‹ Œuvres de Mgr. Freppel (volume 3)Chapitre 12 sur 64 · QUELQUES DÉFAUTS A ÉVITER · texte numérisé non relu

QUELQUES DÉFAUTS A ÉVITER

PRONONCE

à la Distribution des Prix du Collège de Baugé

Messieurs, chers Élèves,

En venant chaque année, autant que mes occupations me le permettent, présider moimôme ia distribution des prix du collège de Baugé, je veux marquer toute l'importance que j'attache à cet établissement situé au centre de la contrée et destiné par là même à devenir pour tout l'arrondissement un vaste foyer de lumières et d'instruction.

Je dis, Messieurs, un foyer de lumières et d'instruction, car une expérience de dix années m'oblige à convenir qu'il n'est peut-être pas de partie de mon diocèse où un tel besoin se fasse sentir plus vivement. Pourquoi ne vous ferais-je pas une confidence qui, sur les lèvres du père de la famille, ne saurait blesser aucun de ses membres ? Quand il m'arrive , et cela m'arrive souvent, de faire l'éloge de la portion qui m'est échue, malgré mon indignité, dans le gouvernement de l'Église, il n'est pas rare que je reçoive cette réponse : Oui , sans doute , le diocèse d'Angers mérite vos louanges ; il faut bien qu'il en soit ainsi pour qu'un ministre peu suspect de bienveillance à votre égard, ai cru devoir l'appeler « un diocèse exceptionnel. » Mais, se hâte-t-on d'ajouter aussitôt, vous avez un point noir dans votre horizon, c'est le Baugeois. Je ne manque jamais, croyez-le bien, de protester vivement contre de telles appréciations. Vous ne rendez pas justice, ai-je coutume de répondre aux détracteurs du Baugeois, vous ne rendez pas justice à ces populations qui ont conservé un si grand fonds de foi et de traditions religieuses ; vous ne savez pas tout ce qu'il y a

en elles d'honnêteté, de douceur, de politesse, d'amour du travail, de vertus chrétiennes en un mot; non, elles ne font pas tache clans cette terre d'Anjou sur laquelle il a plu à Dieu de semer d'une main si bienfaisante et si libérale toutes les qualités de l'esprit et du cœur, tous les trésors de la nature et de la grâce, tout ce qui fait les grandes races et les grands peuples.

Et cependant, Messieurs, il y a un proverbe qui dit qu'il n'y a jamais de fumée sans feu. Si telle est l'opinion, fort exagérée sans doute, que plusieurs se forment sur le caractère du pays où nous avons la bonne fortune de nous rencontrer aujourd'hui, il faut bien qu'il y ait quelque fondement à ce préjugé trop général pour n'avoir aucune raison d'être. Eh bien, quand je cherche ce qui a pu donner lieu à des appréciations de cette nature, je trouve qu'elles reposent sur l'observation plus ou moins précise de deux défauts qui, à première vue, sembleraient devoir s'exclure, mais qui, au fond, se concilient fort bien : la crédulité et la défiance. Les habitants du Baugeois sont à la fois trop crédules et trop défiants : ôtez ce trop, qui est deux fois de trop, et ils seraient parfaits.

Et d'abord la crédulité, c'est-à-dire cette extrême facilité à croire tout ce qu'on entend dire autour de soi et à placer sa confiance dans ceux qui ne la méritent pas. Si telle n'était pas la tendance trop commune aux habitants de ce pays, est-ce que l'on aurait vu s'y accréditer depuis dix ans, plus peut-être que partout ailleurs, ces bruits si absurdes sur le retour de la dîme, de la corvée, des abus de l'ancien régime, sur toutes ces vieilleries surannées auxquelles personne ne pense plus ? Est-ce que l'on aurait vu des hommes dépourvus de tout mérite, de toute valeur intellectuelle, arriver par le suffrage de leurs concitoyens à des postes et à des fonctions auxquels ne les appelaient ni leurs qualités ni leurs antécédents? Est-ce que l'on aurait vu se former avec tant de facilité des légendes ridicules autour de tel ou tel nom inconnu la veille, comme s'il s'était agi d'hommes providentiels, de sauveurs de la patrie, alors qu'il était avéré pour tout esprit sérieux que ces prétendus sauveurs de la patrie n'avaient jamais sauvé personne ? Tous ces phénomènes sont autant d'indices d'une extrême crédulité et dénotent des populations qui, sans défense pour

la vérité et sans force contre Terreur, semblent à la merci du premier venu qui troublera leur esprit en flattant leurs passions.

