ALLOCUTION AUX SÉMINARISTES
eu le bonheur de me voir entouré, comme aujourd'hui, de toute ma famille lévitique. Les occupations incessantes de mon ministère m'obligent à partager mon temps entre les communautés si nombreuses de mon diocèse et de ma ville épiscopale.
Et maintenant, que vous dirai-je de plus, en ce jour de la fête des apôtres saint Pierre et saint Paul, si ce n'est que leur exemple doit nous servir de règle dans la préparation et dans l'accomplissement de notre ministère? Comme eux, nous sommes appelés à l'apostolat de la foi et de la vérité. Voilà pourquoi leur fête est, en quelque sorte, la fête patronale du sacerdoce. C'est à leur école qu'il faut apprendre ce qui fait les grands cœurs et les grands caractères ; car c'est par là qu'ils ont brillé, et brillé d'un éclat incomparable.
Oui, il a été grand par le cœur, cet homme à la foi ardente et généreuse, que ne put arrêter la fureur de Néron, et qui s'estima trop heureux de sceller de son sang la vérité de son témoignage. Et cet autre athlète , qui partage avec Simon- Pierre la fonction et l'honneur de l'apostolat, quel cœur et quel caractère ! quel homme que
ce saint Paul, qui étonna le monde par l'intrépidité de son zèle, non moins que par la sublimité de sa doctrine! Et quel a été le ressort de cette prodigieuse activité, lame et le principe de ces œuvres merveilleuses? L'amour de Jésus- Christ. Charitas Christi urget nos (1) : c'est l'explication, c'est le dernier mot de tout. Ils aimaient leur divin Maître ! c'était leur force, ce sera la nôtre. Pour devenir entre les mains de Dieu des instruments vraiment utiles, il faut nous identifier avec Jésus-Christ, nous transformer en lui, nous incorporer à lui, n'avoir de pensées, de sentiments, de préoccupations que pour lui. Nous sommes ses serviteurs et ses ministres; à lui la gloire, à nous la confusion. Succès ou déception, joies ou peines, persécution ou triomphe, qu'importe pour nous? Pourvu que Jésus-Christ soit glorifié, que son saint nom soit béni, que son règne s'étende et se propage, le reste nous touche peu, et notre intérêt personnel est chose indifférente. Tels sont les sentiments dont nous devons nous pénétrer : l'apostolat de saint Pierre et de saint Paul en a été la vivante
(1) II« Épitre aux Corinth., V, 14.
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expression ; c'est par là qu'ils apparaissent hommes de grands cœurs et de grands caractères.
Mais laissez-moi ajouter, mes chers enfants, que les grands cœurs sont également les cœurs purs, les cœurs réservés à Dieu. Oui, il n'y a que les cœurs réservés qui aient le privilège de devenir, sous la main de Dieu, des vases d'élection. C'est lorsque Dieu a subjugué un homme par un de ces regards victorieux qui enlèvent les âmes, qu'il a jeté autour d'un cœur les chaînes du céleste amour, qu'il le tient là, isolé au milieu du monde, sans permettre à nul amour de la terre d'arriver jusqu'à lui ; c'est alors que, le dilatant à l'infini, il y met, en place d'une famille, le genre humain tout entier, et qu'il s'y renferme lui-même avec sa puissance et sa fécondité. C'est d'une âme vierge que le christianisme est sorti ; ce sont des âmes vierges qui l'ont propagé et qui le conservent ; seule la virginité prolonge les dévouements qui tiennent le monde suspendu aux lèvres de Jésus-Christ. Voilà pourquoi toute âme, qui veut participer à l'apostolat de la foi, a besoin de réserver à Dieu un cœur vierge, ou bien de conquérir par les
larmes une seconde virginité ; sinon, Dieu ne la dilate point, il la laisse étroite et stérile, parce qu'il ne trouve pas sur ce front le signe de l'Agneau, ni dans ces mains les palmes fécondes qui, trempées dans le sang de Jésus-Christ, reverdissent toujours sans dépérir jamais.
Et c'est pourquoi, à côté de ces grands cœurs et de ces grands caractères qui s'appellent saint Pierre et saint Paul, je suis heureux de trouver dans les souvenirs de ce jour le nom de la Vierge incomparable que nous nommons la reine et la patronne du sacerdoce. On vous a signalé plus d'une fois le rapport mystérieux qui existe entre la fonction de la maternité divine et celle du prêtre. De même que le Verbe de Dieu a pris corps dans le sein de la Vierge, ainsi prendil naissance entre nos mains, suivant le mode sacramentel ; et, par conséquent, l'un et l'autre ministère exigent la pureté. C'est ce que l'artiste a voulu exprimer, par une heureuse inspiration, dans cette statue que nous allons bénir et qui s'élève au milieu de vous comme le palladium de la vertu et le mémorial du devoir. La Vierge, reine du sacerdoce, vous montre ou plutôt vous tend le lis, symbole de l'innocence et
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de la pureté sacerdotale. Mais quel moyen pour le prêtre de se dégager des affections de la terre et de tenir son cœur si haut que la matière ne puisse arriver jusqu'à lui? La Vierge, reine du sacerdoce, vous l'indique, en vous présentant son divin Fils tenant dans ses mains le calice de bénédiction et l'hostie salutaire, où le prêtre trouve tous les jours le remède contre les faiblesses et les défaillances de la nature. Ah ! c'est lorsqu'on se nourrit chaque matin de ce pain des forts, qu'on se sent le cœur plus vaillant, les idées plus pures, les sens moins rebelles, l'âme entière animée d'un souffle meilleur.
Voilà les enseignements que l'art et la piété ont voulu symboliser sous vos yeux, dans cette statue que nous allons consacrer par une bénédiction solennelle. Méditez-les, pénétrez-en votre esprit, gravez-les dans votre cœur. Que la sainte Vierge devienne votre modèle, comme elle est votre patronne. De même qu'en visitant sainte Elisabeth, elle lui portait Jésus-Christ, ainsi serezvous appelés à porter Jésus-Christ aux peuples vers lesquels votre Évêque vous enverra plus tard. Courage! mes chers enfants; ne vous
laissez pas rebuter par les épreuves et les difficultés que vous rencontrerez sur votre chemin ; profitez bien des années que vous passez dans cette maison sainte, pour acquérir les connaissances et les vertus nécessaires au prêtre. Grande sera votre mission, grande aussi votre récompense ; je vous la souhaite, au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
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L'INSTALLATION DE Wl. L'ABBÉ CHRISTAUD
Caré de la Madeleine, à Angers Le 17 décembre 1871
Mes Très Chers Frères,
En érigeant la paroisse Sainte-Madeleine, je savais que cette création serait aussi conforme à vos désirs qu'à vos intérêts les plus précieux. Depuis de longues années déjà mon vénérable prédécesseur, d'accord avec l'ancienne administration municipale, se préoccupait de la situation religieuse de ces quartiers si éloignés d'une église d'ailleurs insuffisante pour une population qui tendait à s'accroître de jour en jour; et je suis heureux d'avoir pu, sans difficulté sérieuse,