Texte de l'édition originale, pp. v à xvj
2. Nous appelons hllU'.ts de confiance ceux de la caisse d'escompte connus dans le public sous le nom de billels noirs et rouges. Ils diffèrent du papier monnaie en ce que le public est forcé de recevoir celui-ci, au lieu qu'il peut refuser les autres. La
manière la plus commode, la moins onéreuse, la plustransportable, un numéraire qui ne possédera jamais au même degré aucun de ces avantages, sont aujourd'hui Tun des principaux instruments de la puissance.
Une des grandes utilités de ces institutions ingénieuses, mais délicates, est de faciliter les échanges en multipliant les signes représentatifs des nécessités et de la richesse.
Cette facilité des échanges par la multiplication des signes est plus loin que jamais d'être indifférente, grâce au mauvais système des monnaies qui gouverne l'Europe. Plus le commerce s'étend, pins il faut de monnaie pour la commodité des spéculations. Plus la population s'accroît, plus aussi il faut de monnaie, puisqu'il est impossible de concevoir dans nos sociétés un individu qui n'ait pas besoin de quelque argent pour échanger ce qu'il est en état de fournir, contre ceux de ses besoins pour lesquels il ne peut se passer d'autrui.
Mais la monnaie renferme deux choses : l'une variable, et c'est la valeur de l'or, et de l'argent, considérés comme marchandises; l'autre invariable, et c'est la dénomination numérique du métal monnayé.
Si le métal devient rare à proportion des besoins, il renchérit comme marchandise, et sa valeur intrinsèque perd son rapport avec la valeur numérique ou dénominative du métal monnayé. La différence devient plus considérable à proportion que cette rareté, relative aux besoins de la monnaie et du luxe, est plus grande, jusqu'à ce qu'une insuffisance absolue se fasse sentir. Telle est précisément aujourd'hui la situation des choses.
Le besoin d'augmenter partout la masse des métaux monnayés, et les consommations du luxe toujours croissant, excèdent de beaucoup la proportion qui existait entre les sources des métaux et leur distribution, lorsqu'on fixa la valeur des monnaies. Ainsi, par exemple, on ne peut
défiance accompagne ordinairement le papier-monnaie : les billets de confiance au contraire n'ont besoin que d'appartenir à un bon régime, pour jouir du plus grand crédit. {Note de Mirabeau ]
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plus avoir pour 24 livres la quantité d'or nécessaire pour l'aire un louis; et s'il ne s'ouvre pas quelque nouvelle mine d'or et d'argent, et qu'il faille absolument frapper des louis, il faudra diminuer le titre, c'est-à-dire, la valeur intrinsèque de l espèce, ou hausser sa valeur numérique, ce qui revient au même.
Mais cette opération est très délicate : on la retarde tant qu'on peut, non (ju'elle soit injuste, mais parce qu'elle est toujours regardée comme telle par un effet naturel et nécessaire, soit de l'ignorance sur le vrai rapport des choses, soit des préjugés qui naissent à la suite de l'ignorance, et quon prend pour la science, et aussi parce qu'on se rappelle toujours avec effroi les vexations dont cette opération a trop souvent été le prétexte.
D'ailleurs, on est longtemps incommodé de la rareté des espèces avant que de connaître distinctement la cause do ce qu'on éprouve. On regarde la disette du numéraire comme momentanée ; et ce n'est qu'après en avoir longtemps souffert que l'on cherche à y remédier. Or, les caisses d'escompte ont au moins la propriété de retarder beaucoup ces époques embarrassantes, puisqu'elles suppléent à la monnaie par des billets de confiance, qui valent autant lorsfjue cette confiance a une base solide. Les établissements de ce genre sont donc nécessaires sous ces rapports.
Ils ne le sont pas moins pour entretenir l'intérêt de l'argent à un taux plus bas et plus uniforme qu'il ne l'était ivant leur établissement, et cette opération de première importance est également favorable à l'agriculture, aux manufactures, au commerce et aux finances. Grâce au bas prix de l'intérêt de l'argent, l'agriculture est encouragée ' ;
\. Entre plusieurs considérations qui démontrent cette vérité, il en est une qui doit frapper tous tes esprits par sa simplicité. Si un terfciin en Friche demande l.OÛO libres par exemple, pour le rendre susceptible d'un produit net de IJO livres par an, et que l'argent soit à 6 p. 100, le propriétaire n- l'entreprendra probablement pas car il perdrait au défrichement. S'il est à 5, il n'y gagnerait rien : s'il est à 4 p. 100, il gagnera 20 livres par an sur chaque 1.000 livres qu'il emploiera: il préférera donc le défrichement à un placement l'argent. {N. de M.)
