‹ Œuvres de MirabeauChapitre 140 sur 168 · SUR LES ACTIONS DE LA COMPAGNIE DES EAUX DE PARIS · texte numérisé non relu

SUR LES ACTIONS DE LA COMPAGNIE DES EAUX DE PARIS

Les attaques de ses adversaires, les sévérités officielles de M. de Galonné ne découraj^èrent pas Mirabeau, qui, soulenu et documenté par Clavière et Panchaud, entreprit l'examen (les valeurs de la Compagnie des Eaux de Paris, montées par l'agiotage au delà d'un cours normal. Le contrôleur général, de Galonné, qui possédait des actions de la Gompagnie, poussé en outre par les joueurs à la hausse, n'accueillit pas cet ouvrage de Mirabeau avec la faveur qu'il avait témoignée aux précédents. Malgré qu'il fût signé de son nom, il Taltribua à Glavière, que réprimanda le lieutenant de police, M. de ('rosne, et Mirabeau lui-même se vit menacé d'une punition sévère.

1. Sur les actions de la Compagnie des Eaux de Paris, par M. le comte de Mirabeau, à Londres, 1785, iQ-8, p. 1 à 43. Epigraphe:

Pauvres gens ! je les plains, car on a pour les fous Plus de pitié que de courroux.

(La Fontaine, fable 1, 1. XII. — L'honvne qui court après la fortune, et celui qui Cattend dans son lit.)

Il y eut en 1186 une seconde édition avec des corrections assez importantes, par Mirabeau, comprenant. Sur les actions et la Réponse à l'écrivain des administrateurs, avec ce tifre : Recueil de divers écrits du comte de Mirabeau sur les eaux de Paris, à Londres, 1786, in-8, p. 1 à 36, v à xij et 1 à 104.

Mirabeau estimait que ses ouvrages de la Caisse d'escompte et de la Banque Saint-Charles étaient suffisants pour ruiner lagiotage, et il n'avait pas d'abord eu l'intention d'écrire sur la Compagnie des Eaux de Paris.

J'ai cru, et je persiste à croire, qu'il suffit à un certain point de ramener les esprits, en général, au sang-froid, à la réflexion, au calcul, pour faire rentrer dans les bornes raisonnables toutes les spéculations sur les(iueilos on s'est égaré, à une même époque, et cette opinion m avait décidé à garder le silence, sur un établissement contre lequel il y aurait peu d'objections, s'il lut resté dans la classe des entreprises qui, comme les chemins, les canaux, les digues et autres travaux publics, appartiennent au Gouvernement, et dont les avantages restent cachés dans les résultats généraux de la Société.

Mais un nouveau travail est nécessité par l'ai'rèt du 2 octobre qui crée une commission d'arbitrage pour juger des marchés intervenus entre les joueurs, les actions de la Compagnie des Eaux ayant été atteintes par l'agiotante.

Mirabeau analyse le prospectus de la Compagnie et son acte de constitution; il examine ses charges matérielles, ses projets, les difficultés et It-s frais d'exploitation, pour conclure que fétat présent et futur de la Compagnie n'explique pas, ni ne justifie le prix élevé de ses actions. Mirabeau se déclare à nouveau contre les monopoles, et oppose au système des pompes à feu pour alimenter d'eau de la Seine, Paris, le projet de Deparcieux, qui proposait d'y amener l'eau de rVvette.

Au reste, je suis loin d'assimiler les actions de la Compagnie des eaux de Paris à ces effets étrangers dont la mode, vraiment scandaleuse, ne présente guère à leurs adoraleurs'que le danger de l'évanouissement presque absolu de leurs capitaux, ou tout au plus l'espoir de l'intérêt très précaire d'un prêt perpétuel dans un pays étranger.

L'es actions de la Pompe à feu, considérées dans leur

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capital primitif, peuvent olTrir un emploi solide d'argent, mais à un intérêt très limité' soit à cause des frais, soit à cause de l'extrême improbabilité du renouvellement du privilège, et l'heureuse impuissance où se trouvera le Gouvernement, de ne pas laisser un libre cours à toute industrie qui pourra procurer à un meilleur marché un élément anssi nécessaire que Feau.

La modicité des intérêts d'un placement sur de telles actions n'est assurément pas un grand mal pour les gens riches, mais elle rend Tagiotage de ces effets d'autant plus dangereux, et même insensé pour les gens à fortune médiocre que séduisent les agioteurs. Et Tagiotage sur les Eaux <le Paris nest pas d'une aussi mince importance qu'on serait tenté de le croire en pensant au petit nombre d'actions, parce que la plus infaillible comme la plus redoutable des propriétés de l'agiotage est do centupler le même objet.

