LE 5 JUILLET
Mes Frères,
Je m'étais bien promis de ne pas prendre la parole pendant mon séjour à Lourdes, et de me renfermer dans une admiration silencieuse et muette, afin de conserver à ma visite le caractère d'un pèlerinage purement personnel et privé. Mais comment me taire complètement sur les merveilles dont nous sommes ici témoins, et ne pas traduire du moins en deux mots l'impression qu'elles produisent sur mon àme subjuguée et ravie ?
Cette impression est celle du surnaturel venant s'affirmeç^en plein xix® siècle, en face du monde
entier, sous une forme la plus éclatante et la moins contestable de toutes. Ce siècle avait dit par la bouche de ses incrédules les plus fameux : Le surnaturel est impossible, le surnaturel n'existe pas ; nous n'avons à nous occuper que de ce que nous pouvons voir, sentir, toucher, palper; le reste est indifférent. Et voilà qu'il a suffi de quelques paroles répétées par une pauvre enfant, ne sachant même ni lire ni écrire, pour mettre en émoi l'univers entier, pour appeler les foules des quatre points cardinaux dans ce coin perdu des Pyrénées et les placer en face du plus étonnant des prodiges. Car c'est le fait de cette émotion, je devrais dire de cette commotion universelle, qui donne aux événements de Lourdes leur signification à part, leur caractère exceptionnel et unique. Lourdes, c'est la protestation de Dieu et de l'humanité chrétienne contre la grande hérésie de notre époque, qui est le naturalisme. Sans doute, c'est déjà une merveille que d'avoir fait sortir de terre, et en si peu de temps, ces temples magnifiques où l'on ne sait ce qu'il faut admirer davantage, de la grandeur et de l'unité du plan, de la correction des lignes, de la pureté des formes, de la grâce et de l'har-
monie des contours, depuis les nefs qui plongent dans les profondeurs du sol, jusqu'à cette flèche élégante et hardie qui semble vouloir porter jusqu'au ciel les hommages de la terre. Tout cela est, certes, de nature à faire réfléchir les plus prévenus ou les plus indifférents, surtout quand on mesure la distance qui sépare l'effet de la cause. Mais ce qui me frappe bien davantage, ce qui se dégage de ces grandes choses comme un fait moral d'une portée immense, c'est le monde entier venant prier à Lourdes, y proclamer sa foi en Dieu et dans le Christ Sauveur des hommes, sa confiance en la bienheureuse Vierge Marie, y faire appel à la puissance et à la bonté divines, et opposer à la grande erreur de notre temps la plus éloquente et la plus slpendide de toutes les manifestations. Voilà le miracle permanent de Lourdes, tel qu'il est venu se placer, indéniable et indiscutable, au milieu de l'histoire moderne. Je vous laisse sur cette pensée, mes très chers Frères. Mais si le surnaturel se manifeste à Lourdes avec un éclat incomparable, il faut que chaque pèlerin en ressente l'impression salutaire en fortifiant dans son âme la vie de la foi, la vie de la grâize, par la prière et par la réception des
divins sacrements. C'est ainsi que Ton se prépare à la vie de la gloire, qui doit être le terme de nos destinées. Car, quoi que nous fassions, mes très chers Frères, pour retenir cette figure du monde qui passe, tout nous fuit, tout nous échappe, tout glisse entre nos mains. Nos années s'écoulent comme ces flots du Gave qui passent sans cesse devant la Grotte de Massabielle. Seuls nos mérites et nos bonnes œuvres demeurent pour l'éternité bienheureuse qui en sera le couronnement. Ainsi soit-il ! »
A-ILiIjO OXJTION
PRONONCEE