Et, ce qui n'est ni moins surprenant ni moins dangereux, c'est que cette crédulité qui ne semble plus connaître de limites, a pour compagne une défiance non moins grande à l'égard des vrais soutiens, des vrais défenseurs de l'intérêt populaire. Défiance à l'égard de ces grandes, de ces nobles familles qui vivant de père en fils au milieu des populations, emploient leur fortune à bâtir des écoles, des églises, des collèges, des hospices, et ne signalent leur présence que par des bienfaits. Défiance à l'égard du clergé qui, en raison même de ses fonctions, est le corps le plus désintéressé des choses d'icibas, celui de tous qui, par ses lumières et ses vertus, est le plus digne et le plus capable de donner de sages conseils dans les affaires de la vie publique ou privée. Car quoi qu'en puissent dire ses adversaires, étranger à toute idée de domination terrestre, le clergé ne demande qu'une chose, la liberté de faire le bien, la liberté de se dévouer pour tous, la liberté d'élever la jeunesse dans la crainte de Dieu et dans

le respect de sa loi, la liberté d'enseigner à ceux qui en ont souci, leurs devoirs, leur vocation divine, leurs destinées éternelles. Est-il une classe d'hommes qui méritent plus de confiance? N'importe! Ces guides, ces conseillers naturels, on les écarte, on se défie d'eux; et quand arrive un homme étranger au pays, tombé on ne sait d'où, ayant été on ne sait quoi, venu là on ne sait comment, c'est lui que l'on écoute, que l'on suit, que l'on acclame ! Est-ce que ce n'est pas là une anomalie dont aucun pays ne saurait tirer ni son honneur ni son profit.

Eh bien, Messieurs, où trouver un remède à ces deux défauts également graves, à cette extrême crédulité, d'une part, et à cette défiance encore moins justifiée de l'autre? Je n'hésite pas à le dire, dans l'instruction, dans une instruction forte et solide, telle qu'on la reçoit au collège Saint-Joseph de Baugé. Oui, j'ai toujours pensé que les doctrines malsaines pénètrent dans le peuple par la porte de l'ignorance. Car enfin, si une instruction saine et forte communiquait à nos cultivateurs et à nos commerçants quelques habitudes de réflexion, est-ce qu'ils ne toucheraient pas du doigt le creux et le vide de ces

théories du jour qui ne tiennent pas contre une raison d'enfant ? Est-ce qu'avec une connaissance sérieuse de l'histoire ils ne sauraient pas que l'athéisme dont les Francs-Maçons et les sectateurs de la ligue de l'enseignement favorisent les progrès à leur insu ou de propos délibéré, n'a fait de halte nulle part sans y laisser après lui la dégradation des mœurs, l'avilissement des caractères, le mépris de l'homme, le dégoût de la vie, toutes les brutalités de la convoitise et toutes les ignominies de la servitude? Au lieu de ne connaître l'Église que par quelques contes ridicules qu'ils lisent dans les journaux d'un certain parti, est-ce qu'ils ne rendraient pas justice à cette grande puissance qui, plus qu'aucune autre force sociale, a contribué depuis dixhuit siècles à émanciper les peuples en transformant l'esclave en serf, le serf en propriétaire, et le propriétaire en cet homme libre que nous sommes tous aujourd'hui ? Est-ce qu'avec le progrès de l'intelligence et du sentiment moral ils ne comprendraient pas que la religion est la sauvegarde de leur dignité personnelle, l'honneur et la sécurité de leur foyer domestique ? Toutes ces choses que l'ignorance et les préjugés obscur-

cissent ou méconnaissent, une instruction plus sérieuse les remet clans leur vrai jour et permet de les apprécier à leur juste valeur.

