‹ Œuvres de Michel de Montaigne. Avec une notice biographiqueChapitre 141 sur 449 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

De la battaille de Dreux.

Il y eut tout plein de rares accidents en nostre battaille de Dreux 5 * ; mais ceulx qui ne favorisent pas fort la réputation de M. de Guyse mettent volontiers en avant qu'il ne se peult excuser d’avoir faict alte et temporisé avecques les forces qu’il commandoit, ce pendant qu’on enfonçoit monsieur le connestable, chef de l’armée, avecques l’artillerie, et qu’il valoit mieulx se bazarder, prenant l’ennemy par flanc, que, attendant l’advantage de le vcoir en queue, souffrir une si lourde perte. Mais , oultre ce que l’issue en tesmoigna, qui en débattra sans passion me confessera ayséement, à mon advis, que le bol et la visée, non seulement d’un capitaine, mais de chasque soldat, doibt regarder la victoire en gros ; et que nulles occurrences particulières, quelque interest qu’il y ait, ne le doibvent divertir de ce poinct là. Philopcemen », en une rencontre de Machanidas, ayant envoyé devant, pour attaquer l’escarmouche, bonne trouppe d’archers et gents de traict , et l’cnncmy, après les avoir renversés, s’amusant à les poursuy vre à toute bride, et coulant après sa victoire le long de la battaille où estoit Philopœmen, quoy que ses soldats s’en esmeussent, il ne feut d’advis de bouger de sa place ny de se présentera l’ennemy pour secourir ses gents; ains les ayant laissé chasser et mettre en pièces

(I) PLCT., ne de Sytla.c. 13. C.

(») Hat. B/st.. VU , 53. C.

(3J Liv. rv , p. JC4. Hérodote n’en parie qœ par oui-dire et déclare positivement qu’il ne le croit point. C.

(4) Dioc. Uerce , I , H® ; Puns , VII , M. J. V. L.

(B) Donnée en 15M , sous le régne de Chariot B. *

. (o) Pwt., rftdt Phtiopctn,cn , c. 0. c.

CIlAP. XL1V. 149

à sa veue, commencea la charge sur les ennemis au battaillon de leurs gents de pied , lors qu’il les veid tout à fait abandonnés de leurs gents de cheval ; et bien que ce feussent Lacedemoniens, d'autant qu’il les print à l’heure que, pour tenir tout gaigné, ils commençoient à se desordonner, il en veint ayséement à bout ; et, cela faict, se meit à poursuyvre Machanidas. Ce cas est germain à celuy de monsieur de Guyse.

En ceste aspre battaille d’Agesilaus contre les Boeotiens, que Xenopbon *, qui y estoit, dict estre la plus rude qu’il eust oneques veue, Agesilaus refusa l’advantage que fortune luy presentoit, de laisser passer le battaillon des Bceotiens et les charger en queue, quelque certaine victoire qu’il en preveist, estimant qu’il y avoit plus d’art que de vaillance; et, pour montrer sa prouesse, d’une merveilleuse ardeur de courage choisit plustost de leur donner en teste; mais aussi feut il bien battu et bien blecé, et contrainct enfin de se desmesler, et prendre le party qu’il avoit refusé au commencement, faisant ouvrir ses gents pour donner passage à ce torrent de Boeotiens ; puis, quand ils feurent passés, prenant garde qu’ils marchoient en desordre comme ceulx qui cuidoient bien estre hors de tout dangier, il les feit suyvre et charger par les flancs ; mais pour cela ne les penlt il tourner en fuitte à val de route ; ains sc retirèrent le petit pas, monstrants toujours les dents, jusques à ce qu’ils se feussent rendus à sauveté.

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