DE LA BANQUE D'ESPAGNE
l'KEFACE ^
L'écrit que j'abandonne mainter • i à la presse est la suite naturelle de mon ouvrage sur 1.* Caisse d'Escompte. Je demande encore une fois queljue indulgence pour les défauts d'une exécution très hâtée et par conséquent très imparfaite.
Le lecteur ne saurait s'exagérer la rapidité avec laquelle ce Livre a été conçu et rédigé. Mais quand il l'aura lu, quand les détails et les discussions qu'il renferme Tauronl convaincu que le danger qui m'a fait prendre la plume menace très sérieusement la chose publique, loin de se plaindre de ma précipitation, j'ose croire qu'il me saura gré du sacrifice de mon amour-propre. Lorsqu'il faut courir aux pompes, il n'est pas temps de songer à sa toilette.
C'est dans les spéculations de finances que le charlatanisme jouit de tous ses avantages. Il sait que l'espoir du gain n'a besoin que d'être offert pour séduire. Telles sont même les illusions de ce genre qu'un homme qui ne se permettrait pas d'acheter une pièce d'étoffe pour son magasin, sans la retourner dix fois, se livre pour des sommes considérables au jeu d'effets, dont il ne connaît, sous aucun rapport, ni l'histoire, ni la propriété, ni la nature.
Si Ton n'avait pas tous les jours des exemples frappants de cette absurde conduite, on ne se persuaderait jamais à quel point les instances de la cupidité surmontent la logique du bon sens et repoussent la réflexion.
Cependant cette bizarre insouciance sur les vraies qualités des actions et des intérêts que l'on achète ou que l'on vend avec tant de profusion et de facilité, ouvre un champ
autant pour se couvrir, que pour céder aux sollicitations des amis de la banque, fit supprimer le livre qu'il avait demandé à Mirabeau et qui servait si efficacement ses intérims, par un arrêt du 17 juillet 1785, où on le déclarait « l'ouvraj^e de l'un de ces particuliers qui se hasardent décrire sur des matières importantes, dont ils ne sont pas assez instruits pour procurer au public des connaissances utiles ".
•<4U ŒliVHES DE MIHABEAL
sans bornes aux charlatans, aux fripons, aux aventuriers; à tous ces hommes enfin qui pullulent dans les capitales, et dont l'avidité, indifférente sur le choix des moyens, insatiable dans ses désirs, infatigable dans ses ruses, va jusqu'à s'enorgueillir des moissons que lui valent l'ignorance, et si l'on peut parler ainsi, la disposition moutonnière de leurs concitoyens.
J'entreprends de préserver les miens des illusions de leur crédulité; et je croirais cet honneur digne d'un talent très supérieur au peu de moyens que m'a donnés la nature.
Une autre considération importante m'a déterminé à poursuivre mon travail sur les banques. Le succès de quelques banques publiques excite plus que jamais l'émulation des gouvernements. On en établit, on en établira partout. Il est donc utile de réfléchir sur les circonstances qui les rendent nécessaires et sur les principes d'après lesquels on doit les diriger.
Les observations que je présente ici jetteront du jour sur cette matière; et même, en ne m'occupant que de donner de la Banque d'Espagne l'idée, qu'à mon avis tout homme (le sens doit en avoir, je provoquerai peut-être des discussions plus approfondies sur les circonstances locales des divers Etats où l'on se propose d'en établir. Et puissé-je faire toujours ainsi mon métier de citoyen * !
« Le devoir de tout homme qui pense, dit un des meilleurs et des plus sages Citoyens dont s'honor.e l'Angleterre, est d'éclairer son pays sur tous les objets importants qu'il peut connaître. Croire aveuglément, ou agir par imitation, est d'un esclave. Loin de nous cette misérable servitude. Souvenons-nous que nous sommes des hommes^ et non des troupeaux. Souvenons-nous que celui qui a des lumières en doit l'emploi à ses semblables, et que telle est la première des obligations sociales. »•
Telle n'est apparemment pas la profession de foi de quelques personnes qui ont paru très mécontentes de l'on
1. Voyez le sermon sur le Jeûne prêché par le docteur Price en n79, 3* édit.. Gadell., p. 21. (Note de Mirabeau.^.
BE LA BANQUE D'ESPAf.NT 3»4I
vrage sur la Caisse (T Escompte, et auxquelles celui-ci ne plaira pas davantage, du moins je Tespère; car je n'ai pas (^retendu mieux les complimenter sur leur art, que sur leurs principes. Ces honnêtes gens peuvent donc répéter leurs calomnies et même leurs délations : je ne m'en plaindrai pas plus que je ne m'en étonnerai. La s ;ule vengeance que je tirerai jamais d'eux et de leurs clameurs, je l'exerce en plaçant leur devise à la tête de cet ouvrage.
Ploralur lacrimis amissa p< cunia veris.
3Iais comme leur colère voudrait faire et multiplier des victimes, je dois leur déclarer que M. Panchaud n'a aucune part ni au Livre de la Caisse d'Escompte, ni à celui-ci. Je n'avais pas l'avantage de le connaître même de vue, lorsque le premier de ces ouvrages était entièrement achevé ; et si ceux qui le lui ont attribué, ({uoiqu'il portât mon nom, que je n'ai jamais prêté jusqu'ici, bien que je me sois fait un plaisir de prêter assez souvent ma plume, si ceux qui le lui ont attribué m'ont fait trop d'honneur, ils ont oublié sans doute que pour nuire à l'homme, ils assuraient un grand succès à l'ouvrage.
Au reste, je ne me pique pas de faire nombre avec ceux <|ui savent ce qu'ils n'ont jamais étudié; je suis trop convaincu que l'on sait uniquement ce que l'on a diiïicilement appris. Quelqu'un m'a donc appris les faits relatifs à la Caisse d'Escompte et m'a guidé dans l'étude des principes, moi, tout à fait étranger aux banques et au commerce. Quel est celui qui m'a mis en état de traiter ces objets intéressants et si délaissés par les gens de lettres? Un ami. dont le secret n'est pas mon secret. Ehl qu'importe après tout? Ce n'est point à lui, ce n'est point à moi qu'il faut répondre : c'est à mon Livre. J'attends et j'attendrai longtemps encore cette réponse.