Fleuri
4. Ces choix étaient de Louis XIV, et n'eu étaient pas meilleurs.
5. « Il faut qu'un Etat périsse, dit M. de Thou, quanti ceux qui le gouvernent ne distinguent plus les honnêtes gens des malhonnêtes gens >i. Eam civitatem interire necesse est, cujiis prsefecti pj'ûbos ab ùnpi^obis discernere nesciunt {praef. hist.)\ que sera-ce, lorsque distinguant ceux-ci, ils seront les préférés?
ESSAi SLIi LE DtSPOTlSiME 21
les mœurs, premières ressources des Etats, unique base de la liberté, étant corrompues.
Cette ébauche effrayante et trop vraie, qui n'est que le lointain du tableau qu'une histoire plus récente pourrait retracer, nous offre les effets inévitables du despotisme : il est avide, car il faut qu'il assouvisse les fantaisies cupides du despote et de ses satellites. Il pille, il engloutit les biens, la substance de tous les esclaves qui rampent sous son empire; une nouvelle spoliation signale chacun de ses progrès, parce que l'or y tient lieu de tout; tous les ressorts sont corrodés : vertu, force, courage, émulation, talents, génie, tout se ressent de l'avilissement de l'àme ; la corruption est la mesure de la puissance du despote, et le gage de l'impunité de ses satellites*. Le despotisme est aux royaumes, ce que l'oisiveté est aux particuliers, c'est-à-dire le père de tous les vices.
Le luxe vient contribuer à les étendre; il naît à l'approche du despotisme, ou plutôt il est un des premiers échelons au pouvoir arbitraire; car la cupidité et la mollesse qu'il produit et nourrit, sont les premiers symptômes et les plus puissants mobiles de la servitude : et conséquemment les premiers agents du despote; le luxe précède le despotisme, il Tintrodiiit; mais, rapide dans ses progrès, meurtrier daus ses ravages, il a bientôt englouti et l'oppresseur et l'opprimé.
0 rois qui mettez votre confiance dans le produit de vos exactions tyranniques, qui détruisez toutes les vertus, qui amollissez tous les courages, qui pervertissez les mœurs, qui croyez que l'or vous donnera des esclaves, des maî-
1. C'est une chose également révoltante et remarquable, que les immunités accordées en France aux publicains et à leurs satellites. Entre autres anecdotes, que je pourrais citer, j'observerai seulement que lait. 8 du titre 14 de l'Ordonnance de 1687, qui rôgle depuis cette époque tout ce qui concerne les Fermes, porte expressément : (( que tous commis, commandants et gardes... seront reçus au strment par le juge des droits royaux, daus le détroit duquel ils seront employés, sans information de vie et de mœurs, et sans conclusions ni commissions du substitut du procureur général sur !fs lieux ».
tresses, des favoris, des ministres, des soldats, une grande puissance, tout en un mot : votre folle illusion sera déçue; vous avez tout concentré dans la possession de Tor, vous en avez fait votre seul agent, comme votre unique idole; vous avez dirigé toutes les passions vers ce métal destructeur. Hélas! dormissiez-vous sur des monceaux d'or, celui qui saura s'en saisir, sera le maître de tout, et de tous, et par conséquent le vôtre ^ H sera puissant^ fort, obn\ il sera le juge inexorable; il sera le bourreau du tyran dépouillé : on pille, on vole des trésors; et ceux de Crésus ne le sauvèrent pas du bûcher; mais l'amour des hommes, tôt ou tard, mais toujours acquis aux princes justes, les talents, le courage, la fidélité, toutes les vertus compagnes inséparables de la liberté, ces vertus restent, et ces richesses valent bien les autres.
J'ai dit que l'introduction du luxe était nécessaire aux progrès du despotisme, et j'ajoute que Ton doit se méfier toujours du gouvernement qui le protège et l'encourage. C'est le piège séducteur que les despotes dressent sans cesse; et auquel les hommes n'échappent jamais.
Alors les âmes s'énervent, et les mœurs se corrompent : alors s'élève U. luxe privé qui détruit toujours l'imaguificeyice et la richesse publiques-. Alors paraissent de toute part les fortunes illégitimes et éphémères, dont les progrès fastueux détruisent l'aisance de tant de citoyens. Alors on voit naître les rentiers oisifs ^ les célibataires scandaleux, les usures ruineuses : tous les citoyens sont en méfiance, les intérêts particuliers n'ont plus aucun rapport avec Tintérêt
1 . « Virlus, fama, decus, divina, humanaque pulchris « Diviliis parent: quas qui constriixerit, ille
« Clarus erit, fortis, juitus, sapiens etiam et rex, « Et quidquid volet. (liouAT.. sat. 3, lib. II.)
2. Publicam magnificentiam depopulatur privalii luxuries. (Pater.)
3. Linvention des rentes viagères est de iéglise de France et date du x^ siècle; on lui abandonnait des terres, -les maisons, par une convention appelée contrat précaire; on retenait l'usufruit viager, et l'on touchait le double de cet usufruit en biens d'église. Les dervis et les imans out accueilli, dit-on, cet usage en Turquie;
public, ou plutôt ils en deviennent les destructeurs. La cupidité ravage la société; car Tintérèt particulier, dont rien ne tempère plus l'ardeur dévorante, devient le foyer de toutes les passions humaines, et emprunte toute leur activité*.
Les obstacles apportés à l'instruction, les prohibitions qui gênent les presses, et la publication des écrits publics, sont les premières armes du despote, et celles dont l'effet est le plus cruel à la liberté. Tibère fut le premier despote romain qui osa hasarder cet acte de tyrannie '. Gritias avant lui, avait promulgué à Athènes une loi, par laquelle il était défendu d'enseigner dans cette ville V art déraisonner^. On sait qu'Edouard P*" fit condamner et exécuter tous les
car le despotisme sacerdotal, aussi bien cjuc le civil, suit la mr-me marche et emploie les mêmes moyens.
Quand la multiplicité des rentiers n'aurait produit d'autre mal que celui de fomenter l'oisiveté, elle serait un grand fléau politique. Un homme qui n'a rien à faire est un être très dangereux dans la société. Une loi d'Amasis ordonnait que Ton fît mourir tous les ans ceux qui ne pouvaient pas montrer qu'ils ne vivnient que par des moyens honn*Hes et conformes aux lois. C'est Hérodote qui nous l'apprend, et il ajoute que Solon adopta cette loi et la donna aux Athéniens : « Amasis existil, qui legem hanc apud jEgyptios condidiL, ut singulis annis apud provinciarum prcesides yEgyplii omnes demonstrarent iinde viverent, et qui hoc non faceret aut non démons trari-t, se tegitiyne vivere. \xrfié aTiocpa-.vovTa ôtxnriv î^ÔTiv, is morte afficereLur. quam legem Solon ab /Egyptiis mutucdus, Alheniensibus tulit, quum illi. quod sit castissimum assidue u'^urpaverunl (L. 2.)