DE LA BANQUE D'ESPAGNE
Quelques semaines après De la Caisse d'Escompte, Mirabeau publiait, en juin 1785, De la banque rVEspagne, son second ouvrage sur l'agiotage et les finances. Il l'avait écrit à la demande de M. de Galonné qui appréciait sa vigueur de polémiste, et le. jugeait dès lors assez iniluent pour atteindre la faveur dont jouissait une banque étrangère, auprès du public et des spéculateurs, au désavantage des fonds d'État, et notamment des titres de l'emprunt de 123 millions émis en 1784, qui s'écoulaient lentement parmi les petits capitalistes*. ^
1. De la hdtKjiic d'Espagne dite de Saiitl-Charles. par le cot/Uc de Mirabeau, ns.i, in-8, V à XIV; un feuillet sans pagination: l à li4 avec les notes, l à CLXII pour les pièces justificatives, sans nom d'éditeur et sans lieu d'édition.
Épifjr(r/)he :
Ploratur lacrimis amissa pecunia veris.
Vous pleurez votre argent, vos larmes sont sincères.
;Juv.)
2. BrissoL s'attribue le mérite de la banque d'Espagne, en collaboration de Clavière. « L'histoire de ce dernier -ouvrage prouvera quelle réputation Mirabeau s'était acquise à cette époque, et comment il en trafiquait. Nous l'avions entrepris en commun, Clavière et moi. Déjà quatre ou cinq feuilles étaient sorties de la presse, Mirabeau le sut, et courut l'apprendre à Calonne avec lequel il était fort lié. (^e ministre voulait, sans être soupçonné, détruire l'ascendant que prenait cette banque en France. Il crui que notre ouvrage réussirait plus siîrement, s'il était publié avec le nom de Mirabeau, ou peut-être Mirabeau le lui fit-il entendre pour l'engager dans la comédie qu'il voulait jouer. Il se fit écrire
Au milieu d'attaques violentes contre la Banque d'Espagne f^t son fondateur Cabarrus, Mirabeau expose ses id^es. contre les mopopoles, les privilèges accordés aux sociétés financières; il se déclare pour la liberté du commerce, mais pour remploi, p'ar chaque nation, de ses capitaux, à l'intérieur, appliqués à l'agriculture et à l'industrie. Il défend directement les valeurs françaises contre les valeurs étrangères*, il dénonce les périls de l'exportation du numéraire.
Quelle que soit la part de Clavière dans la Banque d'Espagne, celle de Brissot paraissant des plus réduites ou même très problématique, malgré ses affirmations, on trouve dans maintes pages la verve de Mirabeau, son argumentation serrée, si personnelle dans le groupement des preuves et leur présentation -.
par le ministre une lettre dont l'objet était d'engager Clavière et moi à lui céder notre travail. 11 offrait de nous indemniser de tous les frais et même de payer l'original. Après avoir lu cette lettre, nous sacrifiâmes l'ouvrage à Mirabeau, Clavière y voyait comme moi le bien public : Mirabeau en eut l'honneur, garda l'argent, et Clavière paya les frais. " {Mémoires de Bi^issot, t. II, p. 3ol-.".iî). Ces affinnations de Brissot sont malveillantes et suspectes, cependant Mirabt^au avoua une sorte de collaboration de Clavière seul. [)ans une note (p. 10) de la Lettre du comte de Mirabenu à M. Le Coufeul.v de la Norai/e. il a écrit : « M. Clavière est l'auteur d'un Mémoire sur la Banque de Saint-Charles qui a servi de base à mon ouvrage sur cet important sujet. » En ce qui concerne les frais de lélition, Mirabeau écrivant à son père pour se disculper de l'accusation d'avoir reçu de l'argent de Calonne, dit : « H n'a jamais déboursé autre chose que les frais de l'impression du Saint- Charles sur le compte de l'imprimeur et dans ses mains. »
\. « Comment, pouvant acheter des fonds nationaux et avantageux f|ui sont iV leur portée, se jettent-iis sur des fonds étrangers, qui ne sont ni aussi sûrs ni aussi favorables?» {De lu Banque d'Espagne, p. Vô tt 76).
« Qu'il serait coupable celui qui, dans l'espoir de rendre difficile à un ministi e l'usage des ressources nationales, aurait favorisé et cher' herait encore à favoriser en France le débit des actions de Saint-Charles ! » (Ibid., p. 12.j.)
2. De la Caisse d'Escompte, malgré son succès, n'avait eu que peu detï'et sur le cours des actions, mais dès la publication de la Banque d'Espagne, les actions de cette banque qui étaient à 800 livres tombèrent à 420 livres. Les joueurs à la hausse s'adressèrent à M. de Calonne. qui avait reçu une plainte officieuse du marquis d'Aianda. ministre espagnol à Paris, et le Ministre des finances.