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réaliser un projet dont l'exécution sera l'une des joies de mon épiscopat.
La multiplication des paroisses est recommandée aux Évêques par le saint Concile de Trente dans les termes les plus pressants. Il résulte en effet toute sorte d'avantages spirituels de ces centres d'enseignements, de ces foyers de vie religieuse et morale, répandus, en nombre suffisant, sur la surface d'une grande ville. Par là, les fidèles peuvent communiquer plus facilement avec les prêtres chargés du soin de leurs âmes. L'administration des sacrements, le ministère de la parole sainte, l'instruction religieuse des enfants, la visite des malades, le soulagement des pauvres, toutes ces choses, qui constituent la charge pastorale, se distribuent avec plus d'ordre et s'accomplissent avec plus de succès et d'efficacité.
C'est pourquoi il m'est bien doux d'avoir pu former, dans ma ville épiscopale, une nouvelle famille dont vous êtes les membres. Car une paroisse est véritablement une famille dans le sens le plus élevé du mot. Non, il ne suffit pas, M. T. C. F., que vous soyez rattachés les uns aux autres par des liens extérieurs, que vous vous
réunissiez dans un même lieu pour prier Dieu, que vous soyez placés sous une seule et même juridiction spirituelle. Ce qui constitue une paroisse, c'est encore, c'est surtout le lien moral, le lien des esprits qui est la foi, et le lien des cœurs qui s'appelle la charité. Comme les membres d'une famille, les fidèles d'une paroisse doivent s'entr'aimer, se soutenir réciproquement, prendre une part active à tout ce qui intéresse la communauté, et n'avoir, comme les premiers chrétiens, n'avoir, dis-je, « qu'un cœur et qu'une âme », cor unum et anima una (1). « Qu'il est bon, qu'il est doux, s'écriait David, d'habiter ensemble comme des frères », quam bonum, et quam jucundum, habitare fratres in unum (2) ! Qu'il est beau, qu'il est touchant le spectacle que présente une paroisse, où cet esprit de fraternité chrétienne prévient les divisions, dissipe les défiances, étouffe les haines et les rivalités; où, loin de porter envie à son voisin, chacun est heureux du bonheur d'autrui ; où les forts viennent au secours des faibles, où les
(1) Actes des Apôtres, IV, 32.
(2) Psaume CXXXII, L
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riches donnent leur superflu aux pauvres, où tous enfin sont unis entre eux par un échange mutuel de bons offices et une bienveillance réciproque.
Je prie Dieu qu'il en soit ainsi de cette paroisse, qui s'ouvre sous de si heureux auspices. Sans doute, M. T. C. F., nous ne pouvons vous offrir pour le monnent qu'une installation provisoire. Cet espace réduit, ces murs dénudés vous disent assez que nous ne sommes pas au bout de nos desseins ni de nos sacrifices. La demeure que nous ouvrons au Verbe incarné ne ressemble que trop à l'humble toit, sous lequel il lui a plu de prendre naissance au milieu des hommes. Mais ce n'est là qu'une pierre d'attente pour un avenir peu éloigné. Avec le secours de Dieu, nous élèverons sur un autre point, sur un point plus central de la paroisse, un édifice plus digne de la majesté divine et plus digne de vousmêmes. J'en ai pour garants tout d'abord votre esprit de foi et votre générosité. Car, pour une population chrétienne, il n'est rien de plus cher ni de plus précieux que son temple. Le temple est pour elle ce qu'est pour une famille le foyer domestique, la maison natale. C'est sa demeure
commune, son lieu de réunion, son point de ralliement, son centre d'unité, son lien d'association, le foyer de sa vie surnaturelle. C'est là, dans cette maison de Dieu, dans cette maison de la prière et du sacrifice, c'est là que s'accomplissent, aux yeux d'un chrétien, les plus grands actes de sa vie, que se passent les moments les plus solennels de son existence. Voilà pourquoi une paroisse ne doit avoir rien de plus à cœur que d'édifier cette maison unique qui est son plus bel ornement et son titre de gloire. Aussi je ne m'étonne pas que, voulant égaler leurs œuvres à leur foi, nos pères aient élevé au Verbe fait chair de superbes basiliques. Ils savaient, ces généreux chrétiens, que ce n'est pas à un homme, mais à Dieu, qu'ils préparaient une demeure : Neque enim hominiprœparatur habitatio, sed Deo (1).
