‹ Œuvres de Mgr. Freppel (volume 3)Chapitre 19 sur 64 · LE CARDINAL REGNIER · texte numérisé non relu

LE CARDINAL REGNIER

Fàme du vénéré défunt ; et c'est à cette fin que nous nous proposons de célébrer un service funèbre dans notre église cathédrale, le samedi 15 janvier à 10 heures du matin : Mementote prœpositorum vestrorum qui vobis locuti sunt verbum Dei (1).

(l)Ep. aux Hébreux, XIII, 7.

LETTRE PASTORALE

NOS TRÈS CHERS FRÈRES

L'instruction est une des choses que notre siècle apprécie davantage et recherche avec le plus d'ardeur. Prêtez l'oreille aux discours que l'on tient dans les réunions populaires comme au sein des assemblées politiques, vous n'entendrez parler que d'écoles à ouvrir, de lumières à répandre et à développer. Partout l'on célèbre avec enthousiasme les bienfaits de la science, les

ressources qu'elle procure aux individus et les avantages qui en résultent pour la société. Nul effort ne coûte, aucun sacrifice ne paraît excessif, du moment qu'il s'agit de favoriser le progrès des études par de nouvelles institutions. C'est à qui élargira le cadre de l'enseignement, pour y faire entrer le plus de matières, depuis l'humble école de village jusqu'aux établissements dont s'honore la capitale. Certes, à ne l'envisager qu'en lui-même, et par rapport au but où il devrait tendre, nous ne pourrions qu'applaudir à ce mouvement trop général pour n'avoir pas sa raison d'être dans les besoins de l'époque. Car l'intelligence est de tous les dons naturels le plus élevé ; et rien de ce qui peut contribuer à sa force et à sa grandeur ne saurait nous trouver indifférent. N'est-ce pas d'ailleurs l'Église catholique qui, dès son origine, a donné le signal de la lutte contre l'ignorance et la barbarie ? N'est-ce pas elle qui, après avoir sauvé du naufrage les chefs-d'œuvre de l'antiquité, a fait descendre dans le peuple des connaissances restées jusqu'alors le privilège de quelques esprits d'élite ? Les premières écoles fondées en Europe, les Universités les plus florissantes du

monde ne sont-elles pas dues au zèle et à l'activité des Papes et des Évêques ? Tout ce que Ton a entrepris depuis lors n'est qu'une imitation du plan conçu et réalisé par l'Église; et ceux-là même qui voudraient le moins céder à son influence, se bornent le plus souvent à lui emprunter ce qui semble faire le principal mérite de leurs propres conceptions.

Rien n'est donc plus conforme à la doctrine et aux traditions de l'Église, que de propager l'instruction dans toutes les classes de la société ; et nous ne ferions aucune difficulté d'approuver sans réserve de pareils efforts, si l'on mesurait les différentes branches de l'enseignement à leur degré d'importance, pour assigner à chacune la place qui lui revient. Mais, par suite d'un renversement d'idées que l'on a peine à s'expliquer, il n'est pas rare, dans les plans d'éducation modernes, de voir reléguer au dernier rang ce qui devrait occuper le premier. Nous voulons dire l'instruction religieuse. Autant l'on affecte de faire la part grande et large à toutes les autres connaissances, même aux plus indifférentes et aux moins utiles, autant l'on cherche à restreindre l'étude de la religion ; et il semble que,

pour plusieurs, le temps consacré à cette étude capitale soit un temps perdu. Vous devez comprendre, Nos très chers Frères, à quel point notre sollicitude pastorale est éveillée par de pareilles tendances ; car, de l'instruction religieuse, reçue dès le bas âge, affermie avec le temps, fortifiée par le progrès de la raison, dépend, pour l'homme, la direction de sa vie tout entière, l'intelligence de ses devoirs, la fidélité à sa vocation divine, l'accomplissement de sa destinée en ce monde et dans l'autre. L'ignorance en pareille matière serait aussi coupable que funeste. Voilà pourquoi nous regardons comme un devoir, dans les circonstances présentes, d'insister auprès de vous sur l'importance et la nécessité de l'instruction religieuse. Aucun autre sujet ne saurait être mieux approprié à ce saint temps de Carême, où l'Église vous réunit plusieurs fois par semaine autour de la chaire de vérité, pour faire pénétrer dans vos âmes les enseignements de la foi.

