‹ Œuvres de MirabeauChapitre 123 sur 168 · Page · texte numérisé non relu

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muler ce (ju'un philosophe pourrait dire soit en morale, soit en théorie politique, contre les marchés qui en sont l'objet dans leur rapport avec le jeu.

A Dieu ne plaise que nous soyons les apologistes du jeu, ou même, et pour parler avec plus de justesse, des spéculations quelconques dans lesquelles peu de temps et peu de moyens déterminent des bénéfices qui ne doivent être le fruit que du travail long et assidu d'un grand nombre d'hommes, et peut-être de grandes avances. Nous savons tout ce que le système funeste des spéculations de finances a coûté de bonheur et d'innocence aux sociétés; nous savons ce que peut et doit produire Faction de la cupidité exaltée par la facilité de faire des bénéfices très considérables et très accélérés; nous savons que la manie ou plutôt la fureur du jeu infeste tous les rangs, trouble le repos, souille les mœurs, isole et dessèche les hommes, nous savons surtout que le jeu sur les fonds publics, en facilitant les emprunts dont il soulève le poids, favorise les passions des administrateurs, exagère, égare, enivre la puissance, foriiente, resserre, confirme l'esclavage, aggrave l'oppression et dégrade l'espèce humaine : car lorsque l'homme n'est plus qu'une denrée, il est impossible qu'il soit même la première... Nous savons tout cela; et si l'on pouvait donner subitement aux hommes réunis un autre ordre de choses à choisir, ou s'il était seulement question de proposer des réformes, nous osons le dire sous la dictée de notre conscience, il est peu d'hommes peut-être qui présentassent avec plus d'énergie et d'étendue que nous, toutes celles que le bonheur du genre humain réclame depuis trop longtemps.

Mais si tel est Tétat de maturité, si ce n'est de pourriture, auquel les corps politiques sont parvenus, que toutes les réformes qui supposent la reconstruction de l'édifice social, ou plutôt de toutes les sociétés, que toutes ces réformes considérées dans l'étendue et la généralité qu'elles devraient avoir pour être réelles, sûres, essentielles et durables, ne sont plus que des utopies impossibles à réaliser; si l'on ne doit rien espérera cet égard que des siècles ou des révolutions dont l'imagination s'effraie ; faut-il, en atten-

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<lant, provoquer, consommer, justifier par des déclamations plus oratoires que morales (car mal est ce qui nuit et seulement ce qui nuit], t'aut-il justifier des injustices particulières qui blessent profondément les faibles restes de la morale de la nature, je veux dire ces principes de bonne loi, qui seuls dans la sentine de corruption que la civilisation produit plus tôt ou plus tard, mais infailliblement, puissent encore unir les hommes? Et parce qu'en écrivant l>our des nations nouvelles, ou en nous livrant à des abstractions philosophiques dont le développement et la déduction produisent toujours quelques vérités de détail utiles, du moins pour les générations futures, nous avons tracé les principes d'une morale spéculative dont aucune institution civile n'aurait altéré la ])urelé, pour<iuoi nous serait-il défendu de considérer quels sont les droits des hommes dans un ordre de choses qu'hélas ! ils n'ont point choisi, relativement aux occupations peu favorables, peu intéressantes, .affligeantes même, ou si l'on veut déplorables, qu'emportent les combinaisons de l'industrie, lorsque de mauvais gouvernements, des gouvernements ignorants et dissipateurs, l'ont condamnée à l'indifférence des moyens, en disgraciant toutes les professions plus douces, plus heureuses, plus aimables?

Instituteurs des humains, oublierez-vous sans cesse, ou feindrez-vous toujours d'ignorer que les rapports sont la base de toute morale ? Vous méconnaissez, vous intervertissez, vous dissimulez, vous déguisez tous les rapports, vousconfondez le conseil et le précepte, le précepte et le conseil ; au faible, au pauvre, à l'infortuné, vous ne départissez que des devoirs; au fort, au riche, au puissant, vous adjugez tous les droits, et vous voulez tracer des codes de morale ! Instituteurs des humains, jugez les gouvernants, si vous voulez juger les gouvernés; rendez-nous l'âge d'or, ou n'exigez pas de nous son innocence...

Eh ! si l'œil austère de la philosophie tombait sur les professions les plus honorées de la société ; s'il lui fallait apprécier, par exemple, cet horrible jeu de la guerre auquel nous accordons tant de gloire, et qui mérite tant d'infamie:

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qu'y verrait donc un sage, un moraliste, si ce nesl l'épouvantable férocité de ceux qui, pour un intérêt quelconque, et sans avoir même Texcuse d'un ressentiment personnel, vont égorger eux et leurs semblables ? Quel homme portant un uniforme ne lui ferait pas horreur?... Cependant des hommes honnêtes étalent journellement à nos yeux cet habit de désolation et de carnage. Il faut donc convenir que dans un certain ordre de choses un homme même assez moral peut faire un métier, une spéculation, un irain très immoral dans ses conséquences.

Après ces arguments d'ordre générai, qui ne sont guère que des précautions oratoires, Mirabeau combat plus spécieusement que fortement les raisons pour lesquelles le Conseil d'État du roi a annulé par un arrêt, les opérations faites par les joueurs, sur les actions el les dividendes de la Caisse d'escompte. Mirabeau demande que cet arrêt si défavorable aux joueurs à la baisse soit rapporté comme attentatoire à la liberté des transactions, et immoral, en ce qui concerne leur honnêteté et leur sûreté.

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