Donc, guerre à l'ignorance ; nous n'avons peur que d'elle, dans le pays de Baugé plus encore que dans tout autre. Voilà pourquoi nous attachons tant d'importance à ce collège Saint-Joseph destiné à devenir pour toute la contrée un vaste foyer de lumières et d'instruction. Oui, chers élèves, sous la direction de votre excellent supérieur et de vos dignes maîtres, vous deviendrez pour la ville de Baugé et pour vos paroisses respectives , non seulement les soutiens de la religion, mais encore les défenseurs du bon sens et de la raison publique. Par les connaissances que vous aurez acquises à si bonne école, par la sûreté et la rectitude de votre jugement, vous élèverez autour de vous le niveau de l'intelligence. Au lieu de donner votre confiance à ceux qui n'en sont pas dignes, vous chercherez votre point d'appui naturel dans le talent, dans les mérites acquis, dans les services rendus, et pardessus tout dans l'autorité de l'Église. Grâce à vous, le pays de Baugé ne le cédera plus à aucun autre pour la fermeté de l'esprit et pour la force

de caractère ; et lorsqu'on voudra remonter plus tard aux sources d'un tel progrès, on y trouvera cette grande et belle institution comme une école de science et de vertu, qui aura mérité avec la reconnaissance des familles, le patronage de l'Église et les bénédictions de Dieu.

DISCOURS

SUR

prononcé à la Distribution des Prix des écoles libres de Saint-Laud et de Saint-Serge

Messieurs, chers Enfants,

En fondant, il y a quelques années, les écoles libres de Saint-Laud et de Saint-Serge, nous n'étions animés d'aucun sentiment d'hostilité ni même de rivalité à l'égard d'autres institutions déjà existantes. Les seuls besoins de l'enseignement primaire nous avaient inspirés dans cette double création. A cette époque-là, en effet, l'importante paroisse de Saint-Laud ne comptait sur

son territoire aucune école de garçons ; et quant à la paroisse de Saint-Serge, un grand nombre de familles se trouvaient trop éloignées de l'école communale des frères établie sur Notre-Dame, pour pouvoir commodément y envoyer leurs enfants. Il y avait donc là des lacunes à combler et des intérêts à servir. Nous nous sommes mis à ljoeuvre, avec le concours de généreux bienfaiteurs ; et le succès si prompt et si éclatant de ces deux fondations est venu nous prouver que nous avions répondu aux vœux de la population angevine.

La semaine que nous venons de traverser, a été fertile en discours. Les distributions de prix offrent à chacun une occasion toute naturelle de dire ce qu'il pense sur cette grande chose qu'on appelle l'éducation ; j'aurais mauvaise grâce à m'en plaindre, puisque moi-même j'use amplement de la permission. Or, ce qui m'a tout particulièrement frappé, cette année, dans un certain nombre de discours, qui paraissaient tous conçus sur le même plan, c'est l'admiration des orateurs pour les œuvres du parti auquel ils appartiennent, et leur dédain non moins profond pour tout ce qui s'était fait avant eux. Telle me

semble avoir été la note dominante dans ce concert de harangues officielles qu'on a pu entendre depuis les grandes écoles de Paris jusqu'à nos modestes écoles primaires. Je ne crois pas que jamais la médiocrité ait eu pour compagne une pareille infatuation de soi-même. Dans le temps, nous trouvions déjà passablement risquée l'opinion de ceux qui prétendaient que la France avait commencé d'être en 1789. C'est bien autre chose de nos jours où l'on veut bien nous apprendre que, pour parler juste, les vrais commencements de notre pays, sinon la création du monde luimême, doivent être reportés au 4 septembre 1870 ; et encore n'est-il pas bien sûr que la véritable histoire de France ait plus de deux années de date. En tous cas, ce malheureux pays était auparavant plongé dans d'épaisses ténèbres , tandis qu'à l'heure présente, des astres bienfaisants l'inondent de leurs lumières. Partant de ce fait d'expérience l'un vous dira « que l'Université, car elle a sa part dans ces nouvelles découvertes, n'était hier encore qu'une bureaucratie : » avec lui seulement, elle va connaître une dignité et des lumières que n'avaient pas soupçonnées les Fontanes, les Royer-Collard, les