L'esprit de foi saura susciter parmi vous des merveilles semblables. Et cependant, M. T. G. F., quelles que puissent être votre ardeur et votre bonne volonté, je dois reconnaître que vos propres ressources ne suffiraient pas à elles seules pour
(l) 1" Liv. des Paralip. XXIX, L
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une telle œuvre. Mais nous viendrons à votre aide. C'est mon diocèse tout entier que je me propose d'intéresser à vos besoins et à votre situation. Car, tout en plaçant cette paroisse sous le patronage traditionnel de sainte Madeleine, tout en lui conservant ce nom antique et vénérable, je voudrais néanmoins y attacher un souvenir d'un autre ordre. L'an dernier, j'eus le bonheur de consacrer mon diocèse au sacré Cœur de Jésus, pour remercier Dieu de l'avoir préservé des horreurs de l'invasion étrangère. Votre église future devra perpétuer le souvenir de cette consécration solennelle, et l'une de ses parties deviendra pour tout l'Anjou le centre et le foyer de cette dévotion, la plus. excellente de toutes. Voilà pourquoi tous seront appelés à contribuer à l'érection de ce monument commémoratif de leur consécration au Cœur adorable de Jésus. Mais, pour que l'élan soit universel, il faut qu'il parte de vous, et que vous précédiez de l'exemple vos frères dans la foi. Ils se montreront d'autant plus généreux, qu'ils vous auront vus vous-mêmes prêts à ne reculer devant aucun sacrifice personnel pour mener à bonne fin une entreprise si élevée. Les riches donneront
beaucoup; ceux qui sont moins favorisés des biens de la fortune donneront suivant leurs ressources ; tous y contribueront, je Tespère, dans la mesure de leurs moyens, afin que votre église devienne l'œuvre de la paroisse tout entière, son titre d'honneur aux yeux des hommes et son mérite devant Dieu.
Si, en attendant ce moment que j'appelle de tous mes vœux, il nous est impossible de vous offrir un lieu de réunion mieux approprié aux besoins du culte, j'ai du moins la satisfaction de vous confier à des mains aussi habiles que sûres. Il m'en coûte assurément de rompre les liens spirituels, qui vous attachaient jusqu'ici au vénérable pasteur dont vous avez appris à bénir le zèle et la bonté ; et je suis certain de me faire l'interprète de vous tous, en le remerciant aujourd'hui de la sollicitude toute paternelle avec laquelle il veillait aux intérêts de votre âme. Son nom restera cher à votre cœur, en même temps que sa charité, j'en suis sûr, continuera de s'exercer envers ceux qui furent ses enfants. Pour le remplacer auprès de vous, j'ai nommé un prêtre qui possède toute ma confiance, et que ses aptitudes comme ses vertus désignaient à
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mon choix. Vous venez de l'entendre, et les accents de sa voix émue ont dû vous faire sentir que vous aviez retrouvé un père. Après avoir fourni avec distinction une carrière civile (1), où il avait conquis, avec le signe de l'honneur, le droit d'aspirer à un avenir brillant selon le monde, il a mieux aimé consacrer au service des autels la deuxième moitié d'une vie déjà si féconde en bonnes œuvres. Aujourd'hui, il vient à vous, sur l'appel de son Évêque, pour mettre à votre service son temps, ses forces et les lumières d'une expérience rompue aux affaires et aux difficultés de la vie. Acueillez-le avec confiance et affection ; serrez-vous autour de lui comme autour d'un père ; soyez dociles à ses leçons dictées par l'intérêt qu'il vous porte ; allégez-lui, par votre concours sympathique, la tâche rude et pénible que je lui ai confiée ; ménagez à son cœur les consolations qu'un bon prêtre a le droit d'attendre de ses paroissiens, afin qu'un attachement réciproque maintienne l'harmonie et assure les conditions du véritable bonheur.
(1) M. l'abbé Christaud. chevalier de la Légion d'honneur, avant d'entrer dans les ordres sacrés, avait été directeur de la maison centrale des détenus, à Fontevrault.
Les temps où nous vivons sont mauvais, M. T. G. F. ; l'ennemi de tout bien ciierche à vous ravir ce que vous avez de plus précieux au monde, votre foi. Des hommes pervers sèment le mensonge et la calomnie à pleines mains. Rien ne trouve grâce devant eux. Tout ce qu'il y a de plus saint et de plus auguste sur la terre est en butte à leurs attaques. La religion, on voudrait vous la rendre odieuse, elle qui ne désire que votre félicité. Vos enfants, on n'épargne rien pour leur disputer ce qui doit être la sauvegarde de leur innocence et l'honneur de leur vie. Les classes ouvrières, on s'efforce de les égarer par de vaines déclamations et des promesses trompeuses. C'est une vaste conspiration contre tout ce qui est vrai, tout ce qui est bon, tout ce qui est juste et légitime. Pour vous, tenez ferme, M. T. G. F. ; soyez en garde contre les projets des méchants, fermez l'oreille à leurs discours, élevez vos enfants dans la crainte de Dieu et dans le respect de sa loi, maintenez au foyer de vos familles les bons principes, les mœurs simples et pures; restez fidèles à la religion de vos pères, à cette religion sainte qui a béni les jours de votre enfance, qui vous fortifie
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et VOUS console au milieu des épreuves de Tàge mûr, qui remplira d'espérance vos vieux jours et qui vous fait entrevoir dès maintenant un avenir meilleur, après les peines et les tribulations de la vie présente. C'est en son nom, c'est au nom de Jésus-Christ, notre Dieu et notre Sauveur, que je suis venu vous bénir aujourd'hui, vous, vos enfants, vos familles, cette paroisse naissante, le pasteur et le troupeau, les prêtres et les fidèles, afin que tous ensemble, après une vie pleine de mérites et de bonnes œuvres, nous puissions arriver à cette immortalité bienheureuse qui est le but de nos efforts et le terme de nos désirs. C'est la grâce que je vous souhaite. Ainsi soit-il.