‹ Œuvres de Michel de Montaigne. Avec une notice biographiqueChapitre 41 sur 449 · LIVRE I, CHAP. VI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. VI

il n'a voit pas esté parlé des nuicts; mais les ! dieux vengeront ceste perfide subtilité1 *.

Pendant le parlement, et qu’ils musoienl sur , leurs seuretés, la ville de Casilinum feut saisie 1 par surprime1, et cela pourtant au siecle et des plus justes capitaines et de la plus parfaictc milice romaine ; car il n’est pas dict qu’en temps ; et lieu il ne soit permis de nous prévaloir de la sottise de nos ennemis, comme nous faisons de leurlascheté. El certes la guerre a naturellement beaucoup de privilèges raisonnables au préjudice de la raison ; et icy fault la règle neminem id agtre, ut ex alterius prœdetur inscitia3 * : mais je m’estonnede l’cstenduc que Xenophon* leur donne, et par les propos et par divers cxploicts de son parfaiet empereur ; aucteur de merveilleux poids en telles choses, comme grand capitaine et philosophe des premiers disciples de Socrates ; et ne consens pas à la mesure de sa dispense en tout et par tout.

Monsieur d’Aubigny assiégeant Capou’, et après y avoir faict une furieuse batterie, le sei- ! gneur Eabricc Colonne, capitaine de la ville, ayant commencé à parlementer de dessus un bastion, et scs gents faisants plus molle garde, les nostres s’en emparerent et meirent tout en pièces. Et de plus freschc mémoire, à Yvoy», le seigneur Julian Rommero, ayant faict ce pas de clerc de sortir pour parlementer avecques monsieur le connestable, trouva au retour sa place saisie. Mais à fin que nous ne nous en allions pas sans rcvenche, le marquis de Pesquaire assiégeant Gènes, où le duc Octavian Eregosc commandoit soubs nostre protection, et l’accord entre eulx ayant este poulsé si avant qu on le , tenoit pour faict , sur le point de la conclusion, les Espaignols, s’estants coulés dedans, en usèrent comme en une victoire planierc8. Et depuis, à Ligny en Barrois, où le comte de îtrienne commandoit, l’empereur l’ayant assiégé en personne, et Bertheville, lieutenant du dict comte, estant sorty pour parlementer, j

(l) Punnoce, Apophlhnymrt dn Lacattmomtm, 4 l'artick' Cléoméne. Montaigne copie AmyoL C.

(il TITR Ij vf., XXIV, 19. C.

(з) Que |MTsonne ne doit clierrher à Jfaire son profil -de la •otlisc d'autrui. CIC., de Offic , M, 17.

(1} Dans sa Ojropédie. <;.

. (3) Yvoy ou cariguan, petite ville dc'Tancicn' Luxemliourg i

français (département des Ardennes;, sur la rivière de Cliicrs,

à quatre lieues de Sedan. J. V. L. .•

(и) Mémoires de Xmitixdi’ Biu.Ar.liv. II. C-

pendant le parlement h ville se trouva saisie1.

Fù il vincer sempremai laudabil cosa ,

Yincati o per forttma, o per ingegno , ,

disent ils ; mais le philosophe Chrysippus n’eust pas esté de cest advis ; et mov aussi peu ; car il disoit que ceulx qui courent à l’envy doibvent bien employer toutes leurs forces à la vistesse, mais il ne leur est pourtant aucunement loisible de mettre la main sur leur adversaire pour l’arrester, ny de lui tendre la jambe pour le faire cheoir5 * *. Et plus généreusement cneores ce grand Alexandre à Polypercon, qui lny suadoit de se servir de l’advantage que l’obscurité de la nuict lui donnoit pour assaillir Darius : - Point, dict il, ce n’est pas à moy de chercher des victoires desrobées : malo me fortunée pceniteat, quam Victoria pudeat *. »

Alquc idem fugienicm h aud est dignatus Oroden Sternere, ne c jacta exeettm dare cuspide vulnus : Obvias, adversoque occurrit, seque riro t tir Contulit, haud furto melior, sed forlibus armis ».

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