Cousin, les Villemain, les Salvandy, les Saint- Marc-Girardin : morte ou à peu près, elle va renaître des cendres du vers latin. L'autre vous parlera de « l'élévation sans cesse croissante du niveau des examens et des concours : » et cela au lendemain du jour où le doyen de la Faculté de Droit de Paris s'écriait mélancoliquement : « Jamais encore la Faculté n'a connu pareille misère. » Un troisième, pour passer des grands aux petits, voulant faire à sa façon l'historique de l'armée française, vous racontera, sans sourciller, que le vrai patriotisme est né avec les volontaires de 1792; des quatorze siècles qui avaient précédé et pendant lesquels la France était devenue la première nation militaire du monde, ce plaisant érudit ne sait rien, sinon que tout y était à peu près crimes, désordres et abus. Un quatrième, celui-là plus naïf et par suite plus excusable, affirmera , la larme à l'œil, qu'avant le régime auquel il doit sa gloire il n'y avait pas en France d'instruction primaire, ou peu s'en faut. Ne le pressez pas trop, il finirait par vous dire que le 4 septembre 1870 on a inventé l'alphabet et la table de Pythagore. Sur toute la ligne, c'est le même panégyrique du temps

actuel, variant selon la voix et les moyens de chacun ; ce sont les mêmes diatribes contre tout ce qui est antérieur aux dix dernières années de notre histoire.

Vous venez de rire, Messieurs, de ces prétentions qui, par leur emphase, sont en effet de nature a exciter la gaieté ; mais vous me permettrez de ne pas partager votre sentiment. Un tel langage me paraît, au contraire, donner lieu à de graves et tristes réflexions. Quand une nation, ou du moins ceux qui sont censé la représenter de haut en bas, ne sont occupés qu'à dénigrer et à rabaisser les hommes et les institutions du passé, croyant sans doute par là se grandir eux-mêmes et leurs œuvres, on ne saurait que trembler pour l'avenir d'un pays où de telles insultes à ses gloires et à ses grandeurs séculaires peuvent se produire sans soulever partout un long cri d'indignation. Que dirait-on d'une famille où les enfants s'accoutumeraient à ne plus prononcer le nom de leurs pères sans le couvrir de ridicule ou de mépris? on dirait d'une telle famille qu'elle est bien près de sa ruine.

Ce n'est pas dans ce détestable esprit, mes chers frères, que vous enseignerez à vos enfants

l'histoire de ce noble pays. Tout en leur apprenant à rendre aux hommes de notre temps la justice qu'ils méritent, vous leur rappellerez que la marque des esprits infirmes, c'est de renfermer le drame de l'histoire dans un petit cercle d'années, et de ne rien voir en dehors de cet horizon étroit. Un pareil dédain du passé n'est propre qu'à nourrir l'orgueil, c'est-à-dire la moins excusable et la plus stérile de toutes les passions. Non, la France, dans ce qu'elle a de grand et de beau, ne date pas de nos jours : par delà ce court espace de temps, elle a vécu de longs siècles, forte et glorieuse ; et si elle a trop souvent semé sa route de sang et de larmes, l'on trouve aussi à chacune de ses étapes des lumières et des vertus. Tous, nous devons au passé la meilleure partie de nous-mêmes : nous lui devons notre langue, notre génie, notre supériorité intellectuelle, nos mœurs et nos croyances, ce qui a marqué notre place dans l'histoire et notre rang sur la scène du monde. Quels que puissent être nos mérites propres, nous vivons du travail des générations qui nous ont précédés , et c'est leur héritage qui fructifie dans nos mains. A elles l'honneur d'avoir creusé péniblement les sillons où nous jetons à notre

tour la semence de l'avenir. Car il n'est pas de découverte moderne qui n'ait été préparée par de longues et de patientes recherches ; pas de progrès dont les sueurs de nos pères n'aient fécondé le germe ; pas d'institution ni d'œuvre puissante qui ne plonge ses racines dans le sol de la tradition; et chaque fois qu'un siècle se lève à l'horizon de l'histoire, ce sont les lumières des âges précédents qui viennent former au-dessus de son berceau l'étoile destinée à éclairer sa marche.

