‹ Œuvres de Michel de Montaigne. Avec une notice biographiqueChapitre 50 sur 449 · LIVRE I, CHAP. XIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XIII

moyen au pape d’y estro le premier et y sur- 1 veint après luv. C’est, disent-ils, une cerimonie j ordinaire aux abouchements de tels prinees, ; que le plus grand soit avant les aultres au lieu assigné, voire avant celuy chez qui se faict l’assemblée ; et le prennent de ce biais, que| c’est à fin que eeste apparence tesmoigne que c’est le plus grand que les moindres vont trouver, et le recherchent, non pas luy eulx.

Non seulement ehasque pais, mais chasque cité, et chasque vacation ', a sa civilité particulière. J’y ay esté assez soigneusement dressé en mon enfance, et ay vescu en assez bonne compagnie pour n'ignorer pas les loix de la nostre françoise, et en tiendrois eschole. J’aymc à les ensuivre, mais non pas si couardement que ma vie en demeure contraincle : elles ont quelques formes pénibles, lesquelles pourveu qu’on oublie par discrétion, non par erreur, on n'en a pas moins de grâce. J’ay veu souvent des hommes incivils par trop de civilité, et importuns de courtoisie.

Cest. au demourant une très utile science que la science de l’entregent. Elle est, comme la grâce et la beaullé, conciliatrice des premiers abords de la société et familiarité ; et par conséquent nous ouvre la porte à nous instruire par les exemples d'aultruy, et à exploicter et produire nostre exemple, s’il a quelque chose d’instruisant et communicable.

CHAPITKE XIV*.

On est puny pour s'opiniastrer à une place sans raison.

La vaillance a ses limites comme les aultres vertus , lesquels franchis, on se treuve dans le train du vice : en manière que par chez elle on se peult rendre à la témérité, obstination et folie, qui n’en sçait bien les ' bornes malaysécs en vérité à choisir sur leurs confins. De ceste considération est née la coustume que nous avons aux guerres, de punir, voire de

fin de l'année iKSî. La réflexion suivante est def.t icciardim, liv. XX. C.

(I) Chaque état, chaque profusion.

{H Montaigne plaçait Ici, dans l'édition de 1588, le chapitre intitulé. Que le goust des Mens et des mauix despend, en bonne partie, de (‘opinion que nous en avons. Il co a fait depuis le quarantième de ce premier livre. J. V. L.

! mort, ceulx qni s’opiniastrent à deffendre nnc j place qui par les réglés militaires ne peult csire soustenuc. Aultrcment souhs Fesperanee de l’impunité, il n'y auroit poullier 1 qui n’arrostast une année.

Monsieur le eonnestable de Montmorency, au siégé de Pavie, ayant esté commis pour passer le Tesin et sc loger aux fauxbourgs Sainct- Antoine, estant cmpesché d'une tour au bout du pont, qui s’opiniastra jusqu'à se faire battre, feit pendre tout ce qui estoit dedans5 ; et encnrcs depuis, accompaignant monsieur le Dauphin au voyage delà les monts, ayant prins par force le chasteau de Villane, et tout ce qui estoit dedans ayant esté mis en pièces par la furie des soldats, horsmis le capitaine et l’enseigne, il les feit pendre efcstrangler pour ceste mesme raison3 : comme feit aussi le capitaine Martin du Bellay, lors gouverneur de Turin en ceste mesme contrée, le capitaine de Sainct Bony, le reste de scs gents ayant este massacré à la prinse de la place 4.

Mais d’autant que le jugement de la valeur et foiblessc du lieu se prend par l’estimation et contrepoids des forces qui l’assaillent ( car tel s’opiniastreroit justement contre deux eoulcuvrines qui feroit l’enragé d’attendre trente canons ), où se met encores en compte la grandeur du prince conquérant, sa réputation, le respect qu’on luy doibt ; il y a danger qu’on presse un peu la («dance de ce costé là : et en advient par ees mesmes termes, que tels ont si grande opinion d’eulx et de leurs moyens que, ne leur semblant raisonnable qu’il y ait rien digne de leur faire teste, ils passent le coulteau partout où ils trouvent résistance, autant que fortune leur dure ; comme il se veoid par les formes de sommation et desfi que les princes d’ürient, et leurs successeurs qui sont encores, ont en usage, (1ère, hau Itaine et pleine d’un commandement barbaresque. Et au quartier par où les Portugalois oscornerent les Indes, ils trouvèrent des estats avecques ceste loy universelle et inviolable, que tout ennemv vaincu par le roy en presenee, ou par son lieutenant, est hors de composition de rançon et de mercy .

Ainsi sur tout il se fault garder, qui peult, de

(I) Poulailler (bicoque).

(*) Mémoires tic Martin dc Bellay, Uv. n,C.

(X) Mem. de CciLUirxE dc Bellay, Uv. VIII , C.

(4) Id., Wld., ||v. IX.

tumber entre les mains d'un juge ennemy, victorieux et armé.

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