A poliori fit denominalio
rables dans nos pays; aussi rangeons-nous cette dernière branche de richesses avec Tautre : il n'en est pas ainsi chez les peuples pasteurs qui n'ont aucune culture, il n'en est pas mêmeainsi dans quelques pays civilisésde l'Europe. En Espagne, par exemple, le propriétaire du troupeau et celui du terrain qui le nourrit sont souvent deux individus très dilTérents. Alors chacun des deux a son produit net, car il y a dans le bétail quelque chose d'indépendant de la somme de la nourriture et du travail employé à le soigner qui forme le produit net du propriétaire.
Les bois forment une autre branche de l'industrie productive. Celte production est presque spontanée et elle rapporte un sur|)lus net au propriétaire.
Enfin les carrières et les mines doivent être regardées comme une branche de travail productif. A la vérité, les soins de l'homme ne sauraient en ceci augmenter la force productive, ou ne peut tirer des mines que ce que la nature y a déposé, mais le travail que Ton y emploie est productil" puisqu'il met entre les mains des hommes et à leur usage une matière qui n'y était pas. Cependant bien loin de donner un produit net, les carrières et les mines souvent ne remboursent pas les avances de leur exploitation, parce que les matériaux de la même espèce existant déjà dans la société ou lui venant des lieux où ils se trouvent plus en abondance, leur prix est trop modéré, pour que les productions de telle mine puissent payer la consommation de tous les hommes qui y ont travaillé. Alors, à moins que l'espoir de rencontrer mieux une autre fois ne soutienne, il faut renoncer à l'exploitation de la mine, jusqu'à ce qu'elle redevienne plus abondante, et que le temps ait assez diminué la masse des matériaux qu'elle renferme, et par cela même rehausse leur prix, pour que la quantité qui resterait dans la mine suffise à payer le travail avec quelque profit.
Voilà sommairement les classes diverses du travail productif. Tout le reste appartient aux travaux stériles, et il n'y a qu'un petit nombre de productions sauvages, qui donnent un produit net sans autre travail que celui de les recueillir. Leur nombre varie selon les climats.
Objections de Smith.
L'objection la plus spécieuse que Ton ait opposée à ce principe, est celle de Smith. La fabrication augmente selon lui le prix des matériaux, et par conséquent la masse de la richesse nationale. A la vérité, dans ce prix rehaussé il n'y a point de création nouvelle, il n'y a que celui de la consommation des ouvriers durant le temps oij ils ont travaillé, l'entretien du capital employé à cette fabrication et quelques autres objets de cette espèce. Mais comme on ne saurait nommer stérile un mariage d'où il n'est issu que deux enfants qui remplacent le père et la mère, on ne saurait nommer stérile un travail qui a reproduit et fixé pour ainsi dire ses consommations dans la masse des richesses nationales '.
Et lorsque ensuite il entreprend de discuter si c'est véritablement sur leproduitdesterresquetombenttous lesimpôts, ce qui forme toujours l'objet principal dans cette recherche, sans quoi il serait fort indifférent de disputer sur les épithètes de stérile et de productif puisqu'il s'agit toujours d'un travail utile, M. Smilh dit" : « Sans entrer dans la discussion désagréable des arguments métaphysiques par lesquels les économistes soutiennent leur théorie vraiment ingénieuse, l'examen suivant fera voir assez qu'elles sont les taxes qui tombent en dernier ressort sur le produit des terres et quelles sont celles qui portent sur un autre fond. »
Insuffisance de V objection.
Certes une théorie ingénieuse méritait qu'on y donnât plus d'attention, et qu'on la réfutât si l'on refusait de s'y ranger, car enfin, il est question ici, non d'une théorie de simple curiosité, sans application, mais d'économie politique, d'administration, de la meilleure manière de lever
\. Adam SmitKs inqiiiry into llie nature and causes of the iceath of nations, 4" édit., vol. III, p. "20 et suiv. (N. de M.) 2. Page 203. [Ibid.)
rimpôt en le plaçant directement et sans circuits sur ceux qui le paient réellement, et c'est incontestablement là une des questions sur lesquelles il importe le plus de ne pas se décider légèrement. Au défaut de M. Smith nous Texaminerous de nouveau et nous tâcherons de mériter que l'on cherche à nous opposer des objections nouvelles.
Difftcullés de cette recherche.
