‹ Œuvres de MirabeauChapitre 29 sur 168 · UXE ORGANISATION DE LA FRANC-MAÇONNERIE · texte numérisé non relu

UXE ORGANISATION DE LA FRANC-MAÇONNERIE

rosité, de sagesse et de vertu de la plupart de ses membres.

La légèreté, la sottise des Âlhéniens n'euipèchèrenl pas Démoslhène, Phocion et d'autres illustres citoyens de cette république de continuer à la servir jusqu'à la mort. C'est ainsi qu'ont pensé les plus grands hommes de l'antiquité vis-à-vis de leur pairie, c'est ainsi que doit penser un Frère éclairé vis-à-vis de l'Ordre.

Cependant, les esprits s'éclairant de plus en plus, les hommes renfermés dans les bornes du plus vif égoïsme, par la puissance despotique des gouvernements, commençant à étendre leurs sentiments, à se réveiller sur leurs intérêts communs, par le poids insupportable de la force même qui avait brisé les ressorts de leur àme; le temps parait venu où les Frères les plus éclairés et les plus magnanimes devraient se réunir pour tourner peu à peu l'Ordre vers le grand but qu'il est capable d'aiteindre, pour se mettre en état de contribuer efficacement au bonheur de tous les hommes, même de ceux qui ne sont pas de 1 Ordre, lorsque les occasions s'en présentent. C'est à cet elTet qu'il lit utile de former une association intime des Frères itr> plus vertueux, les plus humains et les plus éclairés sur ies principes suivants.

Principes de VAssocinlion inùme des Frères.

'{" Le but de cette association serait de travailler effica- -cement à celui que l'Ordre entier des Fr.-M. se propose ; Le bien de tous les hommes.

Pour remplir ce but, il faut bien coonaître les moyens d'y parvenir.

D'abord, le bonheur de chaque homme, en particulier, dépend du degré de sagesse et de vertu que l'Architecte suprême lui a donné. Une société quelconque ne peut forcer chaque homme en particulier d'être sage et vertueux; ce serait un projet chimérique. Mais on peut mettre les moyens d'acquérir la vertu et la sagesse à portée de plus d liommes, et c'est là un des résultats que l'Associa- I 11 ne devrait jamais perdre de vue, et quelle peut très Ijitii atteindre, si elle v veut travailler.

. Telle est la nature de la sagesse et de la vertu, que leur jjrofession tourne constamment à l'avantage de celui qui en nst doué; s'il y a tant de gens qui semblent persuadés du contraire, c'est qu'ils n'ont pas l'esprit de voir cette vérité, ou qu'ils ont pris de mauvais plis, et sont devenus incorrigibles, avant de la connaître.

C'est donc à éclairer les hommes qu'il faut s'attacher jtour les rendre sages et vertueux ; c'est surtout à les éclairer dans leur jeunesse qu'il faut travailler.

La première base des soins de l'association, l'un des principes cardinaux d'où dériveraient ses règlements, seraitdonc le soin d'étendre autant (|u'il est possible la sphère des connaissances, non pas tant en profondeur qu*eu surface.

Je m'explique :

Ce ne sont point les recherches scientifiques auxquelles l'association doit livrer ses soins et ses travaux. Les récompenses qui en sont presque infailliblement le fruit sont un véhicule assez puissant pour engager les gens de lettres à s'y livrer.

Cependant, si les membres de l'association peuvent, sans nuire à des résultats plus importants, encourager, soit en commun, soit séparément, des découvertes utiles, ils agiront parfaitement dans l'esprit de l'Ordre.

Mais c'est à répandre les vérités et les connaissances utiles, déjà établies parmi beaucoup de personnes, à les faire parvenir jusqu'à la classe du peuple qu'ils doivent s'attacher. C'est par là qu'ils travailleront puissamment à éclairer et à perfectionner Thuinanité.

C'est aux vices de l'éducation qu'il faut attribuer l'ignorance des gens de tous les états, excepté quelques esprits l heureux, et ceux qui font métier des lettres; cette igno- ^ rance qui engage tant de jeunes gens dans le vice, tan d'autres personnes dans une dissipation par laquelle elles tombent dans mille égarements, et sont rendues incapables, pendant toute leur vie, de penser, de s'occuper utilement.

Cette folle éducation fait haïr les sciences, les rend presque impossibles à acquérir, empêche neuf cent quatrevingt-dix-neuf personnes sur mil'e de prendre l'habitude de

UNL OaOAiMSATlâN Ui: LA FUANC-MAgOiNNEUIfc: ol

lire, qui entraîne celle de penser, et qui préserve d'un nombre infini de vices et de malheurs en munissant lesprit litre l'ennui.

C'est donc à la changer qu'il faut s'appliquer. L'association doit donc s'attacher à examiner et encourager toutes les nouvelles découvertes qui se font sur ce point, et à mettre et faire mettre en pratique toutes celles que la saine raison jointe à l'expérience feront reconnaître propres à répandre davantage les connaissances vraies et utiles, et à illettré plus d'hommes en état de les acquérir.

Ainsi l'introduction de la raison, du bon sens, de la saine |)hilosophie dans l'éducation de tous les ordres des hommes, sera le premier but de l'association.

Venons au second : supposez les hommes sages et ver-* \ lueux, tels que peut les rendre une bonne éducation; vous ' verrez que cela seul ne suffit pas pour leur bonheur. Un homme très sage et très vertueux sera fort malheureux, s'il a la goutte ou la pierre. Il le sera moins qu'un fou et un vicieux avec les mêmes maux; mais il le sera toujours Iteaucoup.