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les manufactures, sans augmenter leurs charges, emploient de plus grands capitaux*; le commerce s'ouvre de nouvelles branches dont le haut prix de l'argent Tavait exclu jusqu'alors' et les gouvernements acquièrent des moyens de soulager le peuple sans nuire à leurs revenus '.
Ces grandes considérations, et même celles relatives à la facilité que la réduction de Tintérêt donne aux souverains d'emprunter, en augmentant plus lentement, si ce n'est en diminuant la dette publique, nous paraissent faites pour plaire aux bons esprits. Il y a tant d'inconvénients, tant de désastres de tout genre et vraiment effroyables, attachés aux principes dans lesquels beaucoup d'hommes légers, et peut-être aussi quelques hommes profonds, mais peu sensibles, n'attendent le remède du mal que de ?on excès, que tout ce qui peut l'adoucir sera toujours préféré par les esprits modérés et les cœurs bien faits. Les caisses d'es-
1. Qu'une manufacture emploie un capital de 100.000 livres d'argent à 5 p. 100, c'est 5.000 livres par an quil lui en coûte. Que l'argent tombé à 4, l'entrepreneur de la manufacture pourra faire à son choix, de deux choses l'une: ou il diminuera d'autant le prix de ses productions, et profitera de l'augmentation de débit, occasionné parla diminution du prix; ou bien il portera son capital de 100.000 livres à 125.000 livres sans augmenter ses charges. {N.deM.)
2. Qu'un négociant de France fasse de compte à demi avec un négociant de Hollande une entreprise quelconque en commerce étranger, qu'ils établissent chacun 100.000 livres de fonds; que l'argent coûte au négociant français 5 p. 100, au Hollandais, 3; que le bénéfice, au bout de l'an, soit de 8.000 livres : c'est 4.000 livres pour chacun. Mais à quoi aura abouti leur industrie mutuelle, si ce n'est à enrichir le commerçant de Hollande de 1.000 livres aux dépens de celui de France? Et n'est-ce pas une branche de commerce perdue pour l'Etat? car personne ne consentira jamais à faire le commerce à ses dépens. (A'', de M.)
3. Dans tous les emprunts public?, à quelque usage qu'on les destine, il faut charger le peuple en raison de l'intérêt payé pour ces emprunts. Si 100 millions coûtent 6 p. 100, voilà 6 millions annuels dont il faut augmenter les impôts; mais si l'on ne paie que 4 p. 100, il ne faudra imposer que 4 millions au lieu de 6, ou bien, avec ces mêmes 6 millions d'imposition, on pourra emprunter IbO millions au lieu de 100, et cela sans que les revenus publics soient plus grevés dans un cas que dans l'autre. {N. de M.)
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compte sont donc, sous bien des aspects, des établissements précieux qui méritent intérêt et faveur.
Mais plus ils en sont susceptibles par Tutilité dont ils peuvent et doivent être au public, et plus il importe qu'ils soient administrés d'après des règles invariables qui en perpétuent les avantages, et qui en écartent les abus. Nous examinerons dans cet ouvrage ceux auxquels la caisse d'escompte établie à Paris se trouve exposée par la nature des choses; et nous chercherons les moyens de les prévenir ou (l'y remédier. Commençons par donner une idée succincte mais précise de sa constitution, et par établir quels sont les droits du public sur cette banque '.
GHAtMTItE II
InstUulion (le la Caisse d'escompte. Quels sont tes droits du public SU7' cette banque ?
Mirabeau établit que la Caisse d'Escompte n'est pas instituée i)Our le profit de quelques particuliers, des grandes maisons de banque, de commerce ou d'industrie, des marchands d'actions, des administrateurs et des actionnaires, mais qu'elle est créée pour l'intérêt général du public, tous ayant un droit éiral à ses services. 11 la définit ainsi :
La caisse d'escompte est un établissement formé pour avancer sous la déduction de l'intérêt le montant des lettres de change qui ont encore du temps à courir avant leur échéance. C'est cette déduction qu'on appelle escompte ^
La caisse d'escompte jouit de la faculté d'acquitter les valeurs qu'on lui donne avec des billets de confiance payables aux porteurs en écus à l'instant où ils le désirent. Ces billets circulent dans le public comme des espèces; mais personne ne peut être contraint à les recevoir dé qui que ce soit en paiement.