‹ Œuvres de Michel de Montaigne. Avec une notice biographiqueChapitre 433 sur 449 · AUTRE LETTRE A SON PÈRE · texte numérisé non relu

AUTRE LETTRE A SON PÈRE

A MOSSHCXl lIt UOXSEIGXECn DR MO.VTAIGNK.

Monseigneur, suyvant la charge que vous

(I) Celle lellrc de Montaigne A son père se trouve au-devant de la Théologie naturelle tic Raimond Scbond, « traduiclc nouvellement en franco» i ta r messin: Michel, seigneur de Montaigne, chevalier de Tordre du roy cl gentilhomme ordinaire

me donnastes l’année passée chez vous à Montaigne, j’ay taillé et dressé de ma main, à Raimond Sebond, ce grand théologien et philosophe espaignol, un accoustrcment à la françoise, ell'aydeveslu, autant qu’il a esté en moy, de ce port farouche et maintien barharesque que vous luy veites premièrement : de maniéré qu’à mon opinion il a rneshui assez de façon et d’entregent pour se présenter en toute bonne compaignie. 11 pourra bien eslre que les personnes délicates et curieuses y remarqueront quelque traict et ply de Gascongne : mais cc leur sera d’autant plus de honte, d’avoir, par leur nonchalance, laissé prendre sur euixeest advanlage à un homme de tout poinct nouveau et aprenty en telle besongne. Or, monseigneur, c’est raison que soubs vostre nom il se poulse en crédit et mette en lumière , puisqu’il vous doibt tout ce qu’il a d’amendement et de refomialion. Toutesfois je vcois bien que, s’il vous plaist de compter aveeques luy, ce sera vous qui luy debvrez beaucoup de reste ; car, en cschangc de ses excellents et très religieux discours , de scs hnullaincs conceptions et comme divines, il se trouvera que vous n’y aurez apporté de vostre part que des mois et du langage; marchandise si vulgaire et si vile que, qui plus en a, n’en vault, à l’adventure, que moins.

Monseigneur, je supplie Dieu qu’il vousdoint très longue et très heureuse vie. De Paris, ce 18 de juin 1568.

Vostre très humble et très obéissant fils, Michel de Moxtaic.xe.

iir

A MONSIEUR DE I.ANSAG \

Chevalier tic l’ordre du roy, conseiller de «on conseil privé, sur-intendant de ses nuances, el capitaine tic ceut gentilshommes tic sa mais un.

Monsieur, je vous envoyé la Mesnagcrie de

tic sa chambre; » Paris, chez Gabriel Ruou, 1509. Le père tic Montaigne, mort cette année même, ne put voir celte traduction imprimée. Il y a d'autres éditions, l'art*, chez Michel Soui tins, t.’»xt ; Rouen, chez Romain de Beauvais, IG03; Touruoo, MKKi; Rouen, citez Jean de La Mêro, 1641, etc. Voyez le chap. 13 du second livre des Essai. ». J. V. I~

<i) Lettre qui se trouve au-devant de In Nesttaycrlc (te XenofiJiun et tics autres traductions de La Boétie, imprimées chez Fedcric Morel, en 1571, fol. a. Celle dédicace doit être de Tau 1570, comme toutes celles qui sont comprises dnus ce volante cl qui portent une date précise. Voy. norre première itote sur ces lettres. J. V. L.

(3} Louis de Sidnl-Cdais, seigneur de Lansac, nommé coq-

LETTRE III

Xcnophon mise on françois par feu monsieur de la Ilot-lie : présent qui m'a semblé vous estre propre, tant pour estre party premièrement, comme vous savez, de la main d’un gentilhomme de marque * , très grand homme de guerre et de paix, que pour avoir prins sa seconde façon de ce personnage1 que je sçais avoir esté aymé et estimé de vous pendant sa vie. Cela vous servira lousjours d’aiguillon à continuer envers son nom et sa mémoire vostre bonne opinion et volonté. Et hardiement, monsieur, ne craignez pas de les accroistrc de quelque chose : car ne l’ayant gousté que par les tesmoignages publics qu'il avoit donnés de soy, c’est à moy à vous respondre : qu'il avoit tant de degrés de suffisance au-delà, que vous estes bien loing de l’avoir cogneu tout entier. Il m’a faiet cest honneur, vivant, que je mets au compte de la meilleure fortune des miennes, de dresser avecques moy une cousture d’amitié si estroictc et si joincte qu’il n’v a eu biais, mouvement, ny ressort en son aine, que je n’ave peu considérer et juger, au moins si ma veue n’a quelquefois tiré court. Or, sans mentir, il estoit à tout prendre, si près du miracle, que pour, me jeetanl hors des barrières de la vraysemblancc, ne me faire mescroirc du tout, il est force, parlant de luy, que je me resserre et restreigne au dessoubs de ce que j’en scais. Et pour ce coup , monsieur , je me contenteray seulement de vous supplier, pour l’honneur et révérence que vous devez à la vérité , de tesmoigner et croire que nostre Guyenne n’a eu garde de voir rien pareil à luy parmi les hommes de sa robbe. Soubs l’esperance doneques que vous luy rendrez cela qui luy est très justement deu, et pour le refresehiren vostre mémoire , je vous donne ce livre , qui tout d’un train aussi vous respondra de ma part que, sans l’expresse deffensc que m’en faict mon insuffisance, je vous presenterois autant volontiers quelque chose du mien, en rccognoissancc des obligations que je vous doibs , et de l’ancienne faveur et amitié que vous avez portée à

Briller d'état par Charles IX, ou plutôt par ta rrino-mère Catherine tic Mi’dk’is, au mois «le mai luis. J. V. L.

(I) Xénoption. Le litre de gentilhomme que lui donne Montaigne pourrait le taire méconnaître. Peut-être l'aurait-il désigné plus bonorablcnicul s'il l'eut nomme tout simplement un citoyen d'Athènes. C.

* (3j) D’EsUcnnc de La Docile.

! cculx de nostre maison. Mais , monsieur , à l'aulte de meilleure monnoye, je vous offre en payement une très asseurée volonté de vous faire humble service.

Monsieur, je supplie Dieu qu’il vous maintienne en sa garde.

Vostre obéissant serviteur ,

Michel de Montaigne.

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