‹ Œuvres de Mgr. Freppel (volume 3)Chapitre 42 sur 64 · DU COLLÈGE DE BEAUPRÉAU · texte numérisé non relu

DU COLLÈGE DE BEAUPRÉAU

Messieurs, chers Élèves,

C'est pour moi un véritable bonheur de me retrouver au milieu de vous, et d'inaugurer par le collège de Beaupréau cette série de solennités scolaires dont le retour annuel fait ma joie et ma consolation. Il m'en a coûté, soyez-en sûrs, de n'avoir pu présider la fête du 5 juillet, par laquelle vous célébriez le vingt-cinquième anniversaire de la restauration d'un établissement redevenu pour la Vendée un foyer de lumières

et d'éducation chrétienne. Je m'en dédommage aujourd'hui, en venant vous témoigner toute l'affection que j'éprouve pour cette partie de mon diocèse si glorieuse dans le passé, si fidèle dans le présent, si pleine de promesses et d'espérances pour l'avenir.

Oui, j'aime la Vendée, parce qu'elle a montré au siècle dernier ce que peut un peuple , quand l'honneur et la foi , la fidélité et le dévouement s'unissent chez lui pour la défense des trois choses qui parlent le plus éloquemment au cœur de l'homme : le foyer domestique, la Religion et la Patrie.

J'aime la Vendée, parce que dans n'importe quel coin du monde, il n'est plus possible de prononcer son nom sans évoquer à l'instant même des figures de héros, les figures des Cathelineau, des Bonchamps, des d'Elbée , ces figures qui ont cela de particlier qu'aucun intérêt personnel, aucune récompense terrestre, aucune satisfaction de vanité ou d'amour-propre n'était venue les soutenir dans les haeards d'une lutte entreprise uniquement pour le triomphe du droit, de la justice et de la vérité.

J'aime la Vendée, parce que, après de si grands

exemples et de si hautes leçons , et malgré des défaillances partielles, elle a su rester elle-même, respectueuse de l'autorité, mais sachant allier au respect, ce qui, aujourd'hui, fait défaut presque partout, la fermeté et l'indépendance du caractère, ce souci de la dignité personnelle qui fait que l'on ne sait plier ni devant les exigences d'une loi injuste, ni devant les caprices d'un pouvoir sans règle et sans frein ; ce souci d'une dignité dans laquelle viennent se confondre la noblesse de l'homme , la conscience du citoyen , et par dessus tout, la grandeur du chrétien.

J'aime la Vendée, sa nature comme son histoire, — car pourquoi séparer ce que Dieu a uni dans d'admirables harmonies? — je l'aime avec son aspect grave, ses paysages sévères, ses sites variés, son sol entrecoupé, brisé par de profonds ravins, comme pour témoigner de la lutte de l'homme avec la nature qu'il lui a fallu assujettir et dompter. Si je n'y retrouve pas les bords enchanteurs de la Loire, les lignes douces et correctes, régulières ou mollement ondulées des coteaux de la Maine, il y a là quelque chose de solennel, de méditatif et d'austère, comme il sied à ce plateau historique,

à ce coin de terre devenu célèbre, où, hommes et choses, tout participe de la force et de l'énergie, où le laboureur arrose de ses sueurs le sillon de ses champs avec la même constance qu'il avait mise autrefois à y verser son sang pour soutenir et défendre la foi de ses pères.

Voilà pourquoi j'aime la Vendée, et je dis à cette jeunesse qui m'écoute : Ce sont là de beaux souvenirs et de grands exemples. Il faut à tout prix que la Vendée ne dégénère point ; et si les luttes de l'intelligence et de la parole ont succédé à des combats d'un autre genre, il faut que l'Église et la France retrouvent chez vous, dans ces luttes pacifiques , la fermeté de caractère, la noble indépendance, le courage et l'esprit de sacrifice qui ont fait l'honneur et la gloire de vos pères. C'est à vous, Messieurs les Professeurs, de former à la vie publique une génération d'hommes trempés aux sources de la foi, et qui, à l'exemple des Machabées, combattront de grand cœur et résolument : Corde magno et animo volenti. Vous revenez, Monsieur le Supérieur, de cette terre d'Orient, berceau de la religion chrétienne ; vous avez visité les lieux saints , d'où est sortie, avec la rédemption du genre

humain, toute lumière, toute force, toute civilisation. Jérusalem! Bethléem! Nazareth! quels noms et quels souvenirs ! Puissiez-vous avoir rapporté de votre pieux pèlerinage, pour les chers enfants confiés à vos soins, un rayon de cette flamme qui fait les apôtres, afin que le collège de Beaupréau continue à être pour la Vendée un vrai Cénacle d'où TEsprit de Dieu se répand au loin pour éclairer et fortifier les âmes!

