BIENFAITS DE L'ÉGLISE ENVERS LE PEUPLE
Messieurs,
Chaque fois que mes occupations m'ont permis de me retrouver au milieu de vous, je me suis fait un devoir de traiter l'un ou l'autre sujet de circonstance, qui puisse être de quelque profit moral pour les membres de notre chère société de secours mutuels. Car l'homme ne vit pas seulement de pain : s'il a un corps à nourrir, il a aussi une intelligence qui doit se pénétrer d'idées
(1) Cette allocution date des premières années de l'épiscopat de Monseigneur Freppel.
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saines et justes ; il a un cœur fait pour aimer le bien, il a une volonté dont la tâche consiste à marcher dans la voie du devoir, sous quelque forme que le devoir se présente aux lumières de la conscience : devoir envers Dieu, devoir envers le prochain, devoir envers soi-même. Voilà pourquoi, tout en me préoccupant comme de juste des intérêts matériels de notre association, je lui dois également le concours de mes avis et de mes conseils, afin qu'elle ne descende pas audessous du niveau moral où elle s'est maintenue jusqu'ici.
Messieurs, à l'heure où nous sommes, les classes ouvrières sont en proie à des menaces et à des excitations de tout genre. Je ne parle pas de la politique : cela ne me regarde pas, et il importe que l'ombre même de cette chose-là reste absente de nos réunions. Mais ce qui me regarde, ce qui me peine et m'indigne tout ensemble, ce sont les manœuvres que Ton emploie pour monter les ouvriers contre la religion et ses ministres. Il y a là tout un travail infernal qui s'opère dans les masses, nuit et jour, sans trêve ni relâche. Des hommes pervers, dont l'inconduite est notoire, des journalistes sans foi ni loi
n'ont pas d'autre occupation que celle-là. Calomnies, mensonges, invectives, outrages, tout leur est bon, pourvu qu'ils puissent exciter la haine du peuple contre le clergé. Et je n'ai pas besoin d'ajouter, vous le savez mieux que moi , que tout ceci se répète dans les ateliers , dans les cabarets, dans les rues et sur les places publiques, partout où il se trouve des gens assez ignorants et assez crédules pour y ajouter foi.
Eh bien, Messieurs, voyons un peu ce que fait au milieu de vous cette religion catholique, que de mauvais sujets s'efforcent de dénigrer dans l'esprit des ouvriers. Tandis que ces journalistes, ennemis du clergé et des communautés religieuses, tandis que ces indignes folliculaires s'amusent dans les cafés, dans les théâtres et ailleurs, voyons ce que font, pendant ce temps-là, ce que font du matin au soir ceux et celles qui sont l'objet de leurs outrages. Je veux vous rendre évidente cette vérité, que tout ce qui touche de près ou de loin à la religion ne se préoccupe que d'une seule chose, du bonheur du peuple, de son bien-être et de son soulagement.
Et d'abord suivez-moi, je vous prie, suivez-
moi en esprit à l'Hôpital Sainte-Marie, au Dépôt de mendicité , à Sainte-Marie-de-la-Forêt , au Bon-Pasteur, chez les sœurs gardes-malades de l'Espérance, chez les sœurs gardes-malades de la Cité, chez les sœurs gardes-malades de la rue Saint-Eutrope, chez les Petites Sœurs des Pauvres, chez les sœurs de la Miséricorde, et voyez ce qui s'y passe.
Vous avez là quelques centaines de jeunes femmes, consacrées à Dieu, et dont tous les moments sont occupés au service de leurs semblables; qui n'ont pas d'autre pensée, pas d'autre désir, pas d'autre aspiration que le bonheur de leurs frères. Soigner les pauvres, panser les plaies des malades, respirer du matin au soir l'air infect d'un hôpital, instruire péniblement les sourdsmuets, entourer de tous les soins possibles des vieillards abandonnés, veiller au chevet des mourants, remplir auprès d'eux les offices les plus pénibles et les plus dégoûtants, et cela sans plainte ni murmure, avec joie, à toute heure et tous les jours : voilà leur vie, voilà leur unique souci. Est-ce que ce n'est point là la chose la plus admirable qu'il y ait au monde? Et qu'est-ce qui produit ces dévouements, ces sacrifices qui
sont au-dessus de tout éloge? La religion, et rien que la religion. Car enfin aucun motif humain, aucune considération terrestre ne les pousse à se sacrifier ainsi pour leurs semblables. Ces sœurs de charité, ces sœurs gardes-malades, ces petites sœurs des pauvres, rien ne les obligeait à quitter le monde : elles auraient pu y chercher comme tant d'autres le plaisir, les amusements, les fêtes, les jouissances matérielles. Plusieurs d'entre elles appartiennent à de grandes familles, portent un nom illustre, étaient libres de jouir d'une fortune considérable. Eh bien, elles ont renoncé à toutes ces choses au nom de Jésus-Christ, pour se faire les servantes des malades et des pauvres, pour s'enfermer dans un hôpital ou dans un dépôt de mendicité. Voilà les merveilles de charité que produit la religion catholique, Et c'est cette religion que des misérables insultent journellement dans leurs feuilles , accablent de calomnies et d'outrages ! Est-ce que vous ne trouvez pas que de telles attaques sont le comble de l'infamie?
