‹ Œuvres de MirabeauChapitre 141 sur 168 · ACTIONS DE LA COMPAGNIE DES EAUX DE PARIS · texte numérisé non relu

ACTIONS DE LA COMPAGNIE DES EAUX DE PARIS

et les plus inconsidérés, de vouloir bien manifester incessamment les calculs qu'ils ont à opposer aux miens*.

lien d'en attendre, et qui a été fort grand à la vérité, mais seulement pour un instant. J'aurais tué l'agiotage si le gouvernement m'eût secondé ou seulement laissé acliever. » [Lettres du comie de Mirabeau, lettre 4, Berlin, 27 août 1786, p. IG et «uiv.) 1. Texte de la 2* édition corrigée par Mirabeau.

REPONSE DU COMTE DE MIRABEAU A L'ÉCRIVAIN DES ADMINISTRATEURS DE LA COMPAGNIE DES EAUX DE PARIS

L'admiDistralion de la Compagnie des Eaux attaquée par Mirabeau, confia la défense de ses intérêts- à Dnaumarchais. qui écrivit une brochure vive et spirituelle^ où il suspectait la bonne foi de l'auteur de Sur les actions, et où il l'iiccusait d'erreurs de calculs, ainsi que d'ignorance financière. Mirabeau lui répondit par un pamphlet violent, et prenant, une par une, les preuves que l'on dressait contre son ouvrage, il les combattit avec une logique vigoureuse et passionnée, en apportant des arguments de faits à la thèse qu'il soutenait.

Dans quel but ai-je fait le Mémoire sur les Eaux de Paris? Personne n'a le droit de me le demander ; si j'ai

1. Réponse du comte de Mirabeau à l'écrivain des administrateurs de la Compagnie des Eait.v de Paris. Bruxelle?, l'îSo, iri-8, p. v à xij — 1 a 104. Secondé édition dans le Recueil de divers écrits du comte de Mirabeau sur les Eaux de Paris, avec un avis où Mirabeau la déclare plus correcte que la première.

2. Après la publication de l'ouvrage de Mirabeau, les actions de la Compagnie tombèrent de 3.600 à 2.000 francs.

3. Réponse à l'ouvrage gui a pour titre : « Sur les act'ions de la Compagnie des Eaux de Paris », par M. le comte de Mirabeau, par les administrateurs de la Compagjiie des Eaux de Paria. Paris, imp. de P. de Piei rcs, llS-j, in-8, 39 p.

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mal raisonné et mal calculé, les intentions les plus pures ne redresseront pas mes raisonnements et mes calculs. Si je suis un calculateur exact et un logicien sévère, quels que soient mes intentions et mes motifs, il faut céder à mes raisonnements et respecter mes calculs. Mais j'ai toujours méprisé les fins de non-recevoir, si Ton peut parler ainsi, et je serai tout. 3 ma vie prêt à rendre compte du sentiment moral qui aura dicté mes écrits.

Dans quel but ai-je lait le Mémoire sur les Eaux de Paris?...

J'ai voulu satisfaire et j'ai satisfait à trois devoirs distincts.

J'ai satisfait au devoir de bon citoyen. Je répondais à la demande d'un père de famille auquel on conseillait de placer dans les Actions de la Pompe à feu, une partie considérable de sa fortune. Un père de famille est quelque chose poui' l'homme qui a le temps et Thabitude de réfléchir sur ses sentiments et sur ses pensées : mais celui dont il s'agit m'intéressait plus qu'un autre, parce qu'il <'St l'ami d'un de mes amis particuliers, M. de Chamfort, dont le nom cautionne assez la bonne foi pour quiconque le connaît : eh! qui ne le connaît pas? Qu'on l'interroge, il dit qu'il s'était donné la peine de rédiger lui-même par écrit la demande de son ami', il mettait un grand intérêt, une grande importance à ma réponse : c'était assez pour me décider à m'inspirer des détails, et quant à la publication de mes recherches, je devais la croire utile à tous ceux qui pouvaient être ou devenir victimes de la même séduction.

J'ai achevé de remplir un devoir envers le Gouvernement. Toujours, entièrement et à jamais étranger aux spéculations, même les plus innocentes des joueurs dont je hais le métier, dont je méprise les profits, je manie depuis six mois avec un grand succès (c'est un fait que je raconte, ce n'est pas un éloge que je me donne) les armes

1. Cet écrit est déposé chez un notaire pour y constater au besoin si ma persuasion du danger que courait cet ami n'était que feinte.

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les plus nobles et les plus sûres, celles de la raison, pour détruire Tagiotage. Le ministre des Finances m\ avait appelé, invité, encouragé. Après en avoir montré le danger relativement aux actions de la Caisse d'Escompte et de la Banque de Saint-Charles, il me restait à le faire sur celles des Eaux, où l'agiotage extravaguait plus encore que sur tout le reste, du moins à mon avis. Des considérations particulières avaient retardé cet utile complément de mes travaux. Réveillé par d'autres considérations, qui, comme on le verra dans un instant, appartenaient toutes à l'amitié, ma résolution d'éclairer le public sur le vrai point de vue de cette affaire, s'est accrue de l'espèce de reproche que tout homme instruit sur une question publique me paraît mériter lorsqu'il garde le silence.