DISCOURS

PRONONCE

A LÀ DISTRIBUTION DES PRIX

DU COLLÈGE MONGAZON

Messieurs, chers Élèves,

Le collège Mongazon continue à suivre d'année en année ses fortes traditions scientifiques et littéraires sous l'habile direction d'un supérieur rompu depuis longtemps à l'art si difficile de la pédagogie. Autour de nous, dans des établissements qui ne sont pas les nôtres, on fait des essais, on tâtonne, on remet pour la dixième fois en question toute l'économie de l'enseignement

secondaire. C'est ce qu'on appelle les réformes de 1880. Nous ne les avons pas acceptées, pas plus que nous n'avions admis, à une autre époque, le système delà bifurcation, de triste mémoire, ni toutes les innovations du même genre qui vivent communément ce que vivent les ministères, l'espace d'une année. Nous restons fidèles aux principes de la pédagogie française, tels qu'ils ont été formulés par les hommes auxquels notre pays a dû sa supériorité intellectuelle et morale. Ainsi que je le disais dans une autre enceinte, nous attribuons en grande partie l'affaiblissement des études à cette absence d'esprit de suite, à ce défaut de permanence et de fixité qui se manifeste par des remaniements perpétuels de programmes et de méthodes. Nous sommes de ceux qui pensent qu'il vaut encore mieux conserver une institution éprouvée par le temps, fût-elle même défectueuse par quelque endroit, que de la modifier sans cesse, au risque de remplacer les choses bonnes par d'autres qui le sont moins. Ce respect de la tradition, une grande nation, l'Angleterre, ne cesse de nous l'enseigner ; et Ton peut juger à l'heure présente si ce n'est pas à ce signe-là que l'on doit recon-

naître la vraie politique et la vraie science d'État.

Messieurs, en littérature comme en politique, c'est toujours chose délicate de déplacer les bornes établies par nos devanciers. La moindre déviation peut aboutir à de graves conséquences. Ainsi, pour ne toucher qu'à un seul point, il peut paraître de minime importance, du moins à première vue, de savoir dans quelle mesure proportionnelle le thème et la version doivent entrer, comme exercices littéraires, dans l'étude des langues. Eh bien, c'est là tout au contraire une question capitale; et si, pour ma part, je suis un adversaire déclaré des prétendues réformes ministérielles de 1880, c'est qu'elles reposent sur une conception absolument erronée, savoir qu'une langue s'apprend par la version plutôt que par le thème. C'est tout juste le contraire qui est le vrai. Le thème, voilà le pivot de l'enseignement des langues. Par la version, dont je me garde bien de médire, par la version qui consiste à traduire du latin ou du grec en français, vous vous exercez à écrire dans une langue qui vous est déjà connue ; mais si vous voulez apprendre à parler ou à écrire en grec, en

latin, en allemand ou en anglais, il faut vous astreindre à composer vous-mêmes dans ces différentes langues, à vous en approprier les mots, les phrases, les tournures, les règles; et c'est là l'objet du thème : objet d'effroi pour les écoliers paresseux qui aiment bien mieux la version parce qu'elle leur coûte moins de peine ; mais exercice nécessaire, indispensable pour quiconque veut apprendre les langues anciennes ou les langues étrangères. Sans le thème fréquent, écrit ou verbal, instantané ou réfléchi, peu importe la forme! Rollin le remarquait déjà, il n'y a pas d'étude des langues possible ; et si la version continuait à empiéter sur le thème, de manière à l'étouffer, ce que je crains fort depuis les réformes ministérielles de 1880, il en résulterait tout simplement ceci, c'est qu'au bout de quelques années, en dehors de nos établissements, un discours latin paraîtrait chose aussi étrange, aussi extraordinaire, aussi peu intelligible qu'une proclamation d'Arabi-Pacha.

Donc, des thèmes, Mes chers Enfants, encore des thèmes et toujours des thèmes. Laissez à d'autres cette illusion de croire qu'on apprend une langue sans chercher à l'écrire soi-même,

ce qui est l'objet propre du thème. Vous vous en trouverez bien lorsqu'il s'agira pour vous, de faire preuve, aux examens, d'une connaissance sérieuse des langues anciennes et des langues étrangères. Une fois de plus vous aurez compris le mérite de cette maxime : qu'il y a grand profit et grand honneur à savoir s'appliquer aux moindres choses : In tenui labor, at tennis non gloria.

DISCOURS

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A LA DISTRIBUTION DES PRIX

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