Que l'instruction religieuse doive occuper la première place dans l'enseignement, c'est ce qui ressort de son objet même. Car l'homme étant une créature de Dieu, il lui importe avant tout de connaître les rapports qui existent entre

son Créateur et lui. Qu'est-ce que Dieu a fait pour l'homme ? Qu'est-ce que l'homme doit à Dieu ? Tout s'efface devant cette double question dans laquelle se résume toute la religion. Quiconque ignorerait absolument ces vérités, à la fois les plus hautes et les plus nécessaires, mériterait à peine le nom d'être raisonnable. Car le sentiment religieux est le trait propre et distinctif de la nature humaine; c'est par ce privilège, le moins discutable de tous, qu'elle se sépare du reste de la création terrestre, à tel point que l'un des philosophes les plus profonds de l'antiquité, Aristote, voulant définir l'homme par ce qui domine en lui, n'hésitait pas à l'appeler « un animal religieux. » D'où il suit que, dans l'ordre de nos connaissances, celle de nos rapports avec Dieu, ou la connaissance des dogmes et des préceptes de la religion doit précéder toutes les autres, de même que, dans notre nature raisonnable, le sentiment religieux est tout ce qu'il y a de plus intime et de plus vital. Sans elle, il n'y a pas de savoir qui puisse échapper au reproche d'ignorance ; avec elle, l'homme le moins instruit d'ailleurs participe aux lumières de l'éternelle vérité.

Pourquoi faut-il, Nos très chers Frères, que

des principes si évidents par eux-mêmes soient trop souvent méconnus de nos jours? Car rien n'est moins rare que de rencontrer des hommes possédant sur d'autres points des connaissances variées, mais auxquels l'instruction religieuse fait complètement défaut. Soit manque d'assiduité aux leçons du premier âge, soit négligence à entretenir et à développer les lumières acquises, ils en arrivent, sur cette grave matière, à un degré d'insuffisance vraiment humiliante pour la dignité de l'âme humaine. Aux questions qu'ils posent, aux réponses qu'on obtient d'eux, on s'aperçoit aisément que la doctrine religieuse n'est plus dans leur esprit qu'à l'état de lointain souvenir; ils ne possèdent là-dessus que des notions vagues et incomplètes, ne sachant trop que penser sur ce qu'il importe le plus à l'homme de connaître : son origine, sa vocation, ses fins dernières. Ne sont-ce pas là, en effet, les vérités les plus dignes d'occuper notre attention par leur excellence et leur sublimité? Mériterait-il bien le titre de savant, celui qui négligerait des connaissances si élevées pour absorber toute son intelligence dans les réalités d'un ordre inférieur? Il est utile, assurément pour les besoins

et les nécessités de la vie présente, d'étudier la matière, ses forces et ses lois ; mais au-dessus de ce domaine livré aux recherches de l'esprit humain, il y a Dieu, sa providence, les vérités qu'il nous a révélées dans les saintes Écritures, ses rapports avec l'humanité parla médiation du Verbe fait chair, les devoirs que nous imposent les hautes destinées auxquelles il nous convie, toute cette merveilleuse économie de la grâce, de l'Incarnation et de la Rédemption, auprès de laquelle le cours des choses purement humaines n'a qu'une importance secondaire. Ignorer cette grande doctrine, ou n'avoir qu'une légère teinture des vérités qu'elle comprend, c'est rapetisser l'intelligence et la priver des lumières qui devraient en éclairer les sommets.

Aussi, nous n'hésitons pas à le dire, Nos très chers Frères, à l'ignorance en matière de religion, dût-elle être accompagnée par ailleurs du savoir le plus étendu, nous préférerions de beaucoup l'instruction religieuse, alors même qu'il ne viendrait s'y ajouter aucune autre de ces connaissances qui forment la matière de l'enseignement. Car nous trouverions d'un côté la science essentielle qui manquerait de l'autre.

On est trop porté de nos jours à exagérer, au détriment de nos pères, la supériorité intellectuelle de leurs enfants. Sans doute, parmi les générations qui ont précédé la nôtre , l'on s'appliquait moins à apprendre beaucoup de choses qu'à bien savoir ce que l'on apprenait. Mais il n'était permis à personne d'ignorer les dogmes de la religion ; et cette science fondamentale, que chacun s'efforçait d'acquérir et de conserver, donnait aux esprits une rectitude et un sérieux que l'on ne retrouve pas toujours au même degré chez nos contemporains. Tous, nous avons pu connaître de ces chrétiens de l'ancienne marque, moins avancés peut-être en histoire et en géographie que leurs petits-fils, mais rachetant par une raison ferme et droite le manque de littérature ou d'érudition. C'est l'instruction religieuse qui, à défaut d'autres secours intellectuels, développait en eux ce sens du juste et du vrai, par les lumières dont la parole de Dieu éclairait leur conscience. Appuyés sur les principes de la foi, on ne les voyait pas flotter à tout vent de doctrine, et sacrifier aux opinions du lendemain les convictions de la veille. L'erreur et le mensonge, auxquels on cède si