Toutefois il ne faut pas se dissimuler que cette recherche a de grandes difficultés, tous les échanges que les hommes font entre eux roulant sur ces deux objets : production et travail. L'un est une chose réelle et subsistante qui frappe nos sens, l'autre n'est qu'un acte de la volonté et de la force humaine, acte passager, transitoire, et qui ne me saisit que par ses effets. Il y a une différence essentielle et palpable entre ces deux objets déchange. Je dois donc en théorie admettre que les hommes échangent, ou production contre production, ou production contre travail, ou travail contre travail; mais quand je veux appliquer cette théorie, je trouve que ces deux objets sont tellement entrelacés, qu'il m'est impossible de les séparer et de fixer ce qui est pur échange de production et pur échange de travail.
Ce n'est pas tout : la civilisation ayant amené une multiplicité infinie de ces échanges qui se poussent et s'entrelacent de main en main, à une distance et avec une complication également extrêmes, on a dû imaginer un moyen de fixer le tarif de ces échanges, un moyen d'en régler les comptes. On a eu recours à une production de la plus grande indestructibilité qui est l'objet d'un désir universel. Ce sont les métaux, et surtout ceux que nous nommons précieux. Pour les rendre propres à cet usage, on leur a donné une forme sous laquelle ils ne sauraient en avoir aucun autre. On évalue d'après ces métaux disposés sous cette forme tous les autres objets d'échange, soit de travail, soit de production ; bientôt on a perdu de vue la nature de ces choses pour n'y apercevoir que la valeur. Cette idée
5i0 ŒUVRES DE MIRABEAU
inhérente à l'esprit depuis la première enfance, a tellement confondu celle de ces trois objets distincts par leur nature, qu'on a beaucoup de peine à les séparer pour arriver aux résultats fondés sur cette nature, lesquels sont les seuls réels. L'avare proprement dit se laisse aller à cette illusion au point que la monnaie n'est plus à ses yeux un moyen de jouissance, mais une jouissance réelle, dernier objet de ses désirs. C'est là le plus haut degré de cette illusion, et les hommes qui s'y livrent sont en petit nombre ; mais tous en sont fascinés à un certain point, et confondent la valeur avec les objets mêmes, qu'elle dénote sous ce rapport. Dans ce labyrinthe de difficultés, marchons avec le ilambeau de l'analyse.
Qu est-ce que le travaWl
Tout travail est au fond la même chose ; soit qu'un homme cultive son champ, soit qu'il joue à la paume, c'est toujours la même opération, savoir, un emploi quelconque de sa force. Cependant l'un est le plus productif, l'autre le plus stérile de tous les genres de travail.
La di'lTérence consiste donc dans l'objet sur lequel le travail s'exerce et dans leiTet qui en résulte. On peut le diviser sous ce point de vue en trois espèces : il s'exerce à augmenter les productions de la nature étales perfectionner, nous le nommons alors productif ; ou il donne une forme nouvelle à ces productions pour les rendrepropres à l'usage auquel on le destine, on peut alors le nommer formateur. Les autres genres de travail n'étant plus d'aucun usage lorsqu'ils sont achevés, ou ne laissant point après eux la moindre trace, aucune autre dénomination que celle de travail stérile ne saurait leur convenir.
Tout travail, soit formateur, soit stérile, n'a aucun prix fixe : il se règle sur la concurrence de ceux qui le désirent, et de ceux qui s'offrent pour le faire ou qui en sont capables. Il en est autrement du travail productif, il trouve son prix dans la production même; et cela doit être ainsi, car c'est la nature qui produit, et le travail des hommes ne fait que
Dl': L'IMPOT 5tl
diriger et acrroitre sa force productive, de sorte que si la production n'était pas désirable, l'homme ne dirigerait pas son activité sur elle. Mais il naît encore de cette force productive de la nature un surplus qui donne une valeur particulière et très considérable à l'atelier où la nature travaille : ce surplus est ou doit être pour le propriétaire de l'atelier lorsque celui-ci est différent de celui qui l'exploite.
Qu'est-ce qui sollicite tous les êtres animés au travail, c'est-à-dire à l'emploi de leurs forces ? Qu'est-ce qui les tire de l'état de torpeur où ils resteraient s'ils n'étaient pas mus par quelque ressort ? Ce sont leurs besoins toujours renaissants, et ces besoins toujours renaissants ne peuvent être satisfaits que par des matières toujours renaissantes. L'homme suit à cet égard la loi générale de tous les êtres sensibles, avec cette différence que ses besoins sont plus multipliés, et que les moyens de les satisfaire sont infiniment plus variés: tout dans la société roule donc sur ces besoins et sur les matières propres à les satisfaire.
