LIVRE I, CHAP. X LU
femperenr, duquel la pompe vous esblouit en public,
Scilicet et grandes viridi cum luce smaragdi A uro includuntur, teriiurque thalassina vestis. Assidue, et Veneris sudorem exercita pot ai 1 :
voyez le derrière le rideau ; ee n’est rien qu'un homme commun, et, à l'adventure. plus vil que le moindre de ses subjects : llle beatui inlrortum eil; ùtiui bracleala félicitai est1; la couardise, l’irrésolution, l'ambition, le despil et l’envie, l’agitent comme un aultre;
lion entm gazœ, neque consul ari »
Sumuovet lictor miserai ittmulus Mentis, et curas laqueata tircum Tecta volantes s :
et le soing et la crainte le tiennent à la gorge au milieu de ses armées.
Re veraque me lus homimm, curœque sequaces liée metHunt sont tus unnorum, ne c fera tela ; Audacterque inter reges, rerumque potenles Versantur, neque fulgorem reverentur ab uuro *.
La fiebvre, la migraine et la goutte l’espargnent elles non plus que nous? Quand la vieillesse luv sera sur les espaules, les archers de sa garde l’en deschargeront ils? quand la frayeur de la mort le transira, se rasscurera il par l’assistance des gentilshommes de sa chambre? quand il sera en jalousie et caprice, nos bonnettades’ le remettront elles? Ce ciel de lict, tout enflé d’or et de perles, n’a auleune vertu à rappaiser les tranchées d'une verte cholique.
liée calldœ cil i us deredunt corpore febres,
Tcxiiltbus si in picturis, ostroque rubenti Jactaris, quàm si plcbeia in veste cubandum est *.
Les flatteurs du grand Alexandre luy faiaoyent accroire qu’il estait lils de Jupiter : un
(IJ Parce qu'à ses doigts brillent enchâssées dam l'or les émeraudes If-s plu, grandes et du vert te plus érlatant ; parce qu'il est toujours paré di,' riches liabils qu'il use dam de honteux plaisirs. Ixca .tV, (ttl.
ftj ta bnntieur du sage est en tulunCiue ; l'autre n'a qu'un fcofiheur auparfidcL Ski., Epat. lis.
PJ U» trésors entasses, les faisceaux consulaires ne peuvent chasser les cruelles agitations de l’espril ni les soucis qui voltigent sous les lambris dures. Hua., od., II, l«, 9.
(4) la» craintes ri les soucis, inséparables de l'homme, ne s'effraient point du tracas des armes ; ils se présentent hardiment k la cour des rois, et, sans respect pour le trône, s’asseyent a leurs coins, laies., U, 47.
Pt Salutation* ù coii/H de bonnet. E. i. p) La lièvre oc vuus quiuora pas plus toi si vos» Mrs «tendu Mta pourpre ou sur ces tapfa tissus i grands frais que si tous Mes couche sur un lit phüiwen. uc*., 11,34.
jour estant blecé, regardant escouler te sang de sa playe : « Eh bien! qu'en dites vous? dict il; est ce pas icy un sang vermeil et purement humain? il n’est pas de la trempe de celuy que Homere faict escouler de la playe des dieux*. » Hermodorus le poète avoit faict des vers en l’honneur d’Antigonus, où il l'appelloit lils du soleil : et luy, au contraire : • Celuy, dict il, qui vuide ma chaize percée sçait bien qu’il n’en est rien3, n C’est un homme pourtouts potages : et si de soy mesme c’est un homme mal nay, l'empire de l’univers ne le sçauroit rabiller.
Puellœ
Hune rapiant ; quidquld calcavcrit hic, rosa fiat s :
quoy pour cela si c’est une ame grossière et stupide? La volupté mesme et le bonheur ne se perçoivent point sans vigueur et sans esprit.
Hœc perinde sunt ut illius animas, qui ea possidet.
Qui utl scit ci boita; ilU qui non utilur recte, mu lu 4.
Les biens de la fortune, touts tels qu’ils sont, encores faut il avoir le sentiment propre à les savourer. C’est le jouir, non le posséder, qui nous rend heureux.
h'on domus et fundus, non œrls acervus, et ami,
Ægroto domini deduxit iorpore febres,
Non animo curas. Va Irai possessor oportet.
Qui comportons rebus bette cogitât uti :
Qui cupit, ont metult, juvat ilium sic domus, aut res,
Vt lippttm pictœ tabula, fomenta podagram *,
Il est un sot, son goust est mousse et hebesté; il n’en jouît non plus qu’un morfondu de la doulceur du vin grec, ou qu’un cheval de la richesse du barnois duquel on l’a paré : tout ainsi, comme Platon dict®, que la santé, la beauté, la force, les richesses, et tout ce qui s'appelle bien, est equalement mai à l’injuste, comme bien au juste ; et le mal au rebours. Et puis, où le corps et l’ame sont en mauvais estât,
(I) PLrT., Apophtegmes, à l'article Alexandre. C.
(S) PUT., Ibid., à r&rticfe Antigonus. C.
(3) Que les jeunes filles se l'enlèvent, que partout les rose» naissent sous ses pas. Perse, Sai., Il, 58.
(4) Ces choses sont tout ce «pie leur jKïssesseur les fait Être; des biens pour qui sali en user, des maux pour qui en foji un mauvais usage. Tr.a-, Beau tout., acte I, sc. 3, v. si.
(3) Cette mai «on superbe, ces terres i mineuses, rcs tas d'or et d argent chassent-ils la fièvre et les soucis du inaitre T Pour jouir de ce qu’on possède, H faut être sain de corps et d'esprit. Pour qutcouquc est tourmenté de crainte ou de désir, toutes ces richesses sont comme des foroenlatioai pour un • goutteux, comme des tableaux pour des yeux qui ne peuvent souffrir la lumière, üoa., Kpist., I, % 47.
