‹ Œuvres de Mgr. Freppel (volume 4)Chapitre 8 sur 84 · D'ÉCONOMIE POLITIQUE ET SOCIALE LE 20 JANVIER · texte numérisé non relu

D'ÉCONOMIE POLITIQUE ET SOCIALE LE 20 JANVIER

Messieurs,

En ouvrant la première séance de « la Société calholique d'économie politique et sociale », nous n'avons pas besoin de rappeler notre programme. Ce programme est connu : nous l'avions résumé, dès le principe, dans cette courte formule, à laquelle vous avez bien voulu vous rattacher : « Liberté du travail, liberté d'association avec toutes ses conséquences légitimes, intervention de l'État limitée à la protection des droits et à la répression des abus. » Ni plus, ni moins. Et

comme, d'après de récentes déclarations, cette formule ne semble plus inspirer de défiance à personne et qu'on se défend même d'avoir, à aucun moment, rien demandé de plus, il nous est peut-être permis dédire que, dès son premier pas dans la vie, notre société a déjà eu la bonne fortune de faire œuvre de rapprochement et d'union.

C'était là, en effet, notre but principal : déterminer, autant que possible, le terrain sur lequel tous les catholiques de France pourraient se rencontrer et s'unir en matière d'économie politique et sociale. Mais, laissez-moi ajouter également que, pour être véritable, l'union doit reposer sur des principes et non pas sur des équivoques, des réticences ou des malentendus. Ainsi, il doit être bien convenu que nous repoussons également l'individualisme et le socialisme sous toutes leurs formes, ces deux termes nous paraissant exprimer l'un et l'autre des erreurs funestes ; que, partisans non moins résolus delà liberté du travail que de la liberté d'association, nous n'admettons pas, pour notre pa}s, la corporation obligatoire et fermée, bornant nos vœux et nos efforts à la corporation volontaire et ouverte ;

que, d'autre part, nous ne confondrons, dans aucun cas, le domaine de la justice avec celui de la charité, les contrats d'ordre privé avec les conventions publiques ou les fonctions sociales ; et qu'enfin les droits et la liberté du patron nous paraîtront choses tout aussi respectables que la liberté et les droits des ouvriers.

Voilà nos principes. C'est dans cet esprit de justice et d'équité pour tous que nous poursuivrons nos travaux.

Au risque d'être rangés parmi les « frivoles et les impétueux » par un vénérable cardinal anglais, nous nous abstiendrons avec soin de déclamer, à son exemple, contre « les riches et les capitalistes », ne croyant pas qu'un tel langage, d'ailleurs peu justifié par les conditions critiques où se trouvent les chefs d'entreprise, soit le plus propre à favoriser la paix sociale. Nous n'estimons pas non plus qu'il soit bon de forcer les contrastes entre « la société démocratique » et ce qu'on appelle, non sans quelque dédain, la « société bourgeoise » ; ni qu'il faille parler sans cesse de mondes qui s'écroulent et d'autres mondes qui s'élèvent ; car le moindre inconvénient de ce langage, trop emphatique à

notre sens, serait d'aviver les haines de classes et de faire naître des ambitions démesurées, suivies bientôt d'amères déceptions. Pas n'est besoin de bouleverser la société humaine de fond en comble pour y introduire, comme nous le désirons tous, plus de justice et de dévouement. Sans croire précisément que « les vieux moules sociaux et politiques sont brisés , que nous sommes à la veille d'une révolution, la plus profonde, la plus entière peut-être qui se soit jamais annoncée au monde » , sans élever jusqu'à ce ton la prophétie et l'histoire, nous admettons parfaitement que de nouvelles conditions économiques appellent certaines réformes. Cela s'est vu de tout temps, sous une forme ou sous une autre. A chaque siècle chrétien sa part d'améliorations dans les rapports des hommes entre eux ; et, quelques espérances que l'on se plaise à fonder sur le xx® siècle, comme devant réaliser une sorte d'idéal de la perfection sociale, il est très probable que, pas plus que son devancier, il n'aura épuisé toute la série des problèmes économiques et que, à son tour, il laissera à son successeur quelque chose à étudier et beaucoup à faire.

Sachons donc, Messieurs, nous défendre de toute exagération dans un sens ou dans l'autre. Gardons une juste mesure : c'est ce qu'il y a peut-être de plus difficile dans les matières qui vont nous occuper. Puissions-nous y arriver, aux lumières de la théologie morale, du droit et de la science économique ! C'est le vœu que je forme, en m'appuyant si^r l'aide de Dieu, qui ne manque jamais aux esprits sincères et aux bonnes volontés.

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