Il n'en est aucune, nous l'avons dit, qui ne soit entrelacée de mille manières difYérentes avec le travail ; soit parce que nous ne pouvons plus employer prescjue aucune matière dans son état naturel, soit parce que la nécessité de multiplier les productions nous .oblige d'y employer du travail même avant qu'elles se montrent. Et c'est bien ici que se trouve l'application de ce grand principe que le travail en soi n'est rien qu'un emploi passager de nos forces, qu'il n'est aucun être, aucune substance réelle. Tout échange de travail contre travail n'est qu'un échange illusoire, ou si l'on veut idéal : ce sont les quantités opposées d'une équation qui s'enlèvent et se font évanouir réciproquement. Les seuls vrais échanges sont ceux de productions contre productions, entre ceux qui ont abondance des unes et disette des autres, et ceux des productions contre travail entre les hommes qui n'ont point ou qui n'ont pas assez de productions, et qui livrent leurs forces à ceux qui ont du superflu.
Ces échanges de travail sont infiniment multipliés parce qu'il n'y a presque pas une seule production à laquelle il
n'y ait point de travail mêlé. On évalue et l'on solde les comptes de ces échanges fantastiques avec les jetons de la société nommés monnaie ou argent ; mais ce n'est qu'un expédient pour s'entendre et parce que dans l'inextricable complication de la société actuelle, tel travail passe entre cent mille mains avant que l'échange soit consommé, et parce qu'on ne peut faire autrement que de calculer cet être idéal que nous nommons travail sur le pied des valeurs réelles, pour que chacun reçoive la part qui lui convient en échange de ce qu'il a fourni de travail dans la société, déduction faite de la portion de productions qu'il a reçue et consommée.
Mais comment si le travail n'est qu'une chose idéale^ peut-il ajouter un prix fixe, une valeur constante aux matières? et comment, s'il y ajoute réellement un prix, s'il multiplie ainsi la richesse nationale, s'il augmente la masse des valeurs, ne pourra-t-il pas servir à payer les impôts, dernier terme de cette recherche qu'il ne faut jamais perdre de vue?
Je n'avouerai pas même, avec les économistes, que le prix de la chose ouvrée contient, outre celui de la matière dont elle est composée, celui des consommations des ouvriers qu'on y a employés durant tout le temps qu'ils y ont travaillé. Je conviens qu'il en est ainsi pour le premier ouvrage de l'acheteur, parce que celui-ci le désire, qu'il en a besoin, et que jamais on ne ferait cet ouvrage pour lui, s'il ne délivrait à l'artisan la valeur des productions que celui-ci a consommées en travaillant, avec certains excédents indispensables pour le mettre en état de continuer son travail et trop connus pour qu'il soit nécessaire de les détailler ici. Mais ce marché une fois conclu, je soutiens que ce prix n'existe plus, et je doute qu'on puisse le nier raisonnablement. L'ouvrage aura bien encore, quelque temps encore, un prix plus haut que celui du matériel brut, mais il sera au-dessous du prix originaire de la chose ouvrée, il sera variable, indéterminé comme celui de tout ce qui n'a qu'une valeur de fantaisie. Si vous en doutez, achetez quelque objet auquel le travail a ajouté une grande
valeur, et cherchez une heure après à le revendre même aux encans où se rassemble toujours un concours d'acheteurs, vous serez obligé de le céder à trente, quarante, cinquante pour cent de perte, même lorsqu'il s'agira de quelque objet d'un usage assez général, tel qu'une montre, par exemple ; autrement la perte serait beaucoup plus grande.
Il existe un sentiment naturel de la différence entre la valeur et la réalité du travail et la réalité et les valeurs des productions.
On calculera donc si Ton veut les choses que les hommes possèdent sur le pied de Tachât, et alors le calcul de toutes les valeurs dans la société fera une somme énorme; mais si vous vouliez les échanger réellement, vous éprouveriez un immense mécompte. Il n'en est pas de même des productions. Achetez un septier de blé, un quintal de fer au prix courant, vous en retrouverez aisément votre argent. Il existe donc parmi les hommes un sentiment naturel de la différence qu'il y a entre la valeur et la réalité du travail, et la réalité et la valeur des productions'.
