LA RÉNOVATION DES PROMESSES CLÉRICALES
PRONONCÉE AU GRAND-SÉMINAIRE D'ANGERS En la fête de la Présentation de la Sainte Vierge
Pater sancte, serva eos in nomine tuo , quos dedisti miki , ut sint unum, sicut et nos.
Père saint, conservez en votre nom ceux que vous m'avez donnés, ELQn qu'ils soient un comme nous.
(S. Jean, ch. xvii.)
Messieurs,
Telle est la prière suprême que Jésus-Christ adressait à son Père, au moment où il allait achever sa mission terrestre. En prévision des luttes et des épreuves que ses disciples auraient à subir, le divin Sauveur demandait pour eux ce qui devait être leur principale force, l'union des cœurs et des volontés. Il savait quelles difficultés
les attendaient dans le monde, à quelles attaques et à quelles contradictions ils allaient être en butte, combien d'ennemis ils trouveraient en face d'eux. Mais il savait aussi que, pour vaincre, une armée a besoin de rester unie, et que le jour où la division commence à se mettre dans ses rangs, elle marche vers une défaite certaine. Voilà pourquoi il disait à son Père, au milieu des sublimes épanchements de la Cène dernière : « Père saint, conservez en votre nom ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils soient un comme nous », ut sint unum, sicut et nos.
L'union étroite et intime, l'union non pas seulement extérieure et apparente, mais l'union des âmes , voilà ce que l'Église n'a cessé de recommander à ses ministres. Et certes, Messieurs, si cette union dans le clergé a été nécessaire de tout temps, elle l'est devenue plus encore à notre époque, où tant de forces ennemies se sont coalisées contre nous. De quelque côté que nous portions nos regards, nous trouvons des luttes, dans l'ordre social et politique, sur le terrain de l'enseignement et de l'éducation, du côté des gouvernements et des peuples. Partout l'on s'efforce de combattre le clergé, d'amoin-
drir son influence, d'entraver son action, de lui disputer l'air et la liberté. Ici, c'est la presse qui débite ses mensonges ; là, ce sont les émissaires de la Révolution qui répandent leurs calomnies à pleines mains. Et cette lutte est générale ; elle existe dans tous les pays, elle se fait sentir jusque dans le dernier village. Que de motifs pour la grande armée sacerdotale de serrer ses rangs et de se grouper autour de ceux que l'Esprit-Saint a établis pour régir et gouverner l'Église de Dieu !
Car, le principe et le fondement de l'union, c'est la hiérarchie, telle que Noire-Seigneur Jésus-Christ l'a établie. Affaiblissez dans les âmes le sentiment de la subordination hiérarchique, à l'instant même les liens se relâchent et se dissolvent. Du Souverain - Pontife aux évêques, des évêques aux prêtres, le ministère ecclésiastique se prolonge graduellement, comme une chaîne dont chaque anneau se rattache à celui qui le précède et soutient celui qui le suit. Si l'égalité prenait la place de la hiérarchie, il y aurait encore des individus, il n'y aurait plus de société ; ce serait une juxtaposition, ce ne serait plus une union. Cette vérité fondamentale, il y a
près de dix-huit siècles que saint Ignace d'Antioche la développait dans ses immortelles Épîtres : « Vous avez, écrivait-il aux Éphésiens, vous avez une assemblée de prêtres dignes de Dieu , attachés à l'évêque comme les cordes d'une lyre. Aussi est-ce avec un accord parfait que vous chantez Jésus-Christ dans le concert de la charité. » Et pour montrer, d'une manière plus frappante encore et plus énergique, que l'union résulte de la hiérarchie, saint Ignace ne • craignait pas d'emprunter sa comparaison à l'Eucharistie elle-même : « Il est une seule chaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, écrivait-il aux Philadelphiens ; il est un seul calice qui nous fait participer à son sang, il est un seul autel, comme il n'y a qu'un évêque avec un collège de prêtres et de diacres. » Tant il semblait à ce grand homme que l'union des esprits et des cœurs avait dans la hiérarchie son principe et sa plus sûre garantie !
Mais, Messieurs, si la force du clergé réside dans l'union de ses membres, si l'union ne se conçoit pas sans la hiérarchie , qu'est-ce qui maintient la hiérarchie elle-même? L'obéissance, la soumission des prêtres aux évêques et des
évêques au Souverain-Pontife. Filii obedientiœ sumus (1), « nous sommes les fils de l'obéissance, » écrivait l'apôtre saint Pierre ; nous sommes les disciples de Celui qui, suivant l'expression de saint Paul, « s'est faitobéissant jusqu'à la mort, et même la mort de la croix (2). » De nos jours, où l'orgueil et le mépris de l'autorité se cachent trop souvent sous les mots de liberté et d'indépendance, il est à craindre que cette atmosphère malsaine ne finisse par envelopper le sacerdoce lui-même. Mais les prêtres véritablement pénétrés de l'esprit de leur état ne se laissent pas séduire par ces apparences trompeuses. Ils savent par expérience qu'il est plus doux d'obéir que de commander, et que l'on éprouve moins de difficultés à placer sa volonté dans les mains d'autrui, qu'à se gouverner soimême. Ils savent que l'obéissance ne s'adresse pas à l'homme, mais à Dieu qu'il représente, et qu'elle est, par conséquent, un acte de foi en la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ils savent que les grâces d'état s'arrêtent aux
(1) P« Épître de S. Pierre, I, 14.
(2) Épître aux Philip., 11, 8.
limites de la fonction, et qu'ils n'ont de lumière ni de force que pour la part de ministère qui leur est assignée. Ils savent rester à leur place; ils ne s'arrogent pas des droits qui ne sont pas les leurs ; ils ne se mêlent pas de juger l'ensemble, quand ils ne connaissent qu'une partie des choses ; et parce qu'ils se renferment dans la tâche qui leur est confiée, ils la remplissent avec fruit. Ce ne sont pas de vaines promesses qu'ils ont faites au pied de l'autel, le jour de leur ordination sacerdotale : ces promesses ils les gardent fidèlement dans tout le cours de leur carrière. Ce sont eux, ce sont les bons prêtres qui, par leur esprit de soumission, affermissent ce grand corps de l'Église ; car l'obéissance maintient la hiérarchie , comme la hiérarchie produit l'union , comme l'union fait la force.
Tels sont. Messieurs, les sentiments dont nous devons nous pénétrer, en ce moment où nous allons renouveler nos promesses cléricales. C'est la sainte Vierge qui nous a précédés de l'exemple dans la voie de la soumission à l'autorité, elle qui disait du fond de son humilité : < Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait
selon votre parole (1). » Oui, nous sommes, nous aussi, les serviteurs de Dieu, et j'ajoute, les serviteurs des hommes. C'est à ce grand service de Dieu et des âmes que nous nous sommes consacrés ; et c'est pour le remplir avec plus de fidélité encore que par le passé, que vous êtes revenus en ce jour au point de départ de votre vie sacerdotale , dans cette maison qui a été témoin de vos premiers serments. En vous rappelant le jour où vous preniez le Seigneur pour votre part d'héritage, vous puiserez dans ces grands souvenirs une nouvelle ardeur et une merveilleuse énergie. Ainsi soit-il.
(1) s. Luc, I, 38.