facilement autour de nous, n'avaient que peu de prise sur leur esprit fortifié par les leçons du christianisme contre les attaques de l'incrédulité. A la clarté de ce flambeau céleste, ils savaient se gouverner au milieu des difficultés de ce monde et diriger leur vie vers la fin suprême où doivent tendre tous les efforts de l'homme.

Car l'importance et là nécessité de l'instruction religieuse ressortent de sa fin, non moins que de son objet. S'il est utile à l'homme d'acquérir certaines connaissances profitables aux intérêts de sa vie terrestre, ne serait-ce pas de sa part une inconséquence et une folie de négliger la science souveraine qui devra le préparer à ses éternelles destinées? Or c'est la religion qui, joignant aux lumières de la raison celles de la révélation divine, nous apprend avec une autorité infaillible par quels moyens nous devons arriver à nos fins dernières. Vérité et justice, croyances et vertus, préservatifs pour le bien, remèdes contre le mal, secours spirituels, sources de grâce et de salut, la religion met l'homme en face de ce merveilleux ensemble de doctrines et d'institutions où il trouve autant de clartés pour

son intelligence que d'énergies pour son cœur et pour sa volonté. En vain se flatterait-on de pouvoir se passer de cet enseignement indispensable, et, sans le secours de la religion, de rendre l'homme meilleur par cela seul qu'on lui aurait appris, selon la formule du moment, à lire, à écrire et à compter. Étrange aberration, contre laquelle protestent non seulement les hommes de foi, mais ceux-là même qui sont le plus éloignés de nos croyances, pourvu, toutefois, que la passion irréligieuse n'ait pas troublé leur esprit. Écoutez l'un d'entre eux, et non des moins célèbres :

« La confiance dans les effets moralisateurs de la culture intellectuelle, que les faits contredisent catégoriquement, est du reste absurde en elle-même. Quel rapport peut-il y avoir entre apprendre que certains groupes de signes représentent des mots, et acquérir un sentiment plus élevé du devoir? Comment la facilité à former couramment des signes représentant les sons pourrait-elle fortifier la volonté de bien faire? Comment la connaissance de la table de multipjication ou la pratique des divisions, peuvent-elles développer les sentiments de sympathie au point

de réprimer la tendance à nuire au prochain? Comment les dictées d'orthographe et l'analyse grammaticale pourront-elles développer le sentiment de la justice, ou des accumulations de renseignements géographiques accroître le respect de la vérité ? Il n'y a guère plus de relations entre ces causes et ces effets qu'avec la gymnastique qui exerce les mains et fortifie les jambes. La foi aux livres de classe et à la lecture est une des superstitions de notre époque (1). »

Nous ne serons pas aussi sévère que le philosophe anglais pour des exercices et des procédés dont l'avantage nous paraît incontestable, à la condition, toutefois, que l'on n'y attache pas une vertu dont ils sont totalement dépourvus ; que, parmi les livres de classe le catéchisme continue à tenir le premier rang, et que la lecture de l'Évangile précède ou domine toute autre application de l'intelligence. Car ce qu'il importe à l'homme de savoir avant tout, en vue de ses fins dernières, c'est qu'il a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu ; qu'il est placé sur colle

(1, Herbert Spencer, Préparation à la science sociale par la p$ychologie.

terre pour connaître Dieu, l'aimer, le servir, et mériter ainsi la vie éternelle ; que Jésus-Christ, le Fils du Dieu vivant, le Verbe incarné, le Médiateur unique entre le ciel et la terre, est venu en ce monde pour racheter par le sacrifice de la Croix l'humanité déchue et ouvrir devant elle une perspective illimitée de gloire et de bonheur; que l'Église, avec sa hiérarchie de pouvoirs et de fonctions, a été divinement établie pour continuer l'œuvre de la Rédemption à travers les siècles, par le moyen de la doctrine confiée à sa garde, et des sacrements dont elle est la dispensatrice; que les préceptes du Décalogue et ceux de l'Évangile sont la règle souveraine de nos mœurs ; et qu'enfin tout l'édifice des vertus chrétiennes, œuvre surnaturelle de la grâce et de la prière, est appuyé sur la foi, soutenu par l'espérance et couronné par la divine charité. Voilà, Nos très chers Frères, le fonds d'instruction que tout chrétien doit posséder dès la première enfance, sauf à le fortifier et à le développer dans tout le cours de sa vie.