Voilà, mes chers frères, l'esprit clans lequel vous enseignerez à vos enfants l'histoire de votre pays : esprit de justice et d'impartialité. Vous leur apprendrez qu'on diminue notre patrimoine national chaque fois que l'on met au compte de nos ancêtres une vertu de moins ou une faiblesse de trop. Ils aimeront d'autant mieux leur patrie, ils auront d'autant plus de confiance dans ses destinées futures, qu'elle leur apparaîtra plus grande et plus digne de respect dans tout l'ensemble de sa durée. Surtout, gardez-vous bien de leur inspirer un sot orgueil, en ne cessant de leur répéter, comme on le fait trop souvent de nos jours, qu'ils sont meilleurs et plus intruits que leurs pères : plus instruits, c'est possible, et

encore n'est-ce pas bien sûr ; meilleurs et plus vertueux , qui oserait le dire sérieusement ? N'imitez pas ces orateurs qui, s'adressant aux enfants de nos écoles primaires, s'imaginent avoir devant eux autant de Lincoln et de Johnson en herbe, c'est-à-dire autant de futurs présidents de république. S'il n'était risible, ce langage serait presque cruel, quand on réfléchit à la carrière rude et laborieuse qui attend la plupart d'entre eux. Pour vous, mes chers enfants, il s'agit de devenir de bons ouvriers, d'honnêtes artisans, ce qui est on ne peut plus honorable, de faire provision pour tout le cours de la vie et dès vos jeunes années, de modestie, d'obéissance à vos parents et à vos maîtres, d'application au travail, de courage, de résignation, de force contre les épreuves et les difficultés de la vie, et, ce qui soutient tout le reste, de foi religieuse et chrétienne. Si au lieu de vous maintenir dans les traditions de vos familles, et de vous faire aimer la condition où Dieu s'est plu à vous faire naître, l'école devait avoir pour résultat de vous inspirer de folles et dangereuses visées, elle deviendrait bientôt la plus funeste de toutes les institutions. C'est ce que ne devraient pas oublier

DANS L'APPRECIATION DE L'HISTOiRE. 65

ceux qui, s'adressant à l'enfance dans des solennités comme celle-ci, n'osent même plus prononcer le nom de Dieu, comme si ce nom sacré ne devait pas monter aux lèvres de quiconque veut parler d'éducation.

Il est vrai que dans un langage dont l'hostilité ne connaît plus de réserve, et que nous avons le droit d'appeler une calomnie, l'un ou l'autre s'est permis de dire que l'éducation donnée dans les institutions ecclésiastiques « considère la raison comme une faculté pernicieuse, et son emploi comme un libertinage de l'esprit. » La raison une faculté pernicieuse, dans un enseignement qui fait de la raison humaine un reflet et une image de la raison divine ! L'emploi de la raison un libertinage de l'esprit dans une religion qui a produit les Augustin, les Thomas d'Aquin, les Bossuet, les Fénelon, sans compter toute cette pléiade de penseurs et d'esprits d'élite qui ont plus et mieux raisonné que personne ! Parler ainsi, c'est tenir le langage de la déraison. Mais laissons là ce rêve d'un esprit troublé... Vous cultiverez la raison de ces enfants, mes chers frères ; vous la cultiverez en l'éclairant des lumières de la science, en la soutenant par la

divine autorité de la foi, et par là vous l'empêcherez de s'égarer dans les voies de l'erreur et du mensonge. Vous leur rappellerez ce que disait hier encore le Souverain Pontife, en déclarant saint Thomas d'Aquin le patron de toutes les écoles catholiques, que « suivre et pratiquer la foi chrétienne, ce n'est pas un asservissement bas et humiliant de la raison, mais une noble obéissance qui soutient et qui élève l'esprit, que la raison et la foi viennent l'une et l'autre de Dieu, pour se prêter de mutuels services dans un accord parfait (1). » Hommes de foi, vos élèves deviendront par là même des hommes de raison ferme et droite, inaccessibles au sophisme, ne se laissant pas duper par les mots, ne prenant pas l'oppression et la servitude pour la liberté, ni les mesures d'exception pour l'égalité, ne confondant même pas ceux qui ouvrent les portes avec ceux qui les enfoncent, et par-dessus tout, se refusant absolument à croire que le monde ne date que de dix ans. L'Église n'aura pas d'enfants plus fidèles , ni la patrie de meilleurs citoyens.

(1) Bref pontifical du i août 1880.

DISCOURS

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