‹ Œuvres de Mgr. Freppel (volume 4)Chapitre 77 sur 84 · BÉNÉDICTION DU CHATEAU, ETC · texte numérisé non relu

BÉNÉDICTION DU CHATEAU, ETC

sint in eo sanitas, virtus, bonitas, plenitudo legis.

Lorsqu'il y a cinq ans, je bénissais la première pierre de cette demeure, je disais qu'elle était fondée sur l'esprit de foi, sur la vertu, sur l'honneur chrétien, sur la fidélité à Dieu et à l'Église. Ces paroles, je les répète avec une nouvelle confiance , aujourd'hui que l'œuvre a reçu son couronnement. La Roche-Hue c'est, pour toute la contrée, un centre de vie chrétienne et d'édification. Les générations s'y succéderont, se transmettant de père en fils un précieux héritage de foi et de piété. Saint Joseph continuera son patronage sur ces lieux, où on l'invoque avec tant de ferveur; et c'est par sa puissante intercession que la bénédiction de Dieu demeurera sur cette maison et sur ceux qui l'habitent, maintenant et toujours, nunc et semper. Ainsi soit-il !

A-IjILiOOXJTION

Prononcée au mariage de

le comte Léon fle Danne et fle W^ Isalelle Je Inlsaiilnin

DANS L'ÉGLISE SAINT-LOUIS-D'ANTIN, A PARIS Le 18 Juin 1888

Ghers Fiancés,

Je relisais ces jours derniers les belles pages où, dans ses Soirées de Saint-Pétersbourg , Joseph de Maistre montrait l'unité et la solidarité des familles à travers Fhistoire, comment se transmettent d'une génération à l'autre les traditions qui font leur grandeur et leur gloire. Ces réflexions de l'écrivain de génie dont le nom, ma chère enfant, répand sur votre famille tant de lustre et d'éclat, me viennent tout naturellement à l'esprit, quand je vous vois unir vos destinées

à celles de l'héritier d'une race qui, elle aussi, compte de si brillants services. Car ce n'est pas un faible encouragement, pour de jeunes époux, que de trouver par devers eux des traditions qui obligent, des vertus héréditaires, des exemples qui s'imposent avec l'autorité du sang, une voie frayée d'avance par de longues années, pour ne pas dire des siècles, de fidélité, de dévouement et d'honneur. Il en est des familles comme des nations : les plus vigoureuses sont celles qui ont la plus longue histoire et qui savent s'en souvenir. Voilà pourquoi le Fils de Dieu lui-même, bien qu'il fût venu « pour servir et non pour être servi », voulut naître de la famille la plus noble qui fût au monde, d'une famille qui remontait jusqu'au berceau du genre humain, à travers les splendeurs d'une généalogie à laquelle il ne manquait aucun anneau. Ce sont là de ces choses qu'on ne détruit pas, car ce serait détruire la nature et l'histoire. Toujours et partout, sous une forme ou sous une autre, il y aura dans le monde des noblesses et des aristocraties, parce que de tous temps et en tout lieu l'on a vu et l'on verra des trésors de mérites qui s'accumulent sur une maison, des héritages de services qui se

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transmettent de père en fils, des habitudes d'héroïsme qui se propagent avec le sang, tout cet ensemble de choses qui, à la longue, forment au front d'une famille une auréole de distinction dont l'éclat rejaillit sur tous, une couronne de gloire qui cesse d'être la récompense d'un seul pour devenir le titre commun et le patrimoine d'une nation.

Gomment ne pas me rappeler ces choses, mon cher Léon, quand je vois votre famille servir Dieu et la patrie durant tant de siècles, dans les plus hautes charges de l'Église et de l'État, depuis cet illustre archevêque de Tours que le roi René, l'une de nos gloires angevines les plus pures, honorait de son amitié fidèle, jusqu'à ces Bernard dont la ville d'Angers avait appris à bénir le nom et les bienfaits? Et s'il est vrai, comme le disait encore Joseph de Maistre, « que les familles les plus durables sont celles qui ont versé le plus de sang sur les champs de bataille » , Baugé, Bar, Agnadel, Pavie, Ivry, vingt autres journées ne sont-elles pas là pour témoigner chez vos ancêtres d'un dévouement à toute épreuve ? Mais à quoi bon remonter si haut, quand il me suffirait de citer votre noble père, l'une des

figures les plus sympathiques qu'il m'ait été donné de rencontrer à mon entrée dans le diocèse d'Angers, vrai type de gentilhomme resté fidèle aux traditions de sa race, n'ayant jamais connu ni lassitude ni défaillance, l'ami constant du grand prince dont on a pu dire que, pour n'avoir jamais régné, il n'en était pas moins le Roi. Pourquoi faut-il que vous ayez eu la douleur de voir deux tombes s'ouvrir l'une après l'autre, à de si courts intervalles, pour ensevelir en elles vos plus chères affections !.. .

Mais les voilà qui vont se reporter sur une autre famille bien digne de remplacer la vôtre. Vous y trouverez dans la noble chrétienne, en qui se réunissent les deux noms de Maistre et de Montsaulnin, cette élévation de l'esprit et cette bonté d'àme que l'écrivain le plus puissant et le plus original de notre temps, Louis Veuillot, célébrait dans une correspondance remarquable, édifiante entre toutes. Vous trouverez à Fontenay, à Bernay et dans toute cette région du Berry, le souvenir de l'homme de cœur et de caractère qui en a été la providence et dont il m'avait été donné d'apprécier, il y a de longues années déjà, la droiture, la mâle franchise,

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l'énergique volonté, toutes ces qualités qui rappelaient de loin cet illustre Charles de Montsaulnin dont Louis XIV disait, à propos du siège de Steinkerque ; « Je voudrais voir une ville défendue par Vauban et attaquée par Montsaulnin, ou plutôt je ne voudrais pas le voir, car ils y resteraient tous les deux. » Vous retrouverez les mêmes sentiments dans ses fils, dont l'éducation, autrefois dirigée par une main amie, me reporte aux premières années de ma vie sacerdotale. Vous serez avec eux en parfaite union d'esprit et de cœur. Or, comme l'écrivait encore le grand homme que je ne me lasse pas de citer, comme l'écrivait Joseph de Maistre au comte de Marcellus, — encore un nom qui ne vous est pas étranger, puisque c'est votre pieuse tante qui vous conduit à l'autel, — « après la communion des saints, je ne vois rien de meilleur que la communion des bons (1) ».

