‹ Œuvres de Michel de Montaigne. Avec une notice biographiqueChapitre 115 sur 449 · LIVRE I, CHAP. XXXV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XXXV

tes 4c béguins et puis de turbans ; ceulx là, razcs dès l'enfance et descouvertes. Et le roy Agesilaus observa jusques à sa decrepitude de porter pareille vesture en hyver qu’en esté *. César, dict Suetone V marchoit tousjours devant sa troupe, et le plus souvent à pied, la teste descouverte, soit qu'il feist soleil ou qu’il pleust ; et autant en dict on de Hannibal,

Ti tm vcrlic e nudo

Exclpere insanos imbres , cœtique ruinam3.

Un Vénitien, qui s’y est tenu long temps, et qui ne faict qued’en venir, escrit qu’au royaume du Pegu, les aullres parties du corps vestues, les hommes et les femmes vont tousjours les pieds nuds, mesme à cheval, et Platon conseille merveilleusement, pour la santé de tout lecorps, de ne donner aux pieds et à la teste aultre couverture queeelle que nature y a mise. Celuyque les Polonnois ont choisi pour leur roy ‘après le noslre, qui est à la vérité l’un des plus grands princes de noslre siçcle, ne porte jamais gants, ny ne change, pour hyver et temps qu’il face, le mesme bonnet qu’il porte au couvert. Comme je ne puis souffrir d’aller desboutonné et destaebé, les laboureurs de mon voisinage se senliroient entravés de l’estre. Varro 5 tient que quand on ordonna que nous teiossions la teste descouverte en présence des dieux ou du magistrat, on le feit plus pour noslre santé et nous fermir contre les injures du temps que pour compte de la reverence. Et puisque nous sommes sur le froid, et François aceoustnmés à nous bigarrer ( non pas moy, car je ne m’habille guère que de noir ou dp blanc, à l’imitation de mon pere), adjoustonsd’une aultre picce, que le capitaine Martin du Bellay recite, au voyage de Luxembourg, avoir veu leq gelées si aspres6 que le vin de la munition se coupoit à coups de hache et de congnée, se debitoit aux soldats par poids, et tpiils l’emportoient dans des panniers : et Ovide,

(l).n.iT., rie d'Agésilas. 1. V. L.

» rte de César, c. si. C. ‘ '

IX} Qui, iete nue, bravait les torrents do dd. sait s Imters, J, *vi.

(*'■ Kllenne Bvlborv. Kl r'est S lid, et non pas S Henri Ht, qu'il tant rapporter cps paroles, qui est a lu vérité Vim des plus grands princes de noslre siècle. C.

(S) Ploie, liai. MM., XX VIH. 6. C.

(Si En IMS. Mémoires de mary. ne Bellay, liv. X. Philippe de Connutues, liv. U, c. H, parle d'un |eirrü froid arrivé de son temps ton 1409) dans le pays de Liey,\ c.

ttndaque consistant, formant senuntia tester, vina; nec housta meri, sed data frvsta, bibunl1.

Les gelées sont si aspres en l’emboucheure des Palus Mæotides qu’en la mesme place où le lieutenant de Milhrilades avoit livré liattaille aux ennemis àpied sec et les y avoit desfoicts, l’esté venu iL y gaigna contre culx encores une battaille navale*. Les Romains souffrirent grand desadvantage, au combat qu’ils eurent contre les Carthaginois près de Plaisance, de ce qu’ils allèrent à la charge le sang ligé et les membres contrainctsde froid , là où llannihal avoit faict espandre du feu |>ar tout son ost pour eschauffer ses soldats, et distribuer de l’huyle par les bandes, à Bn que s’oignants ils rendissent leurs nerfs plus souples et desgourdis, etencroustassent les pores contre les coups de l’air et du vent gelé qui tiroit lors 3.

La retraicte des Grecs, de Babylonc en leurs pais, est fameuse des difficultés et mesayses qu’ils eurent à surmonter : ccste çy en feut, qu’accueillis aux montaignes d’Armenie d’un horrible ravage de neiges, ils en perdirent la cognoissance du pais et des chemins; et, en estants assiégés tout court, fpureut un jour et une nuict sans boire et sans manger, la pluspart de leurs bestes mortes , d’entre euix plusieurs morts, plusieurs aveugles du coup de grésil et lueur de la neige, plusieurs stropics par les extrémités, plusieurs roides, transis et immobiles de froid, ayants encores le sens entier ‘-

Alexandre veid une nation en laquelle on enterre les arbres fruieliers en hyver, pour les delfendre de la gelee 4; et nous en pouvons aussi veoir.

Sur le subject de vestir, le roy de la Mexique ebangeoit quatre fois par joui; d’aeeoustrements, jamais pèles relierait , employant sa desferre6 à ses continuelles libéralités et recompenses; comme aussi ny pot, ny plat, ny ustensile de sa cuisine et de sa table, ne luy estoient servis à deux fois,

(I) Le vin glaetf retient la forme du vase qui le renfermait ; on ne lM.it pas le vfn liquide, mais on le partage en morceaux. Ovine, Tri.it., III, tè, 45.

(*) Strab., liv. Ml.

(3) Tnt-Livt, XX, tU. C.

(4t Xr.v, Expédition de Cyrus, IV, 5. C.

(S) Qnvre-Cn«cr.,\1l,3.C.

(fi) c'esKi-dirc ta défroque ou .va drpoutite. F. I.

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