Car si telle est l'importance et la nécessité de l'instruction religieuse, envisagée dans son objet et dans sa fin, il serait aussi déraisonnable

que funeste de la traiter comme une matière accessoire ou secondaire, au lieu d'y apporter le soin et l'application que mérite la première et la plus indispensable de toutes les sciences. Et c'est pourtant là ce que nous voyons pratiquer tous les jours contrairement aux maximes les plus élémentaires du bon sens et de la sagesse. S'agit-il des vérités de la foi? L'on se borne à une connaissance incomplète et superficielle, tandis que les choses de moindre valeur deviennent l'objet d'études approfondies. Aussi qu'arrive-t-il trop souvent? Comme ces plantes que la tempête arrache d'un sol où elles tenaient à peine, les convictions mal assises cèdent au premier choc de l'erreur ou de la passion ; il suffit d'une objection, si légère soit-elle, pour troubler un esprit dépourvu d'instruction solide ; et comme le sophisme trouve dans les mauvais instincts de l'homme une complicité toujours redoutable, il vient s'ajouter à l'ignorance une autre cause de faiblesse qui achève la défaite. Que de chutes s'expliquent par cette négligence à se pénétrer d'une doctrine qui, une fois devenue pour l'intelligence une lumière souveraine, armerait d'une force invincible le cœur et

la volonté de l'homme ! A une époque comme la nôtre, où l'impiété multiplie de toutes parts ses attaques contre la religion, il est devenu plus nécessaire que jamais d'avoir des idées justes et fermes sur les vérités qui font l'objet de notre foi. Et si, au témoignage de l'Apôtre saint Pierre, chaque fidèle doit pouvoir rendre compte de sa croyance à ceux-là même qui ne la partagent pas, cette obligation ne s'impose-t-elle pas avec une nouvelle force à mesure que l'incrédulité redouble d'efforts pour égarer les âmes (1)?

Voilà pourquoi, Nos très chers Frères, Nous venons insister auprès de vous sur la part prépondérante qui doit revenir à l'instruction religieuse dans les matières de l'enseignement. A vous , parents chrétiens, d'en poser la base avec les premiers soins de l'éducation domestique. Que le saint nom de Dieu passe de vos lèvres sur celles de vos enfants, à l'instant même où commencent à poindre en eux les premières lueurs de l'intelligence. Avec ce nom sacré, qui trouve si naturellement de l'écho dans leur cœur, vous y ferez entrer

(1) Ire Épitre de saint Pierre, m, 15.

l'idée du Père qui veilie sur eux du haut des deux, et à qui est due leur obéissance avec leur amour ; du Juge suprême, aux yeux de qui rien ne demeure caché, même les pensées les plus secrètes, les actions les moins connues des hommes. Ainsi se formera leur conscience, sous l'impression de plus en plus vive du divin Législateur, rémunérateur du bien et vengeur du mal. Pour joindre l'exemple au précepte, vous leur présenterez dans l'Enfant Jésus un modèle accompli de toutes les vertus particulières à leur âge ; et la Sainte Vierge, avec sa sollicitude et ses tendresses maternelles, viendra compléter pour eux ces leçons du jeune âge à la fois si familières et si hautes. Sans doute, leur raison naissante ne comprendra pas tout d'abord ce symbole de foi dans lequel se résument tous les mystères de la doctrine, ni ces commandements divins, règle invariable de la moralité humaine ; mais, à force de les répéter, ils graveront dans leur mémoire, et pour toujours, ces sublimes formules de la justice et de la vérité. Et ce qui achèvera de donner à de telles leçons une vertu et une efficacité incomparables, c'est qu'elles devront être en même temps une prière, une

