‹ Œuvres de Mgr. Freppel (volume 3)Chapitre 43 sur 64 · DU COLLÈGE DE COMBRÉE · texte numérisé non relu

DU COLLÈGE DE COMBRÉE

Messieurs, giiers Élèves,

II y a quelques semaines, vous célébriez la cinquantaine du sacerdoce de vénérable M. Levoyer, ancien supérieur du collège de Gombrée. Par là, vous vous proposiez, sans aucun doute, d'honorer une carrière consacrée en grande partie au service de la jeunesse studieuse ; et quand le zèle joint au talent s'est déployé pendant de si longues années dans les fonctions austères et pénibles de l'enseignement, ce n'est que justice pour ceux qui

en ont ressenti le bienfait de savoir élever leur reconnaissance à la hauteur du mérite.

Mais si je ne me trompe, à ce témoignage de gratitude et de respect, se mêlait encore un autre sentiment dans cette fête de famille dont les échos sont arrivés jusqu'à moi. En venant y prendre part avec un empressement si cordial, les anciens élèves de Combrée ont voulu montrer leur attachement pour la maison où s'étaient écoulées les meilleures années de leur jeunesse. Et cet attachement si profond, si sincère, j'ose le revendiquer comme le trait distinctif et le propre caractère de nos collèges ecclésiastiques. Qui ne sait en effet ce qui se passe pour d'autres établissements, d'où l'on sort à la fin des études en se promettant bien de ne jamais y remettre les pieds ? Je lisais ces jours derniers dans les Souvenirs littéraires d'un académicien distingué, M. Maxime du Camp, les lignes suivantes qui contrastent singulièrement avec les impressions des anciens élèves de nos institutions :

« Le regret du temps du collège ne m'a jamais visité ; au contraire, cette époque de ma vie ne m'a laissé que des souvenirs lamentables, exécrables. Encore à l'heure qu'il est, je ne puis voir

passer une bande de lycéens sans être pris de tristesse, et lorsque, par hasard, je rêve que je suis rentré dans un des collèges où s'est révoltée mon enfance, je me réveille avec un battement de cœur et mouillé par les buées du cauchemar. »

Quelle différence entre de tels souvenirs et les vôtres! Faut-il s'en étonner? Pour s'attachera une maison d'éducation, pour y laisser quelque chose de son cœur et de son âme, il faut y avoir trouvé non pas un régime qui tienne à la fois de la caserne et de la prison, mais une seconde famille, prolongement de la première, mais une vraie paternité qui s'impose avec la double autorité de l'affection et du respect. Nos établissements ne sont pas des maisons de passage où l'on dresse sa tente le matin pour la lever le soir; où l'on voit, comme j'ai pu le voir à Angers, huit proviseurs se succéder dans l'espace de dix ans. Quel beau spectacle que celui de nos maisons de Combrée, de Mongazon, de Beaupréau, célébrant tour à tour le vingt-cinquième anniversaire, c'est-à-dire les noces d'argent de leurs supérieurs, blanchis dans l'exercice d'une même fonction et restés à ce poste de dévoue-

ment pendant plus d'un quart de siècle. C'est ainsi que se forment les grandes familles scolaires, où, malgré les hasards d'une dispersion inévitable, maîtres et élèves, tous se retrouvent au bout d'un certain temps unis dans une confraternité dont la religion est l'âme et le lien.

Je ne saurais trop encourager cet esprit de famille qui est pour nos maisons d'éducation un honneur et une force. Oui, que l'on se rallie, que l'on se groupe autour de ces foyers de science et de piété devenus comme autant de centres d'union pour notre société française si divisée, si désagrégée. Relier le présent au passé, pour assurer l'avenir, c'est la devise de tous ceux qui entreprennent des fondations durables. Le collège de Combrée réunit toutes ces conditions : il a pour lui l'attachement de ses anciens élèves qui se reportent avec joie vers cet asile béni de leur enfance ; il s'appuie sur la confiance des familles qui renouvellent d'année en année sa jeune population ; il n'a rien à redouter ni des hommes ni des événements : car il y a des Bastilles que les 14 juillet ne parviennent pas à détruire : ce sont les Bastilles de la science et de la religion.

DISCOURS

PRONONCE

A LA DISTRIBUTION DES PRIX

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