Il faut donc avouer qu'il y a une diiîérence essentielle entre le travail et les productions à l'égard de la valeur. Le travail une fois fait et parvenu au consommateur, le prix du travail productif ne doit point entrer en ligne de compte, il se prélève sur la production même, de sorte qu'il faut ou dire qu'il s'y amalgame si bien qu'on ne saurait plus l'en séparer, ou bien qu'il n'influe point sur le prix de la production et qu'il en est indépendant. Nous ferons voir dans la suite que ce dernier membre du dilemme est le seul qui atteigne la vérité.
Si l'on ôte ainsi cette espèce de travail de la question, il
1. Alinéa supprimé. « Une valeur qui n'a rien de fixe ne saurait ■tremise en ligue de compte. Celle du travail varie à tout moment. On ne peut pas rendre une chose achetée à Tinstant même sans perte, et même si l'objet à vendre a déjà été de quelque usage, ne fût-il en aucune manière détérioré. »
o44 OEUVRES DE MIRABEAU
faut avouer que tout travail est véritablement stérile. Pour le faire exécuter, il faut bien le payer, soit en production, soit en travail. Mais il n'est pas vrai qu'il ajoute une valeur réelle, durable, fixe et réglée à l'objet sur lequel il s'exerce, bien qu'il soit incontestable que l'abondance des ouvrages de toute espèce augmente l'aisance, la commodité, les douceurs de la vie de ceux qui les possèdent, et par conséquent si l'on veut, leur véritable richesse, mais non pas celle qui paie, ni même celle qui sustente. Et le travail ajouterait une valeur aux objets auxquels il s'applique qu'il ne mettrait jamais son possesseur en état de payer une somme quelconque sans altérer sa situation et le priver sans retour d'une partie de ce qu'il possède. Encore moins peut-on payer par ce moyen un contingent durable tel que les impôts; déjà l'on aperçoit cette vérité, nous la démontrerons dans un instant.
La concurrence de ceux qui désirent un certain genre d'ouvrage et de ceux qui savent le faire en fixe le prix.
Si les besoins toujours renaissants sont l'aiguillon qui excite les hommes au travail; si ces besoins toujours renaissants exigent des productions également renaissantes; si ces rapports indestructibles obligent ceux qui n'ont point de productions, à travailler pour ceux qui en ont plus qu'ils ne peuvent en consommer d'une manière agréable à ceux-ci ; si le désir de ces travailleurs est nécessairement de recevoir beaucoup de productions pour peu de travail, le désir des possesseurs de productions est d'en donner peu pour beaucoup de travail. La concurrence de ceux qui désirent un certain genre de travail et de ceux qui savent le faire en fixe incontestablement le prix, comme celui de toutes les choses du monde. Mais il faut faire à ce sujet une remarque bien importante par ses conséquences : c'est que l'homme n'a qu'une certaine mesure de forces pour le travail en général et pour chaque espèce en particulier. Cette mesure doit lui fournir sa subsistance, la somme de productions analogues au genre de travail qu'on exige de
lui: ce sont là autant de vérités inattaquables, éternelles, invariables, car elles se fondent sur la nature des choses. Faisons-en l'application à la théorie de Timpôt.
Application de ces principes à la théorie de Vimpôt.
Avant de rechercher qu'est-ce qui paie l'impôt, il n'est peut-être pas hors de propos de savoir à qui, pourquoi, et comment on le paie.
On paie l'impôt au gouvernement, c'est-à-dire aux personnes qui gouvernent, ce qui signifie ou du moins ce qui devrait signifier ceux qui maintiennent le bon ordre dans la société. L'impôt est certainement une privation pour relui qui le paie, mais l'objet en est si nécessaire que personne ne peut sérieusement vouloir s'y refuser, pourvu qu'il ne paie que ce qui est réellement nécessaire, soit relativement à la masse de la contribution, soit relativement à son contingent particulier dans la répartition de la -omme générale.
Ce maintien de l'ordre dans la société exige du travail tle la part de ceux qui gouvernent et de leurs agents'; c'est donc pour du travail qu'on paie l'impôt et non pour des productions, et c'est là ce que nous avons entendu dire par cette question : pourquoi, pour quelle chose paie-t-on l'impôt?