élévation de l'âme vers Dieu. Première et touchante initiation de l'enfant à la doctrine chrétienne ! La vérité conservera sur lui d'autant plus d'empire qu'il l'aura reçue de la source même où il vient de puiser l'existence et la vie. Arrive le moment de fortifier et de compléter cette instruction religieuse commencée au sein de la famille. Car si les parents chrétiens sont tout naturellement les premiers catéchistes de leurs enfants, l'Église n'en réserve pas moins à ses ministres le soin de parfaire cet enseignement. Soit qu'ils trouvent, à l'école, des auxiliaires dévoués pour cette partie si importante de leur tâche, soit que l'absence de tout autre concours les oblige à redoubler de zèle et d'activité, la bonne tenue et l'organisation régulière des catéchismes méritent d'exciter au plus haut point leur sollicitude pastorale. Et c'est ici, Nos très chers Frères, que vient se placer pour vous une nouvelle et rigoureuse obligation, celle de veiller à ce que vos enfants ne négligent aucun de ces exercices si nécessaires pour les former à la vie chrétienne. Faites-vous un devoir de conscience de les y envoyer exactement, quels que soient le jour et l'heure assignés à ces leçons

indispensables. Les retenir chez vous, sous prétexte d'un travail quelconque, quand la religion les appelle à recevoir ses enseignements, ce serait compromettre leurs intérêts les plus sacrés. Moins votre autorité trouvera d'appui du côté où elle aurait le droit d'en espérer davantage, plus elle devra se faire sentir, pour suppléer à une coopération qui jusqu'à ce jour ne lui avait jamais manqué. Si ce manuel de l'enfance chrétienne qu'on appelle le catéchisme est banni d'ailleurs, c'est à la famille de le recueillir, pour lui donner une place plus grande qu'auparavant dans les habitudes du foyer domestique. Oui, n'hésitez pas à vous faire vousmêmes les répétiteurs d'un enseignement le plus élevé de tous. Quoi de plus touchant que ces familles chrétiennes, où il ne se passe guère de jour sans que le père ou la mère fassent réciter à leur enfant quelques versets du catéchisme, pour s'assurer de ses progrès dans la science sacrée et témoigner par là même l'intérêt qu'ils attachent à une instruction sans laquelle tout le reste n'aurait que peu de valeur ! Puisse une coutume si louable se généraliser dans notre religieux diocèse où, grâce à Dieu, l'on sait encore appré-

cier l'incomparable mérite d'une doctrine, qui, venant de Dieu lui-même, apprend à l'homme le premier et le dernier mot de toutes choses !

Mais, pour que cette participation de la famille à l'instruction religieuse des enfants obtienne tous ses fruits, ne faut-il pas, Nos très chers Frères, que les parents s'appliquent à développer en eux-mêmes un fonds de connaissances que l'on ne saurait entretenir avec trop de soin? Ce serait peu, en effet, d'avoir su mettre à profit les leçons du jeune âge, si, au lieu d'en garder fidèlement le souvenir, on laissait se dissiper, au milieu des affaires et des préoccupations de la vie, un trésor amassé avec tant de peine. Il en résulterait à la longue cette ignorance en matière de religion que nous n'hésitons pas à regarder comme l'une des plaies principales de notre époque. Ce serait donc une grande erreur de s'imaginer qu'avec l'enseignement du catéchisme cesse tout aussitôt l'obligation de s'instruire dans les vérités de la foi. Cette obligation subsiste tout le long de la vie, ne serait-ce que pour prévenir le danger d'une perversion toujours possible. De nos jours, où le goût de la lecture est plus répandu, il faut, à l'aide de

bons livres, nourrir la foi et la piété. Ainsi se conservent, par le soin qu'on met à les ranimer de temps à autre, des lumières trop tôt exposées à s'affaiblir et à se perdre. Plus utile encore que toute lecture est la parole vivante qui descend de la chaire de vérité. L'assistance régulière aux exercices de la prédication évangélique, voilà, Nos très chère Frères, le meilleur moyen d'avancer dans la connaissance de la religion ; et s'il y a tant d'hommes qui ont oublié les dogmes de la foi, c'est parce qu'ils négligent une source d'instruction qui leur serait si nécessaire. Ce zèle à venir entendre la parole de Dieu, nous serions heureux de le voir se réveiller en vous pendant le saint temps de Carême où l'Église va multiplier ses enseignements. Répondez à son appel avec un pieux empressement; profitez de ces conférences et de ces sermons qui vous seront donnés le jour du dimanche et plusieurs fois dans le cours de la semaine. Vous sortirez de là, mieux éclairés sur vos devoirs, avec des convictions fortifiées et raffermies. En pénétrant davantage dans votre esprit, la doctrine du salut remplira votre âme d'espérances et de consolations. Vous vous sentirez plus d'ardeur à prati-

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