J'ai rempli les devoirs de l'amitié. Je venais au secours d'un homme dont je professe depuis longtemps d'être l'ami et qui n'a pas peu contribué au service signalé que j'ai eu le bonheur de rendre à mon pays. M. Clavière avait imprudemment rendu hommage au bon sens en vendant cent actions des Eaux de Paris, à seize cents livres c'est-à-dire à un prix assez voisin de celui de création), pour le mois de mars 1787. Cependant l'agiotage avait exagéré les valeurs jusqu'au prix de quatre mille livres : on essayait de l'élever encore par toutes sortes de manœuvres ; et grâce à une circonstance non moins forcée que parfaitement étrangère à nos marchés, une perte excessive se préparait pour mon ami. J'ai voulu l'arracher à l'aide de la raison et de la vérité, aux dangers que lui préparaient le mensonge et la folie.

Tels furent mes motifs, et peut-être ne sont-ils pas dignes du siècle, où tout se fait pour l'honneur, pour la gloire, et rien pour l'argent ; où les Chevaliers d'industrie, les Charlatans, les Baladins, les Proxénètes n'eurent jamais d'autre ambition que la gloire sans la moindre con-

1. M. Clavière est l'auteur dun mémoire sur la Banque de Saint-Charles, qui a servi de base à mon ouvrage sur cet important sujet.

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sidération de profit : où le trafic à la Ville, Tagiotage à la Cour, l'intrigue, qui vit dexactions et de prodigalités, n'ont d'autre but que l'honneur, sans aucune vue d'intérêt : où l'on arme pour l'Amérique trente vaisseaux chargés de fournitures ava^^iées, de munitions éventées, de vieux fusils que l'on revend pour neufs, le tout pour la gloire de contribuer à rendre libre un des mondes, et nullement pour les auteurs de celte expédition désintéressée ; où l'on court en Angleterre négocier l'enlèvement d'un malheureux libelliste, et quand on n'y peut réussir, l'achat de son libelle, pour devenir ensuite son correspondant, son agent, son ami, par délicatesse, par honneur, par pur amour de la i^loire, sans la plus légère spéculation d'avantage et de lucre ; où l'on profane les chefs-d'œuvre d'un grand homme, en leur associant tous les juvenilia, tous les senilia, toutes les rêveries qui, dans sa longue carrière, lui sont échappés ; le tout pour la gloire et nullement pour le profit d'être édileur de cette collection monstrueuse ; où pour faire un peu de bruit, et par conséquent par amour de la gloire et haine du profit, on change le Théâtre français en tréteaux, et la scène comique en école de mauvaises mœurs ; on déchire, on insulte, on outrage tous les ordres de l'État, toutes les classes des citoyens, toutes les lois, toutes les règles, toutes les bienséances, dût-on recevoir entin de la main exécrable du despotime la palme du martyre, qui devrait être réservée aux grands talents, aux grandes vertus ; mais que rencontre quelquefois même l'impudence. Ah ! sans doute je n'aspirerai jamais à ce genre de gloire, je me sens trop incapable d'y atteindre ; je me bornerai à être utile à mes amis aussi souvent et aussi longtemps que je pourrai, en servant la raison, en professant ce que je crois la vérité, et je laisse de bon cœur à d'autres leurs magnifiques destinées \

\. Pages 8 et suiv.

Mirabeau, dans la préfaie de Moses Mendelssûhn. qui constitue la défense de son œuvre, juge ses travaux sur les finances : « Ou'ils disent, éciit-il, que mes ouvrages sur les finances ont miné la chose publique, quand ils ne durent leur existence qu'à

Mirabeau présente les preuves de Beaumarchais et les réfute avec énergie. Il n'a pas attaqué la ^Compagnie des Eaux de Paris, mais l'agiotage qui se faisait sur ses a-tions, et à ce propos, il ajoute que les irrands services publics doivent être assurés par TÉtat de préférence aux Sociétés pour lesquelles l'intérêt général passe après l'intérêt particulier de leur entrepr ise. La polémique porte sur les frais d'exploitation, plus élevés qu'ils n'avaient été prévus, sur les engagements des frères Perrier, le droit de la Compagnie à modifier son fonctionnement, le de^'ré d'avancement des travaux, l'exactitude des calculs de Mirabeau en ce qui concerne le prix du muid d'eau et le nombre des souscripteurs, sur les dividendes à prévoir et le prix des actions, sur l'analogie à établir entre la Compagnie des Eaux et d'autres compagnies privilégiées, sur le progrès des abonnements.

En tout état de cause, Mirabeau préfère le projet Deparcieux qui consistait à amener les eaux de l'Yvette à Paris, aux pompes à jet qui distribuent l'eau de la Seine.

la demande des juges modérateurs de la chose publique, quand j'ai eu le bonheur d'écrire le premier en France une théorie raisonnable sur le-^ banques et le jeu des fonds : quand les faits démontrent chaque jour ma théorie et justifient mes prédictions.

i- Qu'ils disent que j'ai reçu des mo"ceaux d'or pour écrire ces livres; moi toujours, entièrement et à jamais étranaer aux spéculations métnes les plus innoceiites des joueurs dont je liais le métier, dont je méprise les profits ; moi qui depuis que j existe dois tout aux soins de l'amitié, sans avoir jamais reçu pas même la solde des Rois: nroi qui m'honore et me vante en etfet d'avoir ruiné quelques agioteurs frauduleux, pour- sauver de leurs infernales d'^ceptions la foule des citoyens ignorants et crédules qui couraient se précipiter dans leurs bras, ou plutôt d'avoir porté à la frénésie de l'a^^riotage un coup mortel qui tôt ou tar<), et grâce aux efforts d'tiommes plus haiùles, mais auxquels j'aurai du moins osé frayer la route, en guérira le gouvernement et les nations. (Préface de Moses Mendelssolm.)

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