Mais pourquoi me laisser aller à tous ces souvenirs pour y chercher un gage de bonheur, quand vous-mêmes, chers fiancés, en êtes la garantie la plus précieuse et la plus sûre ? Ce qui

(1) Lettre du 9 juin 1819.

me fait remplir avec joie aujourd'iiui cette fonction de mon ministère, c'est que, fidèles aux principes de votre éducation chrétienne, vous envisagez le mariage des yeux de la foi ; c'est que vous y voyez, selon l'expression de saint Paul, un grand sacrement dans le Christ et dans l'Église, sacramentmn magnurn in Christo et in Ecclesia (1). Or, quand on voit ainsi dans le mariage, non pas un pacte ordinaire, une alliance profane, une convention purement humaine, mais une union sainte, un contrat religieux, c'est alors que les cœurs se comprennent, que les caractères s'harmonisent, que les inquiétudes se dissipent, que les dissonances s'effacent ; c'est alors que le plus léger nuage s'évanouit au rayon de la foi, qu'un support mutuel fait oublier les imperfections toujours inhérentes à notre nature pour ne laisser découvrir que les qualités; qu'un dévouement réciproque rend léger ce qui est pesant, agréable et doux ce qui est amer ; c'est alors qu'il s'opère entre les époux comme un échange incessant de condescendance et d'empire, de force et de bonté, et que la société

(1) Épître aux Éphés., V, 32.

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domestique ressemble à une association où, comme le disait Bossuet, nul ne commande et où chacun obéit, où Ton ne sait ce que c'est que dépendre parce qu'on ignore ce que c'est que dominer ; c'est alors enfin que la vie commune devient une douce habitude et que l'affection conjugale, loin de s'émousser avec le temps, s'accroît et se fortifie par la durée même.

Ainsi en sera-t-il d'une alliance qui se forme sous de si heureux auspices. Vous, Monsieur, vous venez porter au pied de l'autel cette foi sincère, cette loyauté, cette générosité d'âme et de sentiments qui vous ont valu l'estime et l'affection de tous ceux qui vous connaissent. C'est avec une entière confiance que l'Église bénit votre union, sachant d'avance que votre mérite ne fera que grandir avec le devoir, et que vous saurez déployer dans votre nouvelle condition les qualités et les vertus qui assurent le vrai bonheur. En quelque lieu qu'il plaise à la divine Providence de porter vos pas, laissez-moi vous rappeler que vous vous devez avant tout à ce cher et bel Anjou, où vos pères ont vécu et se sont couverts de mérites, et auquel on peut appliquer, à meilleur titre encore, ce que

Sidoine Apollinaire disait de son Auvergne : qu'en la Voyant les étrangers sont tentés d'oublier leur patrie.

Et vous, ma chère enfant, pour qui nos prières montent vers le Ciel, avec les vœux de tous ceux qui vous entourent, ah! je me rappelle vous avoir vue le soir de votre première communion, tout émue et pénétrée des grâces de cette grande journée. En voici une autre, non moins solennelle, et qui marquera également dans votre vie, pour le temps et pour l'éternité. Jusqu'ici vous avez vécu, sous l'aile de la tendresse maternelle, de cette vie d'intérieur où la jeune fille se prépare à la mission de foi, de dévouement et de charité qui est celle de la femme chrétienne; vous y avez puisé cette modestie, ce sérieux de l'esprit, cette réserve et cette douce gravité qui vous distinguent. Le moment est venu pour vous de quitter la maison paternelle, pour aller là où de nouveaux devoirs vous attendent. La grâce de Dieu vous y suivra comme une lumière et une force. Vous n'oublierez jamais que, pour une femme chrétienne, il n'est pas de maison dont elle doive mieux connaître le chemin, après le foyer domestique, que la maison de Dieu et la

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maison du pauvre : la maison de Dieu, où s'alimente sa piété, et la maison du pauvre, où s'exerce sa charité. Car c'est de la piété charitable qu'il a été dit : « Elle a les promesses de la vie présente et celles de la vie future », promissionem habens vitœ quœ nunc est, et futur ce (1).

Déjà, chers fiancés, des sommets de la Ville éternelle, les mains du Père commun des fidèles se sont étendues sur vous, pour confirmer d'avance et pour rendre plus efficace encore la bénédiction sacramentelle. Recevez-la du fond de votre cœur et avec un grand esprit de foi. Oh ! que ce soit vraiment une bénédiction. Puisse-t-elle s'étendre à tous les jours de votre vie, pour vous faire trouver le bonheur dans la fidélité au service de Dieu ! Gardez au plus profond de votre âme le souvenir de ce jour, où vous aurez pris Dieu à témoin de vos promesses et de vos vœux. Vous trouverez dans ce souvenir la douceur qui fait aimer le devoir et la force de l'accomplir jusqu'au bout et sans défaillance. Ainsi soit-il.

(1) 1" Épitre à Timothée, IV, 8.

DISOOXJRS

Prononcé au mois de juin 1888, pour la séance de fin d'année

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