CHAPITRE LIII
D'un mot de Cœsar.
Si nous nous amusions par fois à nous considérer, et que le temps que nous mettons à eonirerooHer aullruy et à cognoistre les choses qui sont hors de nous, que nous l’empluy issioos à nous sonder nous mesines , nous sentirions ayscement combien toute ceste noslre contex-
(l) Pll't. Caton le censeur, c. S. C.
fs) val. Maxime, IV, 5, Ht C.
(3j SCi., Comol. ad Helviam, c. H, C.
(*) Put , dans la Vie des Gr acquêt, c. 4. Mais Id Montaigne abuse de ce passage, qui ne fait rien A son sujet ; car Plutarque y déclare expressément qu'on ne donna cette petite somme à Tiberius Gracchus que pour luy faire despit ei Honte , comme parie Ainyob C.
ture est bastie de pièces foibles et desfaillantes. N’est ce pas un singulier tesmoignage d’imperfection, ne pouvoir r’asseoir nostre contentement en aulcune chose, et que, par désir mesme et imagination, il serpit hors de nostre puissance de choisir ce qu'il nous fault? De quoy porte bon tesmoignage ceste grande dispute qui a tousjours esté entre les philosophes pour trouver le souverain bien de l’homme, et qui dure eneores, et qui durera éternellement sans, resolution et sans accord.
Pu ta abêti quod avemut , id exsupernre videtur Ccrlera ; jto.it alluil, quant contifjlt illud, avemut,
Et Aitis œqua tenet ' .
Quov que ce soit qui tumbe en nostre cognoissanec et jouissance, nous sentons qu’il ne nous satisfaict pas, et allons becanl après les choses advenir et incogncucs, d’autant que les présentés ne nous saoulent point ; non pas, à mon advis, qu’elles n’ayent assez de quoy nous saouler, mais c’est que nous les saisissons d'une prinse malade et desreglée :
Xam ijuiim vldil Mc, ad riavm 4 u/c fluijilat veut,
I )mnia jam ferme mortulibus esse parata ;
Dirlflis hominet, et honore, et lande patentes Affluere, uique botta natorum excellere fanui ;
Sec minus este domi cuiqunm ta met i att.xiu corda,
Al que attimum htfulii coiji tendre qtterelis :
Intellejrlt ibi vltiutn vas efficere Ipsum,
Omniaque, illtus vltio, corrumpicr tnlus,
Quce colla la forts et commoda q turque veulretU
Nostre appétit est irrésolu et incertain; il ne sçait rien tenir ny rien jouir de bonne façon. L’homme, estimant que ce soit le vice de ce» choses qu'il tient, se remplit et se paist d’aultres choses qu’il ne sçait point et qu'il ne cognoist point, où il applique ses désirs et ses espérances, les prend en honneur et reverepee, comme dict Cæsar ; Commun! fil vitio naturœ, ut invitis , latilanlibue algue incognito rébus magie confidamue , vehementiusque exlcrrcamur ».
(I) Le bien qu’on n'a pas paraît toujours le. bien suprême. E11 Jouit ■on? c’est pour toupircr,aprè* un autre avec la même ardeur. Li'cn., III, 1005
|8) Epieu ré considérant qué le* mortels ont b peu près tout ce qui leur est nécessaire, et que cependant, avec des richesses, des honneur*, de la gloire, ei de* enfants bien nés, ils n'en sout pas moins en proie A mille chagrins intérieurs, et qulb ne peuvent s'empêcher de gémir comme des esclaves dam le* fers, comprit que tout le mal rient du vase même, qui, corrompu d'avance, aigrit et altère ce qu'on y verse de plus précieux. Luc., VI, 9.
1 (3) Il ee faict, par un vice ordinaire de nature, qne nous