre la Marche de Brandebourg, berceau de ses souverains. C'en était fait à jamais, pensait-on, de l'œuvre du grand Frédéric. Mais la Prusse allait montrer ce que peut une nation quand elle s'attache aux principes et aux institutions qui l'ont fait vivre et grandir. Devant les malheurs publics, toute opposition se tut, il n'y eut plus qu'une voix à se faire entendre, celle du patriotisme. La nation tout entière, sans distinction de classes ni de partis, se serra étroitement autour de son souverain ; et l'attachement s'acci'ut du respect qu'inspirait une
infortune, même méritée. Le 10 août 1807, le Roi disait aux professeurs de l'Université de Halle : « Il faut que l'État regagne en force intellectuelle ce qu'il a perdu en force physique. » Sa voix fut écoutée ; et un mouvement des esprits, comme il s'en est vu rarement dans l'histoire, devint le prélude de la restauration nationale. Les hommes ne manquèrent pas à l'œuvre, suivant cette loi providentielle, que les hommes ne font défaut que là où il n'y a plus ni dévouement ni principes. Tandis que Stein appliquait sa ferme intelligence à réorganiser l'État , Scharnhorst imaginait le plan de la nation armée, Guillaume de Humboldt mettait la main aux réformes de l'instruction publique, Eichorn déposait dans l'union douanière le premier germe de l'unité politique, qui, à force d'énergie et de persévérance, devait, hélas! se réaliser un demi-siècle plus tard. C'était à qui apporterait une pierre à l'édifice renaissant de la grandeur nationale ; et dans cette mise en commun de toutes les lumières et de toutes les volontés, l'esprit de parti se taisait devant l'intérêt de la patrie. Au milieu de toutes ces divergences de l'opinion, on ne cessait de voir dans l'autorité