Suivez-moi maintenant sur un autre théâtre, où le dévouement qu'inspire la religion n'est pas moins admirable. Ici, ce sont les sœurs de Saint-
Charles, les sœurs de la. Sagesse, les dames Ursulines, et toutes ces généreuses éducatrices des enfants du peuple ; car je ne veux pas sortir de cette ville d'Angers, pour vous montrer que la religion sème ses bienfaits sous les pas de tout le monde. Encore une fois, qu'est-ce qui obligeait ces saintes femmes à quitter le monde, pour s'enfermer dans des salles de classe et se consacrer exclusivement à l'éducation de vos enfants, sans espoir de gain ni de récompense terrestre? Cette vie austère, laborieuse, toute d'abnégation et de sacrifice, qui s'écoule obscurément entre les quatre murs d'une salle d'école, sans la recherche d'aucune espèce de plaisir, ni d'aucune satisfaction humaine, qui est-ce qui l'inspire, qui est-ce qui la rend possible et supportable, si ce n'est la religion? Et, dès lors, ne faut-il pas avoir perdu le sens moral pour attaquer, pour insulter la foi de ces saintes femmes, au li.eu de l'environner de respect et de la combler de bénédictions?
Et les frères des écoles chrétiennes. Messieurs! C'est encore là un genre de dévouement pour lequel on ne saurait avoir assez d'admiration. Quoi ! pendant que les hommes de leur âge
entrent dans des carrières au bout desquelles peuvent se trouver la richesse, le plaisir, les dignités et les honneurs, voilà des jeunes gens qui, pour se dévouer à l'éducation gratuite des enfants du peuple, quittent leurs familles, s'ensevelissent dans des salles d'école, se lèvent tous les matins à quatre heures sans que rien les y oblige, passent leurs journées à apprendre aux enfants le moyen d'épeler des mots, de déchiffrer des phrases, de lire, d'écrire, de compter ! Pour eux, pas de fortune à acquérir, pas d'avancement à espérer, pas de récompense à attendre de qui que ce soit sur la terre : de l'ingratitude, des injures, des outrages, voilà tout ce qu'ils reçoivent en retour de leurs sacrifices de tous les jours et de toutes les heures. Eh bien, cela ne les décourage pas : ils continuent, envers tous et malgré tout, à travailler sans relâche, à se dévouer pour les classes populaires. Pourquoi cela ? Parce que la religion les soutient et leur inspire l'esprit de sacrifice. Et c'est à de tels hommes que de petits barbouilleurs de papiers, que l'on appelle journalistes, prodiguent tous les jours l'insulte et l'ou-
trage, tandis qu'un pareil dévouement inspiré par la religion devrait attirer l'estime, l'admiration et la reconnaissance de tous !