Comment paie-t-on l'impôt est une question plus compliquée. Dans nos sociétés l'impôt se paie, sans doute, en argent, ou, pour parler avec plus de précision, en monnaie. Mais cela ne tranche pas la difficulté qui consiste à savoir si l'impôt se paie tout en travail, ou tout en productions, ou de l'une et de l'autre manière. Il ne suffit point de dire que l'argent étant une production, l'impôt se paie tout en productions. Le gouvernement ne reçoit point l'argent pour le garder : cet argent tant qu'il reste sous la forme de monnaie serait absolument inutile, s'il ne formait un moyen de calcul, d'évaluation, et pour ainsi dire les marques du jeu de la société ! Les citoyens donnent de la monnaie au Gouvernement pour en faire usage, et cet usage consiste
b46 • ŒUVRES DE MIRABEAU
à procurer d'abord à ceux qui gouvernent, les consommations nécessaires pour leur subsistance, ensuite à acheter le travail des hommes qu'elles mettent en œuvre pour expédier les affaires de la société. Le gouvernement distribue ces monnaies en diverses portions à ces hommes, et les citoyens se tiennent prêts à leur fournir la quantité de production et de travail qu'ils leur demanderont lorsqu'ils leur rendront ces monnaies. Voilà le cercle qui fait le jeu continuel de cette partie de la société.
Si chacun pouvait faire à tour de rôle les affaires de la société, on voit bien que tout l'impôt se paierait en travail. Cependant, ce travail se prendrait toujours sur la masse de celui que les citoyens font les uns pour les autres, et les travailleurs demanderaient aux propriétaires la même masse de productions pour le temps qui leur resterait au delà de celui qu'exigeraient les affaires de la société et qu'ils n'auraient exigé pour tout le travail dont ils eussent été capables, si la société leur avait laissé toute l'étendue de leurs forces.
Cependant un tel arrangement ne saurait avoir lieu en général, et plus la société est perfectionnée, moins il est possible. Il a été adopté en partie durant le système féodal, lorsque les propriétaires eux-mêmes étaient chargés du service militaire ; on en voit encore une image dans les corvées.. Mais ce n'est rien en comparaison de tout ce qu'exige aujourd'hui notre constitution sociale. La société paie tout le travail qu'on fait pour elle, et laisse le soin à ce genre de salariés d'en acheter du travail ou des productions autant que ceux qui reçoivent une paie du gouvernement en achètent du travail ; on peut dire, si l'on veut, qu'ik se fait un échange de travail contre travail et qu'il faut les considérer comme des quantités opposées d'une équation qui s'elTacent et se font évanouir réciproquement. Il est impossible de démêler et de suivre cet entrelacement infiniment compliqué de travaux divers, mais on peut, en général, considérer cette question sous deux points de vue qui conduisent au même résultat.
Supposez un cordonnier auquel vous fassiez payer an-
nuellement un louis en impôts. Si cet homme fait la valeur d'un louis de travail pour un ministre d'état ou pour un général, vous pouvez soutenir qu'il y a là travail contre travail qui s'efface réciproquement. Mais alors il faudra que vous avouiez que ce cordonnier doit mettre au reste de son travail un prix assez haut pour qu'il lui rapporte toutes ses consommations annuelles, au lieu que s'il n'avait pas fait cet ouvrage, il aurait établi ses prix de façon que dans la masse de travail faite pour la masse de ses consommations, il aurait encore fait entrer le temps et \qb forces nécessaires consacrés à ce qu'il a fait pour le soudoyé du gouvernement. Autrement vous considérerez ce louis gagné et ce louis payé en impôt comme des consommations données immédiatement au gouvernement et des consommations reçues immédiatement de lui par ses stipendiés.
Un mot de calcul expliquera ceci infiniment mieux qu'on ne pourrait le faire par des paroles.
Soit la masse des forces d'un homme :=r/7, celle des consommations annuelles dont il a besoin =. />, et celle du travail qu'il lui faut de la part des autres citoyens = e : vous aurez nécessairement Téquation :
a=b-\-c ou a — c = b.
Sans déterminer si ce que cet homme donne au Gouvernement est travail ou consommation, nommez-le .r; vous aurez dans le premier cas : « — c — x = b, et dans le second a — c = b -\- x. Cette équation formera l'élément de celle qui pourra exprimer le total des forces et des productions que possèdent tous les membres de la société.