C'est là tout ce que j'ai voulu dire au profit de qui il appartiendra, et surtout du père de famille dont on a désiré de diriiJ:er en ceci la conduite d'après mon opinion : et voilà comment il sera toujours vrai que je plaide la cause de mes amis, mais sur la dictée de la raison et de la vérité'. An reste, je prie instamment MM. les joueurs à la hausse,

1. On convient, parmi les joueurs, que les premiers dividendes seront t'es chétifs. Mais n'est-fe pas une jonglerie manifeste que donner des dividendes, quelque petite qu'en soit la somme? Comment pput-on, dans une entreprise de ce genre, où il n'y a enrore que «les avances à faire, et dont la caisse n'est pas fournie, à beaucoup près le tous les fonds nécessaires; comment peut-on, di-^-je, donner «les dividendes? Que penserait-on d'un proprif taire de maison qui, av^nt de l'avoir bâtie, avant d'av*>ir des locataires, demanderait des loyers à son ar^-hitecte ? {N. de M.)

2. « On nignore pas que les joueurs pour la hausse voulaient porter en peu de temps Its actions de la Caisse d'escompte au delà de 12.000 livres, celles de la Banque de Saint-Charles à plus de l.ÛOO livres avant la fin de l'année, et celle des Eaux de Paris à o.OOO livres; les seuls effets royaux devaient rester un objet indifférent. Ce s.)nt les auteurs de cet ingénieux projet qui m'ont accusé de n'avoir écrit que pour favoriser les spéculations de mes amis qui avaient le malheur de ne pas croire à Finfaillibilité des joueurs

qui, comme chacun sait, sont les gens les plus honnêtes, les plus instruits, les plus modérés, les moins avides qu'il yait au monde, tandis que les joueurs à la baisse sent évidemment les plus décriés, les plus ignorants, les plus cupides

el qui voyaient dans un avenir assez prochain la ruine de cet édifice fantastique. Je ne réponds pas à des calomnips si bêtes : mais tout homme de sens, spectateur attentif des événements actuels, devinera aisément l'état horrible où la place se serait trouvée, je ne dis pas si je n'eusse point écrit, je dis si j'eusse écrit seulement deux mois plus tard. Et quel que soit le but que mes nobles adversaires me prêtent, ils me sauront gré peut-être, puisqu'euxmêmes ont profité de mes ouvrages, de n'avoir pas puisé mps instructions auprès des banquiers Wiil'e.-heim, Pourrat et autres habi'es prédicants du système de la hausse. Les mêmes personnes comprendront très bien, à ce que j'espère, pourquoi M. Le Couteulx de la Noraye m'a mis avec le public dans l'impossibilité de connaître je ne sais quel Mémoire //?«"(/.scr?7 c[u'il a laissé secrètement chez ses amis pour r^poidre, dit-il, à ma Le»tre imprimée... Quoi quit en soit, je désire sincèrement pour le bipn public, que je préfère beaucoup à ma vengeance personnelle, que les administnteurs de la Caisse d'escompte s'aperçoivent enfin combien il était sage de redouter que l'exlrème désir de hausser les dividendes ue remplit le portefeuille de cette banque de secours de lettres de change bien dangereuses; je désire qu'ils soient enfin convaincus que la doctrine des réserves, des grandes révSf rves, est la plus sûre de toutes, qui que ce soit qui la prêche. » {N.de M.)

Dans une lettre au major Mauvillon, Mirabeau a apprécié ses ouvrages sur les finances et son action sur l'agiotage

« Je vous remercie de l'addition que vous avez faite à la liste des livres politiques allemands que je tiens de vous, et de tout ce que vous me dites d'honnête sur mes livres de finance. Celui de la Caisse d'escompte est fort élémentaire, et comme il fallait être là dans un moment donné, outre la précipitation de lexf^cution, il y a un peu de vernis étranger au sujet, et peu de géné-alisations, parce que je n'aurais pas été entendu, et j'aurais été chicané, •l'avoue que je regarde le livre de la Banque de Saint-Charles, qui a eu un succès littéraire beaucoup moindre, comme infiniment meilleur, plus profond, plus orthodoxe, et s'il m'est permis de le dire, comme contenant la théorie des banques publiques. Il est difficile de croire que ce livre a été fait et imprimé en dix jours. C'est un tour de force peut être, mais le péril était imminent, et d'autant plus que j étais convaincu que le ministre qui m'avait demnndé ce livre n'aurait jamais le courage de permettre qu'on le publiât, si je lui laisr^ais le temps d'avoir peur. Là du moins seront les principes, mais je doute qu'il en résulte le bien local que j'avais

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