Vous parlerai-je du clergé, Messieurs? Ah! c'est surtout contre les membres du clergé que les écrivailleurs et les semeurs de mensonge cherchent à ameuter les classes ouvrières. Mais qu'est-ce donc que fait le prêtre pour exciter ainsi la haine de ces gens-là ? Est-ce que la vie du prêtre n'est pas consacrée tout entière au soulagement de ses frères ? L'on s'imagine quelquefois, parmi les ouvriers, que les prêtres mènent une vie douce et facile, et que l'on arrive au sacerdoce sans grande difficulté. Mais transportez-vous donc un instant avec moi dans mon grand séminaire. Voilà cent-cinquante jeunes gens qui sortent tous du milieu du peuple, qui ont été en général les premiers élèves de leurs classes dans les écoles de la ville et des campagnes. Au sortir des études élémentaires, pendant neuf années consécutives, ils ont été sur les bancs du collège, pour y apprendre le latin, le grec, les mathématiques, tout ce qui constitue l'éducation libérale. Est-ce fini par là, en fait de travail et de préparation? Pas le moins du monde. Après les neuf années
de collège, ils sont obligés de passer quatre années au grand séminaire , quatre années pendant lesquelles, du matin au soir, ils travaillent, ils étudient, ils s'appliquent aux sciences sacrées, ils se forment à la prédication et aux vertus de leur ministère. Il se trouve parfois tel ou tel ouvrier, assez dépourvu de bon sens et d'honnêteté pour oser jeter à la tête d'un prêtre le mot de fainéant. Mais quel est donc l'ouvrier qui fait treize années d'apprentissage avant d'avoir gagné un centime? Il n'y en a pas un seul. Et puis, lorsqu'après ces treize ou quatorze années d'études préparatoires, cet homme arrive enfin au sacerdoce, quelle sera sa vie? Sera-ce une vie de plaisir, de divertissements, de jouissances matérielles? Non, ce sera une existence austère, laborieuse, pleine d'abnégation et de renoncement, consacrée tout entière au service de Dieu et du prochain.
Voyez un peu. Messieurs, quelle est la vie d'un prêtre à Angers, la vie du curé de Saint- Joseph, du curé de Saint-Serge, du curé de la Trinité et de leurs vénérables collègues. Viventils pour eux-mêmes ces hommes-là, pour leur avantage ou leur intérêt personnel ? Non, ils ne
vivent que pour leurs frères. Ils n'ont pas d'autre souci, pas d'autres préoccupations que le bien de leurs paroissiens. Instruire les enfants au catéchisme, prêcher l'évangile aux grands et aux petits, visiter les malades, assister les mourants, soulager les pauvres, consoler ceux qui sont dans la peine, être à la disposition de tout le monde à toute heure du jour et de la nuit, voilà leur existence. Ils ne connaissent pas d'autre plaisir que celui d'être utile à quelqu'un ; pas d'autre joie que celle d'apprendre que leurs paroissiens sont heureux. Et tels sont les hommes que l'on ne craint pas de signaler à la haine du peuple, eux, les enfants du peuple, qui, de tous les habitants de la ville, se mêlent le plus au peuple, qui en connaissent le mieux les besoins et qui s'appliquent davantage à en défendre les vrais intérêts.
Je sais. Messieurs, que je parle à des hommes de foi et de cœur, sur lesquels de pareils mensonges n'ont aucune prise. Mais il importe de prémunir tout le monde contre cette propagande de haine et d'impiété, qui se fait particulièrement dans les classes ouvrières. Il est d'ailleurs du devoir de chacun de réagir contré ces mauvais
propos dans la mesure de ses forces. Lors donc que vous entendrez des gens de cette espèce aboyer contre la soutane du prêtre, dites-leur résolument et sans vous gêner : Qu'est-ce que les prêtres vous ont fait pour que vous les insultiez de la sorte ? Est-ce qu'ils ne se dévouent pas à l'éducation religieuse et morale de vos enfants, pour leur apprendre les vérités et les vertus sans lesquelles l'homme ne différerait guère de la brute? N'est-ce pas à leur porte que vous allez frapper tout d'abord , quand le malheur vous réduit à la misère ? Y a-t-il un service qu'ils ne soient disposés à vous rendre, du moment qu'il est en leur pouvoir? S'ils vous prêchent les commandements de Dieu et de rÉglise, ils ne font en cela que remplir leur devoir. Libre à vous de l'écouter ou non, sous votre responsabilité ; mais il faut avoir perdu la raison, pour en vouloir à un homme de ce qu'il remplit les devoirs de sa charge. Voilà les idées saines, vraies, justes, pratiques, que je voudrais voir se répandre dans le peuple. Du reste, j'ai la ferme espérance que ces manœuvres et ces excitations échoueront auprès des vrais ouvriers, de ceux qui travaillent consciencieusement, qui
s'inquiètent de leurs familles, qui ont le souci de leur dignité personnelle ; et dussent les temps devenir plus mauvais qu'ils ne le sont, dussent les hommes de désordre ramener au milieu de nous le trouble et l'agitation, je suis convaincu que c'est encore dans les classes laborieuses que je trouverais le plus grand esprit de justice, le plus de respect pour les choses saintes, le plus d'attachement aux vrais principes de l'ordre social, le plus d'énergie à défendre les droits et la liberté de chacun. Restons unis dans les liens d'une solidarité réciproque et dans les sentiments qu'inspirent la foi et la charité chrétienne.
a.i-iIjO oxjTioisr