Si nous désignons celui des forces par a et celui des productions par 6, il faudra ôter du premier toute la masse employée à des travaux réciproques = c, et de l'autre toute la masse des productions dont les propriétaires de celles-ci auront besoin eux-mêmes = d. Restera a — c = b — d. Ensuite on ôtera encore du premier toutes les forces employées aux travaux qu'exigera la société = e, ce qui laissera un résidu quelconque = x. On ôtera encore de ce
second toute lamasse des productions que demandera la société = /, et alors il y aura un résidu y. Plus e sera grand, plus le résidu x sera petit, et il faudra cependant toujours le payer par?/. Plus /"sera grand, plus le résidu y sera petit, et il faudra toujours le gagner par x. Mais nous ferons voir qu'il y a un minimum dans le prix de x^ audessous duquel il ne saurait descendre. Donc si y ne suffisait plus pour payer Jt-, cette quantité diminuerait aussitôt Jusqu'à son plus juste prix, soit par l'émigration, soit par la mort d'un nombre proportionnel d'ouvriers.
En attendant, il reste démontré que tout dépend de la quantité e, c'est-à-dire de celle des productions dont le gouvernement s'empare pour payer les travaux qu'on fait pour lui : les impôts portent donc en entier sur les productions consumables qui doivent en conséquence continuellement renaître. Plus cette importante partie de l'économie sociale sera ramenée à ses vrais principes élémentaires, moins il y aura d'erreurs, de faux calculs, de mécomptes, et plus il y aura d'épargnes. Songez maintenant que ce sont les propriétaires qui possèdent toutes les productions dont ils ne font que donner une partie à ceux qui les tirent du sein de leurs domaines, en récompense de leurs travaux, on sentira bien que c'est sur eux seuls aussi que porte tout le fardeau des impositions, et que l'on ne saurait prendre aucune mesure qui les en délivre ou même qui l'allège pour eux.
Mais comme ce raisonnements tout exact qu'il est, pourrait paraître trop métaphysique, suivant Texpression de M. Smith, à un ordre de lecteurs, nous entrerons dans quelques détails pour réfuter quelques objections spécieuses.
Objections.
11 faut ici mettre en opposition les propriétaires possesseurs des productions, et les travailleurs de toute espèce. Cette opposition n'existe pas dans la nature, je le sais, la plupart des hommes tiennent leur rang, dans l'une et l'au-
tre classe. Mais ceux qui ont des propriétés productives ne travaillent pas pourgagnerles productions qu'ils possèdent, ils cherchent soit à s'en procurer d'autres, soit à regagner celles qu'ils donnent à l'Etat, soit enfin par ambition. Ainsi Ton peut et l'on doit considérer le même individu comme deux personnages différents sous ces deux rapports qui sont très dissemblables. Nous regarderons de plus les propriétaires comme seuls possesseurs des productions, sans égard à la différence du travail productif et stérile. Les exploitateurs des ateliers de la nature, lorsqu'ils n'ont pas de possessions, sont des ouvriers aux gages du propriétaire, et reçoivent de celui-ci la première part des productions ou la permission de les prélever. Si le propriétaire exploite son terrain, il gagne cette solde lui-même mais il n'en doit pas moins être considéré comme deux individus en un seul homme. Ainsi nous dresserons l'espèce humaine dans les sociétés civilisées en deux grandes classes, celle des propriétaires et celle des travailleurs; les uns possédant toutes les productions, les autres n'ayant que leur travail pour engager ceux-ci à leur céder une partie de ces productions.
Nul travail n'a un prix fixe et déterminé. Ce prix se règle suivant le nombre de ceux qui le désirent et de ceux qui sont capables de le faire. Cette règle est générale et s'applique même aux travaux les plus relevés, et dont la perfection forme le prix, comme ceux des beaux-arts.
Car le haut prix que l'on paie d'un tableau à un excellent peintre est en raison composée du nombre de ceux qui sont en état d'exécuter un tel ouvrage et du nombre de ceux qui le désirent : si le premier était plus grand ou l'autre plus petit, ce prix diminuerait aussitôt.
Mais tout travail a un minimum qui est sa borne, si je puis parler ainsi, et au-dessous duquel il cesse tout à fait; ce minimum est le point où le travail ne procure strictement que le nombre de consommations ou de jouissances nécessaires pour mettre les hommes en état de l'exécuter. Dès qu'il tombe au-dessous, chacun l'abandonne. Observez au reste que chaque espèce de travail a son minimum particulier. Il ne faut pas croire que les consommations égales
et mettant un cordonnier en état de travailler, elles doivent suffire à un Raphaël; pour former un Raphaël et le stimuler au travail, il faut que le nombre de jouissances nécessaires à ce genre d'occupation soient assurées à celui qui aura l'habileté de cet artiste : sans cette condition, la nature n'en produira jamais un seul.
