‹ Œuvres de Michel de Montaigne. Avec une notice biographiqueChapitre 441 sur 449 · EST1ENNE DE LA BOETIE · texte numérisé non relu

EST1ENNE DE LA BOETIE

& D'avoir plusieurs seigneurs aulcun bien Je ne veoy :

Qu'un, sans plus, suitjlc mautre, el qu'uu seul soit le roy ».

ce dict Ulysse en Homère, parlant en public. S’il n’eust dict, sinon

D’avoir plusieurs seigneurs aucun bien je ne veoy ,

cela estoit tant bien dict que rien plus : mais, au lieu que, pour parler avec raison, il falloil dire : que la domination de plusieurs ne pouvolt estre bonne, puisque la puissance d’un seul, dès lors qu’il prend ce libre de maistre, est dure

(I) Montaigne avait d'abord .voulu faire entrer dans ses Estait, liv. I, c. 57, le célèbre traité de son ami sur la Servitude volontaire, et depuis l’édition de 17 45, il eu est inséparable. Ce discours fut d’abord publié dans les Mémoires de l’estai de France sous Charles IX , Midelbourg, 157». in-8©, t. III, fol. 83, verso; et 01» l'a reproduit ft Paris en 1780, mis en nouveau français, a la suite du discours de Itarius, dans Salluste, Jtig., c. 83, traduit dans tes mémos intentions. Sur ce traité, compoié par La Doclie à 10 ai», c'est-à-dire en 1613, on l'a’iit voir le cliap. 27 du premier livre dos Estait.

Les autres œuvres de La Boétie sont des traductions de divers traités de Xcnophon, d’Aristote et do Plutarque, dont nous avons donné le titre dans La première note sur les Lettres de Montaigne, et qui sont suivies de quelques poésies latines; les vingt-neuf sonnets transcrits dans les EiMfi, liv. I, r. 28, les Vers français publiés par Montaigne à Paris, en 1375; entin, T Historique description du solitaire et sauvage pais de g tittnc, 1SÜ3, in-15, ù Laquelle on a Joint quelques vers que 800 ami n’avait point publies. Il avait composé aussi, comme Montaigne nous l'apprend, des Mémoires sur l’édit de Janvier 1305, lesquels sont probablement restés manuscrits. J. V. I..

(2) Où* drfxôo* tî; X'.îportc; firw,

El; ftatfXiu;.

Homère, Uiatle, II, 304.

et desraisonnable, il est allé adjouster tout au rebours,

Qu'uu, tous plus, soit le maistre, et qu'un seul soit le roy ,

Toutesfois, à l’adventurc, il fault excuser Ulysse, auquel possible lors il estoit bcsoing d’user de ce langage et de s’en servir pour appaiser la révolte de l’armée, conformant, je crois, son propos plus au temps qu’à la vérité. Mais, à parler à bon escient, c’est un extrême malheur d’estre subject à un maistre duquel on ne peult estre jamais asseuré qu’il soit bon, puis qu’il est tousjours en sa puissance d’estre mauvais quand il vouldra : el d’avoir plusieurs maistres, c'est autant que d’avoir autant de fois à estre extrêmement malheureux. Si ne veulx-je pas pour eeste heure débattre ccste question tant pounnenée, à sçavoir « si les aultres façons de republicques sont meilleures que la monarchie : » A quoy si je voulois venir, encores vouldrois-je sçavoir, avant que mettre en doubte quel reng la monarchie doibt avoir entre les républiques, si elle y en doibt avoir aulcun ; pourcc qu'il est malaysé de croire qu’il y ait rien de public en ce gouvernement , où tout est à un. Mais ceste question est réservée pour un aultre temps, et demanderait bien son traicté àpart.ouplustost amènerait quand et soy toutes les disputes politiques.

Pour ce coup, je ne vouidrois sinon entendre, s’il est possible , et comme il se peult faire que tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations, endurent quelquesfois un tyran seul, qui n’a puissance que celle qu'on

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