Il est vrai que l'association proposée se saurait entre- [•rendre de mettre des bornes aux influences physiques que I architecte souverain a fait entrer dans la composition de -on édifice et qui frappent souvent les individus.

Mais il y a d'autres empêchements au bonheur dont les hommes peuvent jouir, et ces empêchements proviennent tous du gouvernement et de la législation. Pense-t-on, par '•^emplc, qu'un homme, quelque sage et vertueux qu'il soit^ puisse n'être pas très-infortuné, lorsqu'on l'arrache à ses parents, à sa femme, à ses enfants, à son amante, par exemple, pour l'envoyer se faire égorger en Amérique*? Lorsqu'il est serf et attaché à la glèbe, lui et ses enfants, à perpétuité; lorsqu'au lieu de pouvoir travailler pour se nourrir, lui, sa famille et son bétail, il est obligé d'aller en

1. Allusion aux Hessois que le landgrave de Hesse-Cassel, Frédéric II, vendait au nombre de 6.000 anx Anglais, pour couibattre les msurgeri'i de l'Amérique. — [Sote de L. de M.)

corvée; on lorsque voulant mettre quelque art qu'il à appris en pratique, s'établir avec la fille qu'il aime, il ne le pourra pas, parce qu il n'aura pas de quoi payer les frais de maîtrise pour lesquels il se voit obligé souvent de se dépouiller du dernier sou qu'il pourrait si bien a|)pliquer à améliorer sa condition; ou loisqu'il suffira d'un indice un peu probable, pour le faire mettre en prison et à la question ; enfin, un homme sage et vertueux peut-il être heureux, s'il peut être opprimé, exilé, emprisonné, mis à mort enfin, par un homme puissant auquel il aura déplu?

C'est donc le dt^spotisme et ses conséquences qui forment un des grands fléaux de l'humanité; et le second grand pivot de l'association devrait être la correction du système présent de^ qO"vernenients et des législations:

Cette correction peut être particulière ou générale, insensible ou sMi)ite, occulte ou éclatante.

Cette dernière espèce ne doit point entrer dans l'esprit de l'association, elle est contraire aux statuts de l'Ordre; elle est dangt^reuse pour l'humanité même. Des ambitieux se servent des moments de trouble, pour jeter un autre filet, souvent plus serré, pour imposer un autre joug, souvent plus dur, sur l'espèce humaine, et pour pousser ceux qui n'avaient voulu que remédier aux maux présents dans un abîme opposé.

Témoin Cromwell, témoin le roi de Suède régnant, qui ;i entraîné ses partisans bien loin au delà des bornes où ils tendaient.

Mais l'association pourra fort bien travailler à introduire une amélioration insensible dans la législation et le gouvernement, et ce projet n'est pas chimérique. On sent pourtant combien cette dernière et sublime partie de l'association devrait être tenue secrète, et ne se découvrir qu'à des personnes sùrf's; mais aussi les fruits en sont magnifiques, dignes de tous les soins de l'Ordre, digne de Iih.

Si quelqu'un insistait sur l'impossibilité de l'exécution, je lui répondrais que de la patience, de la constance, et du secret, rendent tout possible.

Si un membre de l'association se trouve avoir de l'in-

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(Uiencedans les afTaires,ou môme s'il est seulement à même (le mettre en mouvement les personnes qui en ont, il tra- \aillera à ôter une erilr;ive à l'humanité dans tel pays ou endroit : un second en fera ôter ailleurs une autre, et ainsi peu à peu, avec de la prudence et du bon st^ns, le despotisme se trouvera circonscrit dans les limites de la raison et du droit.

Je citerai un exemple frappant et récent, de ce nu'un corps bien uni et sage peut exécuter; quoique cet exemple soit pris d'une inslitulion diabolique, il peut prouver au moins le pouvoir de la prudence et du temps.

Je parle de la société des Jésuites : que n'a-t-elle pas opéré I C'était, sans doute, pour imnmier la lilxTté des hommes sur les autels de la superstition et du d«>spotisme, et pour immoler ensuite celui-ci à sa propre ambition. Elle voulait, abrutir l'espèce humaine, et la gouverner ensuite. Nous avons des vues toutes contraires, celles d'éclairer les hommes, de les rendre libres et heureux. Mais nous devons et nous pouvons y parvenir par les mêmes moyens, et qui empêcherait de faire pour le bien ce que les jésuites ont fait jiour le mal?

D'ailleurs, nous avons sur eux des avantages infinis : lucun habit, aucun rite extérieur qui nous distinirue, point le chef visible qui puisse nous dissoudre. A chacpie orage

li nous menacerait, nous pourrions faire le plongeon, et [eparaître dans d'antres lieux et danires temps. D'ailleurs,

tint de vues d'ambition ou d'intérêt, qui puissent donner l'ombrage. Pour peu qu'avec ces moyens on emploie de

loix dans l'admission des membres, et de soins à les Former, à leur instiller les sentiments de notre association, il est impossible qu'on ne réussisse. Pylhagore et ses disciples ont fait dans la partie de l'Italie, nommée la Grande Grèce, une association à peu près semblable. Nous respectons avec raison cet illustre F. M., et il pourrait ici nous servir de modèle.

Après avoir établi ainsi les principes de cette association, je hasarderai une esquisse de quelques règlements qui en

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dérivent, priant les F. qui viendront à les lire, d'y ajouter leurs observations.

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