Rien n'est capable de faire tomber le prix de tous les travaux à leur minimum respectif que la concurrence entièrement libre. Si vous enlevez aux ouvriers une partie de leur salaire, ce travail aura déjà été réduit à son véritable minimum ou non. Dans le premier cas, vous occasionnerez la cessation absolue de ce travail, ou vous le ferez diminuer au point que la rareté des ouvriers en remontera le prix à ce même minimum augmenté de ce que vous leur enlevez de leur salaire. Alors les consommateurs de ce travail seront obligés de payer plus en productions pour moins de travail. S'il n'y a point encore été réduit, il faut qu'il y ait une cause à ce phénomène qui n'ait point permis au cours naturel des choses de produire son effet*.
1. Le manuscrit incomplet se termine par le membre de phrase « à son effet : cet effet ordinaire nest alors qu'une branche ».
Pendant les élections aux Etats-Généraux, Âlirabeau publia des brochures qui avaient trait aux opérations électorales et aux difficultés que rencontrait sa candidature.
Discours sur la représentation illégale de la nation provençale dans les Etats actuels, et sur la nécessité de convoquer une assemblée générale des trois ordres, prononcé par le Comte de Mirabeau dans la quatrième séance des Etats actuels de Provence, le 30 janvier 1189. A Aix, chez Gibelin-David et Emeric-David, avocats, imprimeurs du roi et des Etats. n89, in-8, p. 3o.
Réponse aux protestations faites au nom des prélats et des possédants fiefs de V Assemblée des Etats actuels de Provence contre le discours du Comte de Mirabeau, sur la représentation de la nation provençale dans les Etats actuels, et sur la nécessité de convoquer une ass^nhlé>i générale des trois ordres, et contre-protestation, par le Comiede Mirabeau. A .\ix, 3 février 1789, des imprimeries de Gibelin-David et Emeric-David, imprimeurs du roi et des communes, in-8, p. «0. Avec une introduction de Mirabeau et une suite des Différentes opinions pronoïicées dans l'assemblée des possédans-fîefs de Provence, par le Comte de Mirabeau.
A la Nation Provençale, par le Comte de Mirabeau, 11 février 1789, à Aix.
Opinion du Co7nte de Mirabeau sur le règlement donné par le roi pour V exécution de ses lettres de convocation aux prochains Etats-Généraux de son comté de Provence. Aix, 13 Mars 1789, in-8, p. 56.
Lettre de M. le C. de Caraman, comynandant en France, à M. le C de Mirabeau, et la réponse, suivie d'une Lettre d'un citoyer„ de Marseille à un de ses amis, sur M. de Mirabeau et l'abbé Raynal, du 30 mars 1789, in-8, p. 21.
Lettres du Comte de Mirabeau et réponses du même, écrites à MM. les Commissaires du Tiers-Etat de Marseille, 18 avril 1789, iQ-8, p. 15.
A l'ouverture des Etats-Généraux. Mirabeau publia le Journal des Etals-Généraux qui n'eut que deux numéros, 2-4 mai 1789, 5 mai 1789, supprimé par uq arrêt du Conseil du 7 mai 1789. L^' Journal des Etats-Généraux devint les Lettres du coynte de Mirabeau à ses commettans. Mirabeau rédigea jusqu'à la 11», et les suivantes furent écrites par Dumont et Duroveray. Les Lettres se transformèrent en un organe moins personnel, le Courrier de Provence, qui paraissait trois fois par semaine.
On a publié, après la mort de Mirabeau en plus des ouvrages que nous avons cités :
Mémoires du Ministère du duc d'Aiguillon, pair de France, et de son commandement en Bretagne, pour servir à l'histoire de la fin du règne de Louis XV et à celle du commencement du règne de Louis XVL Paris. Buisson, 1792, in-8.
Ces mémoires furent publiés par Soulavie, qui les avait remaniés.
Observations sur le commerce des Etats d'Amérique pour servir de suite aux Révolutions des Etats-Unis d'Amérique, par Jean lord Sheffield, traduits de l'anglais par Mirabeau. Paris. An I, in-8.