(*>) Lois, U, p. 579. C.
à quoy faire ces commodités externes? veu que la moindre picqueure d’espingle, et passion de l'ame, est suffisante à nous oster le plaisir de la monarchie du monde. A la première strcttc* que luy donne la goutte, il a beau cslre Sire et Majesté,
Totus et argenlo confiants, lotus et auro t
perd il pas le souvenir de ses palais et de ses grandeurs? s’il est en cholere, sa principaulté le garde elle de rougir, de paslir, de grincer les dents comme un fol? Or, si c’est un habile homme et bien nay, la royauté adjousle peu à son bonheur ;
Si ven /ri bene si latcri est, pedibusque luis, nil
Divi/Ux poierunt regales addere majus i ;
il veoid que ce n’est que biffe* et piperie. Ouy, à l’adventure, il sera de l’advisdu rov Seleucus, “ que qui sçauroil le poids d’un sceptre, ne daigneroit l’amasser quand il le trouverait à terre5: » il le disoit pour les grandes et pénibles charges qui touchent un bon roy. Certes, ce n’est pas peu de chose que d’avoir à regler aultruy, puisqu’à regler nous mesmes il se présente tant de diflicultés. Quand au commander, qui semble estre si doulx, considérant l’imbécillité du jugement humain, et la difficulté du choix es choses nouvelles et doubleuses, je suis fort de cest avis, qu’il est bien plus aisé et plus plaisant de suyvre que de guider, et que c’est un grand séjour d’esprit de n’avoir à tenir qu’une voye tracée, et à respondre que de soy :
Vt sailus mulio jam sit parère quierton.
Quant regere imper io res velle 6.
Joinct que Cyrus disoit qu’il n’appartenoit de commander à homme qui ne vaille mieulx que ceulx à qui il commande. Mais le roy Hieron, en Xenophon7, dict davantage, qu’en la jouis-
(lî Ceal-û-dire rirclntr. — strette vient île l'italien strrua, qui slgiiiüc la mémo chose. 0.
(4) Tout couver! d'argent, tout brillant d’or. Tu., 1,4,70.
(5) Avez-vous l'estomac bon, la poitrine excellente ? n’étesvous point tourmenté de la goutte? les richesses des rois ne pourraient ajouter A votre bonheur. Hou., Epis/., 1,4, 5.
(4) Trompeuse apparence. Ce mot, qui vient sans doute de l'italien beffa , niche, moquerie, veut dire proprement une pierre fausse , selon Kicot. C.
(5) Put., Si l’homme sage doit se mi'ler des affaires d’Ctat, % e. 14. C.
(6) Il vaut mieux obéir tranquillement que de prendre le fardeau des affaires publiques. Lee*, v, U4G.
(7) Dans te traite intitulé: Hier on, ou de la condition des Rois. C.
sance des voluptés mesmes, ils sont de pire condition que les privés, d’autant que l’aysance et la facilité leur oste l’aigredoulce poincte que nous y trouvons.
Pinguis amor , nimiumque potens, ht tædia c nobis Vertitur, et, stomacho dulcis ut esca, nocet *.
Pensons nous que les enfants de chœur prennent grand plaisir à la musique? la satiété la leur rend plustost ennuyeuse. Les festins, les danses, les mascarades, les tournois, rcsjouissent ceulx qui ne les vcoyent pas souvent et qui ont désiré de les veoir ; mais à qui en faict ordinaire, le goust en devient fade et malplaisant : ny les dames ne chatouillent celuy qui en jouit à cœur saoul : qui ne se donne loisir d’avoir soif, ne sçauroit prendre plaisir à boire: les farces des bateleurs nous réjouissent ; mais aux joueurs elles servent de corvée. Et qu’il soit ainsi, ce sont delices aux princes, c’est leur feste, de se pouvoir quelquesfois travestir et desmettre à la façon de vivre basse et populaire:
Plerumque gralæ principibtu vires,
Mundæquc parvo sub lare pau/ crum L'cr nœ, sine aulœis et ostro,
Sollicitant ejcplicuere fruntem ,.
Il n’est rien si empeschant, si degousté, que l’abondance. Quel appétit ne se rebuterait à veoir trois cents femmes à sa mercy, comme les a le .Grand-Seigneur en son scrrail? Et quel appetit et visage de chasse s’estoit réservé celuy de ses ancestres qui n’alloit jamais aux champs à moins de sept mille faulconnicrs? Et oultrc cela, je crois que ce lustre de grandeur apporte non legieres incommodités à la jouissance des plaisirs plus doulx ; ils sont trop esclairés et trop en butte : et je ne sçais comment on requiert plus d’eulx de cacher et couvrir leur faulte; car cc qui est à nous indiscrétion, à eulx le peuple juge que cc soit tyrannie, mespris et desdaing des loix : et ouitre l’inclination au vice, il semble qu’ils adjoustent encore le plaisir de gourmander et soubmottre à leurs pieds les observations publiequcs. De vray, Platon, en son Gorgias3, définit tyran celuy qui 'a licence en
(t) L'amour déplaît s'il est trop bien traité ; c'est un aliment agréable dont l'excès devient nuisible. Ovide, Amor., fl, 19 ,
(4) Le rtiangcment plaît aux grands’: une table propre, sans tapis, sans pourpre, un repas frugal sous le toit du pauvre, leur a souvent déridé le front. IIor., Od., III , 49 , 13.
(3) Tome I , p. 4G9C , édition d'£sltenue. C,